Les élections de mi-mandat constituent l’immanquable rendez-vous pour l’électorat américain qui souhaite exprimer son satisfecit ou son mécontentement quant aux orientations économiques décidées au cours des deux années précédentes. La première partie du mandat du président Trump se résume à ce que nous nommerons les «3 i»: incohérence, inflation et incertitude. L’incohérence des mesures mises en place et des décisions prises pour lutter contre l’inflation.
Ce regain de tensions inflationnistes s’est soldé par une élévation substantielle du coût de la vie et par une volatilité accrue du cycle macroéconomique. Le niveau d’activité constaté durant cette première partie de mandat de Donald Trump est inférieur de 0,6 point en moyenne à celui enregistré sous l’ère Biden.
Par ailleurs, Donald Trump aura plus que jamais multiplié les voltefaces qui auront contribué à dégrader la visibilité des investisseurs quant au climat économique et financier. Ces «3 i» ont un prix: la perte potentielle du contrôle du Congrès américain, qui, jusqu’à présent, était contrôlé par le Parti républicain.
Trump 2, acte 2: L’ampleur de la défaite comme métrique clé pour inférer la teneur de cette deuxième partie de mandat
Les élections de mi-mandat ont la plupart du temps incarné un moment d’alternance et de cohabitation politique. Il est toutefois inhabituel pour une élection d’une telle importance de voir un consensus aussi fort se dessiner autour d’une défaite annoncée. La probabilité extraite des marchés de voir le camp démocrate reprendre le contrôle du Parlement est comprise entre 70 et 90%. Le Parti républicain perdra sans l’ombre d’un doute la chambre basse du Congrès. L’issue est sans appel.
Cependant, l’incertitude est bien plus importante quant à la future couleur de la chambre haute. Dès lors, deux scénarios font office d’hypothèses de travail: soit une lame de fond démocrate déferle sur le Congrès, soit les républicains parviennent à conserver le Sénat avec une courte avance. D’emblée, nous rejetons le scénario d’une contestation violente des résultats de la part de l’exécutif, comme celle de 2020, au simple motif que le président Trump conservera son poste.
A brève échéance, l’impact macroéconomique du scrutin devrait être quasi nul. Le résultat des élections de mi-mandat n’est pas de nature à freiner l’économie américaine, qui combine résilience et reprise manufacturière. Les difficultés devraient se matérialiser en 2027 à l’occasion des discussions autour du plafond de la dette et des projets de loi de finances.
- Une lame de fond bleue: une déferlante démocrate pourrait drastiquement comprimer le champ d’action du président Trump. Ne disposant d’aucune majorité dans les deux chambres, son rôle se cantonnerait aux questions relatives au commerce et à la politique extérieure. Donald Trump pourra toujours user de son droit de veto pour s’opposer à des propositions de loi qui prendraient le contrepied des mesures initiées jusqu’à présent. Mais un usage extensif de ce droit de veto pourrait s’avérer délétère pour la vie démocratique américaine et pour le Parti républicain à l’horizon 2029. Fort de cette majorité, le camp démocrate tentera de modifier l’orientation des projets de loi de finances en réduisant les baisses de taxes (aucune intervention n’est possible sur les dispositifs déjà votés) à la faveur d’une augmentation des dépenses de transfert. Du point de vue des métriques budgétaires, ce scénario n’induirait ni d’aggravation du déficit budgétaire, déjà conséquent, ni de réduction significative de l’impulsion budgétaire. Par ailleurs, les démocrates et les républicains semblent s’opposer sur les questions qui ont trait aux «data centers» et à la vampirisation des ressources qu’ils engendrent. Nous estimons, comme pour les tarifs douaniers, que la compétition avec la Chine constitue une raison d’Etat et que le déploiement des centres de données se poursuivra.
- Les Républicains limitent les dommages: dans le cas où les républicains conserveraient le Sénat, ce qui donnerait ainsi lieu à un Congrès fragmenté, nous estimons que l’ampleur et la fréquence des blocages institutionnels pourraient être plus importantes que celles constatées au cours de cette première partie de mandat. Compte tenu de la polarisation existante entre les deux camps, les épisodes de shutdown, comme celui observé au quatrième trimestre 2025, se multiplieraient et pèseraient sur le profil d’activité des Etats-Unis. Fin 2025, la consommation publique avait reculé de 5,7% en rythme annualisé, amputant d’un point de pourcentage la croissance américaine. La réouverture des services publics le trimestre suivant n’avait pas entraîné de compensation exacte de la perte engendrée. Au-delà d’une volatilité accrue du cycle macroéconomique, il en résulterait un affaiblissement graduel de la stimulation issue de la consommation publique, qui donnerait possiblement lieu à une réduction du soutien à la demande globale. Cet environnement déboucherait sur une élévation de la volatilité des taux d’intérêt à long terme au regard des confrontations à venir entre les deux formations politiques et pourrait également mettre en pause un éventuel cycle de remontée des taux d’intérêt directeurs de la Fed qu’anticipe le marché (trois hausses de taux d’intérêt directeurs projetées sur un horizon de douze mois).
En définitive, et même si les dés semblent jetés, l’issue du suffrage américain constituera une variable déterminante pour la trajectoire des finances publiques en 2027 et 2028 et, in fine, celle de la croissance économique et de la politique monétaire. Le bruit issu d’une cohabitation très dure provoquerait des perturbations conjoncturelles qui rejailliraient sur les marchés obligataires.
Les investisseurs, comme à leur habitude, n’auront alors pas d’autre choix que de composer avec ces nouvelles sources de tensions, qu’ils absorberont tant bien que mal. Ils pourront néanmoins compter sur le caractère exceptionnel des investissements de capacité réalisés par les entreprises du secteur technologique et dont les externalités positives continueront de ruisseler sur plusieurs secteurs. L’augmentation attendue des Capex pour 2027 avoisine 300 milliards de dollars, soit un montant proche de celui injecté par ces mêmes entreprises entre 2025 et 2026.
Compte tenu de la place centrale qu’occupe la question de l’hégémonie technologique aujourd’hui, nous restons convaincus que les démocrates comme les républicains agiront pour préserver les intérêts de la nation et que le risque d’une régulation excessive nous semble contenu.