Ce que les Etats-Unis doivent aux idées de l’étranger

Emmanuel Garessus

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Selon une nouvelle étude, 54% des technologies américaines s’appuient sur au moins un apport étranger.

 

La technologie américaine représente une part toujours plus forte de la capitalisation boursière mondiale. Le destin des indices boursiers mondiaux dépend de Nvidia, Apple et autres Amazon. Les Etats-Unis dominent, mais ils dépendent grandement des découvertes internationales. Les idées étrangères sont même majoritaires dans les géants de la technologie américaine: «54% des technologies américaines s’appuient sur au moins un apport étranger, et ce sont les technologies américaines les plus fructueuses qui dépendent le plus fortement de ces apports», selon une étude publiée par le NBER (Foreign Giants Broad Shoulders: The Causal Effect of Foreign Ideas on US Innovation, (Tarek Alexander Hassan, Aakash Kalyani, Juan Cruz Lopez Del Valle, WP 35900, octobre 2026).

La globalisation continue de fonctionner même si elle prend de nouvelle formes. L’économiste Tyler Cowen, sur son blog marginal revolution, en déduit que «la globalisation est en meilleure forme qu’on ne le dit». Sans l’entreprise néerlandaise ASML, les géants américains ne pourraient pas concevoir les semi-conducteurs de nouvelle génération. Sans les puces du groupe taïwanais TSCM, des lacunes importantes apparaîtraient dans la Tech américaine. Les emprunts américains au reste du monde sont multiples. La littérature économique nous enseigne que «les nouvelles idées naissent des anciennes, et leur élaboration dépend des inputs disponibles localement.» Mais la recherche a souvent peine à prouver statistiquement la justesse de ces propositions. Comment mesurer la contribution étrangère à la technologie américaine? C’est le défi qu’a relevé la nouvelle étude publiée par le NBER qui rend analyse la structure de production des idées et leur géographie.

Géographie des nouvelles idées

Les auteurs se proposent de se pencher sur la lecture de 13 millions de brevets déposés entre 1887 et 2024 afin de construire une généalogie des technologies et, à partir de la localisation des inventeurs qui mentionnent chaque technologie, le stock d’idées disponibles dans chaque comté américain à un moment donné. Il en ressort donc que la majorité des technologies développées aux Etats-Unis s’appuient sur au moins une technologie étrangère. Et ce sont les innovations qui ont donné lieu au plus grand nombre de dérivés qui s’appuient le plus fortement sur des idées étrangères. Les auteurs montrent également que cette dépendance est «causale: les comtés américains les plus exposés aux connaissances d’un pays étranger – grâce à l’installation historique de ses migrants – absorbent davantage de ses technologies.» Cela souligne la contribution d’une partie de l’immigration à aux nouvelles idées technologiques. Enfin, les idées étrangères façonnent non seulement le niveau, mais aussi l’orientation du progrès technique».

Car en effet l’apport de l’immigration est indéniable, même si, ici aussi sa mesure n’est pas aisée. L’immigration impacte aussi bien le marché du travail que le budget d’un Etat. Or ces deux aspects sont généralement traités séparément. Une nouvelle étude, également publiée par le NBER, répond à ce problème: (Modeling and Evaluating the Labor Market and Fiscal Effects of Immigration, Michele Battisti, Giovanni Peri, Eleonora Romano, WP 35901, octobre 2026). Ce travail montre dans quelle mesure le bien-être des résidents augmente avec une hausse de l’immigration (entre 2029 et 2024). 

Il est possible, dans le sillage de Tyler Cowen, de ne pas partager l’idée des auteurs selon qui les immigrés sont aussi productifs mais moins bien rémunérés. Mais, pour Tyler Cowen,  il devient évident que les Etats-Unis profitent à la fois du commerce international et de l'immigration: les immigrés élargissent la taille du marché, ce qui (en particulier pour les États-Unis) génère des gains liés aux rendements d’échelle croissants, à une innovation accrue et à la capacité du pays à attirer les talents. La thèse est courageuse à une époque qui érige en objectif ultime le besoin de souveraineté. Il est vrai que les objectifs peuvent rapidement être remplacés. Comme le dit Greg Ip, dans une analyse pour le Wall Street Journal, le mot le plus détesté en politique économique est devenu celui de «droits de douane» (Tariffs). A la veille des élections de mi-mandat, le taux d’approbation de cet instrument protectionniste diminue nettement dans les sondages. Il s’agit exactement du mot que Donald Trump qualifie de «plus beau mot du dictionnaire». L’ouverture aux échanges de biens, de services et d’idées n’a pas dit son dernier mot.

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