Le National veut des précisions sur la finance durable en Suisse

AWP

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Les députés ont accepté une motion de Leo Müller (PDC/LU) pour améliorer la base de données sur les placements durables.

La finance durable doit être encouragée en Suisse. Le National a adopté lundi deux interventions pour mieux en connaître les contours et situer la place financière helvétique dans le contexte international. Il a en revanche rejeté une proposition PLR pour des allégements de l’Etat.

Les députés ont accepté par 134 voix contre 52 une motion de Leo Müller (PDC/LU) pour améliorer la base de données sur les placements durables. Cela aiderait les grands investisseurs comme les banques ou les caisses de pension ainsi que les petits investisseurs à choisir en connaissance de cause les meilleurs placements.

Ce marché prend chaque année de l’ampleur en Suisse. Le volume estimé s’élevait déjà à 716,6 milliards de francs en 2018. La Suisse affiche une part de 20% pour les produits financiers relevant des ESG (environmental, social and governance), soit au-dessus de la moyenne internationale.

Pour Leo Müller, plus de transparence renforcerait la place financière suisse. Mais le banquier Thomas Matter (UDC/ZH) aurait préféré laisser jouer le libre marché. Le Conseil des Etats doit encore se prononcer.

Groupe de travail

Le Conseil fédéral s’est montré d’accord d’étudier la question. Un groupe de travail a été mis sur pied l’an dernier pour étudier les questions qui se posent en matière de finance durable pour la place financière suisse, a rappelé le grand argentier Ueli Maurer.

Ce groupe est placé sous la direction du Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales en étroite collaboration avec l’Office fédéral de l’environnement. Il doit présenter un rapport ce printemps. Le Conseil fédéral est prêt à élaborer des mesures en se fondant sur les travaux en cours, en étroite collaboration avec le secteur financier.

Dans la foulée, les députés ont accepté par 132 voix contre 49 un postulat d’Adèle Thorens (Verts/VD) pour en savoir plus sur la position de la Suisse en matière de finance durable. Le sujet occupe tous les pays qui nous entourent, que ce soit l’Union européenne l’Allemagne, la France ou la Grande-Bretagne sans oublier l’OCDE ou le G20, a rappelé Bastien Girod (Verts/ZH) qui a repris l’intervention.

Etat des lieux

La Suisse ne doit pas rater le coche. Le postulat demande donc un état des lieux, où se situe la Suisse et si son accès au marché européen est garanti à moyen et long terme dans le contexte du plan d’action sur la finance durable de l’UE.

La droite dure s’est opposée au postulat. La place financière n’a pas besoin d’une nouvelle réglementation en matière de finance durable, selon Thomas Matter (UDC/ZH). A nouveau, le Conseil fédéral s’est dit ouvert à la proposition, celle-ci s’inscrivant parfaitement dans les travaux en cours.

En revanche, le National a enterré par 100 voix contre 80 une motion de Hans Peter Portmann (PLR/ZH) demandant que les établissements financiers suisses qui misent sur la finance durable puissent bénéficier du soutien de l’Etat. Selon le Zurichois, les banques répondant à un label de durabilité créé par la branche devraient bénéficier d’incitations comme des allégements et des avantages concurrentiels.

«Greenwashing» selon la gauche

Mais la proposition a largement été assimilée à du greenwashing. Tant qu’on n’a pas de critère sur le placement durable, ce n’est pas sérieux, a dénoncé Jacqueline Badran (PS/ZH). Ce d’autant plus si la branche s’autorégule.

En outre, au travers d’incitatifs, la droite vise des subventions fiscales, a-t-elle ajouté. Il faudrait plutôt taxer la finance polluante, selon elle. Cet avis a reçu un large soutien dans les rangs du PVL et de la gauche.