Sans surprise, et conformément aux anticipations de marché, l’institution francfortoise laissera inchangés l’ensemble de ses taux directeurs, observant ainsi une pause après les deux hausses de taux de 25 bps survenues en mai et septembre derniers. Le principal taux de refinancement de la BCE restera donc à 2,50%. Le regain de tension inflationniste observé dans les chiffres publiés pour septembre fait écho à la flambée des cours de l’énergie.
En dépit d’une progression de 18,9% de la composante énergétique de l’indice IPCH et d’une inflation, à l’échelle de la zone euro, qui atteint 3,8%, la partie sous-jacente progresse de manière plus modérée pour atteindre 2,5% soit +0.1 point de pourcentage par rapport au mois précédent.
Au-delà de ces chiffres qui attestent de pressions inflationnistes à l’échelle de la zone issues d’un choc d’offre exogène, la banque centrale doit cependant faire face à deux autres complications. Même s’il n’est pas fait explicitement mention d’un objectif d’activité dans la fonction de réaction de la BCE, l’hétérogénéité des profils de croissance de la zone euro complique la transmission de la politique monétaire à l’échelle de l’union.
Cette dispersion des profils de croissance plaiderait pour une approche plus mesurée dans la conduite de la politique monétaire. Mais la véritable difficulté à laquelle est confrontée la banque centrale relève d’une problématique de stabilité financière et de préservation de l’intégrité de la zone euro.
La montée de l’écart de taux de rendement, quel que soit le terme considéré, entre l’OAT et le Bund d’une part et l’appréciation très nette du prix des CDS à cinq ans adossés à la dette publique française et dans une moindre mesure à celle italienne font écho à un stress sur la dette publique européenne. La tension qui règne sur les taux souverains français fait craindre un risque de contagion qui pourrait se matérialiser par une plus grande fragmentation de la zone euro.
Ces risques pourraient faire l’objet d’une mention explicite lors de la conférence de presse de la BCE dans la mesure où ils porteraient préjudice à la stabilité financière de la zone. Leur mention signalerait que la BCE prend au sérieux la volatilité qui frappe les marchés obligataires.
Sans aller jusqu’à la mobilisation d’outils anti-fragmentation, la prise en compte de ces facteurs de risque d’une part et l’arrêt du quantitative tightening d’autre part constitueraient des signaux forts envoyés par l’institution centrale afin de juguler la pression que connaissent les marchés de dette publique.