En devise locale, comme en devises étrangères, les performances des indices actions japonais dépassent celles des principaux indices actions internationaux. Depuis le début de l’année, le Topix a enregistré une performance de 15% en devise locale, soit 11% en dollar, là où son homologue américain (S&P500) ne progresse que de 8,7% en dollar. Même si la poursuite de la dépréciation du yen constitue l’un des facteurs explicatifs couramment avancés pour justifier la forte progression des cours boursiers japonais, l’analyse de la dynamique récente révèle que d’autres variables sont à l’origine de cette surperformance.
Sur le front macroéconomique, le Japon confirme la sortie définitive de la déflation avec une banque centrale qui devrait continuer de resserrer graduellement sa politique monétaire, signe d’une normalisation du cadre conjoncturel. Le rebond de l’inflation, qui est attendue au cours des prochaines semaines et qui est de nature à soutenir un effet Phillips, intervient dans un contexte où la productivité du travail augmente. Cet alliage est une condition sine qua non pour la préservation des marges des entreprises et donc l’augmentation des profits. Les investisseurs estiment donc que l’économie japonaise fonctionne désormais sur la base d’un régime de croissance nominale plus élevée et donc de profits tendanciellement plus forts.
La décomposition de la performance du Topix fait état d’une contribution équivalente de la progression des bénéfices et du facteur «valorisation» assimilée au sentiment de marché. Cette répartition des moteurs de performance est ipso facto plus saine comparativement à celle des indices européens dont la progression est exclusivement tirée par la valorisation et naturellement plus instable. Pour des niveaux de valorisation sensiblement équivalents (price earning ratio de 16,4 pour le Topix et de 15,3 pour l’Eurostoxx 50) les investisseurs internationaux iront davantage s’exposer sur le marché japonais en raison de cette équi-répartition des sources de croissance. Dans une optique de diversification, les investisseurs internationaux privilégient les indices japonais comme plus équilibrés que les indices européens et moins onéreux que les indices américains. L’augmentation des flux de capitaux en direction du Japon illustre cette recherche de la part des investisseurs d'un meilleur équilibre entre croissance et valorisation.
Face au rouleau compresseur incarné par les secteurs des semi-conducteurs et celui des nouvelles technologies, le marché des actions japonaises forme une alternative en particulier pour réduire le risque de concentration sectorielle. Même si le secteur technologique constitue un contributeur significatif à la performance de l’indice, ce dernier est talonné par le secteur bancaire, qui devrait continuer de bénéficier de l’orientation de politique monétaire de la BoJ et d’un cycle de croissance marqué par un réveil de la demande intérieure, ainsi que d’un secteur industriel qui tire parti de cette nouvelle révolution technologique. Les indices actions japonais, par leur structure, constituent une réponse à la concentration croissante de nombreux indices boursiers qui peut constituer un frein pour de nombreux investisseurs internationaux.
A cet ensemble de facteurs vient s’ajouter la transformation de la gouvernance d’entreprise soutenue par le régulateur et la Bourse de Tokyo. L’implémentation de cette réforme de structure, entamée depuis plusieurs années et qui porte désormais ses fruits, conduit à une hausse des rachats d’actions et à une augmentation de la distribution des dividendes tout en soutenant des objectifs d’amélioration du RoE. Même si des vents contraires liés à l’environnement international peuvent anecdotiquement affaiblir les actions japonaises, la normalisation conjoncturelle, la diversification géographique et sectorielle ainsi que les réformes structurelles conduites, octroient un potentiel d’appréciation qui demeure conséquent. Le Japon a achevé sa traversée du désert et sa résilience, tout comme sa capacité à innover et à investir, permettront à ses entreprises et aux cours de leurs actions de croître dans un cadre sain.