L’impact du choc énergétique se matérialise peu à peu

Mabrouk Chetouane, Natixis IM

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Les marchés privilégient les perspectives de croissance, reléguant au second plan les craintes d’inflation et de durcissement monétaire.

© Keystone

 

Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont continué de peser sur les marchés énergétiques en avril. Les négociations entre les Etats-Unis et l’Iran se sont progressivement enlisées autour des questions liées à l’uranium enrichi et au contrôle du détroit d’Ormuz. Après une phase d’accalmie en début de mois, marquée par le passage progressif de navires autorisés par les Gardiens de la Révolution, l’annonce par l’administration Trump, le 12 avril, d’un blocus des navires en provenance ou à destination des ports iraniens a ravivé les inquiétudes sur l’approvisionnement mondial. Les prix des matières premières énergétiques se sont ainsi nettement appréciés au cours du mois, retrouvant les niveaux observés au plus fort des tensions. Le Brent évolue désormais autour de 110 dollars le baril, tandis que le WTI dépasse les 100 dollars.

Le retour de l’inflation énergétique

Après deux mois de tensions sur les prix mondiaux des matières premières énergétiques, les effets du choc énergétique commencent désormais à se refléter dans les statistiques d’inflation. Aux Etats-Unis, l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation est remontée à 3,3% sur un an en mars, contre 2,4% en février. En zone euro, l’inflation harmonisée préliminaire a atteint 3% sur un an en avril. La dynamique sous-jacente reste toutefois plus contrastée. En Europe, les prix des biens manufacturés et des services continuent de décélérer légèrement, portés notamment par un ralentissement de la composante services, revenue à 2,2% après 2,3% en mars. Aux Etats-Unis, en revanche, l’inflation sous-jacente demeure plus rigide, à 2,6% en mars contre 2,5% le mois précédent, malgré un chiffre légèrement inférieur aux attentes du consensus.

Une économie américaine toujours résiliente

La croissance américaine continue néanmoins de faire preuve d’une certaine résilience. Bien qu’inférieure aux attentes du marché, la croissance du PIB au premier trimestre s’est établie à 2% en rythme annualisé. Les dépenses publiques ont contribué positivement à cette dynamique dans le sillage du contre-coup du shutdown de fin 2025. La consommation des ménages, l’investissement des entreprises ainsi que les stocks ont également soutenu l’activité, compensant le recul de la balance commerciale et de l’investissement résidentiel. La demande intérieure américaine semble ainsi relativement résistante au choc énergétique, tant du côté des ménages que des entreprises, ces dernières poursuivant notamment leurs investissements liés à l’intelligence artificielle.

Une Europe plus exposée au ralentissement

Le tableau apparaît plus fragile en Europe. Selon l’estimation préliminaire d’Eurostat, la croissance de la zone euro n’a progressé que de 0,1% au premier trimestre. L’Espagne continue d’afficher une croissance robuste, tandis que l’Italie et l’Allemagne ont légèrement surpris à la hausse. La France, en revanche, est restée quasiment à l’arrêt. Au-delà de ces disparités nationales, la faiblesse de la demande intérieure européenne retient particulièrement l’attention. En dehors d’un effet de restockage positif et du soutien des dépenses publiques, la consommation des ménages et l’investissement ont contribué négativement à la croissance. La balance commerciale a également pesé sur l’activité. Cette détérioration alimente les craintes d’un impact plus marqué du choc énergétique sur les revenus réels et sur la confiance économique.

Des banques centrales de plus en plus prudentes

Dans ce contexte, les banques centrales ont adopté un ton particulièrement prudent. La Réserve fédérale américaine comme la Banque centrale européenne ont maintenu leurs taux directeurs inchangés, tout en mettant en garde contre le risque de voir les tensions énergétiques se diffuser plus durablement dans l’inflation sous-jacente.

La dernière réunion de Jerome Powell en tant que chairman de la Réserve fédérale a été marquée par de fortes dissensions au sein du FOMC, les plus importantes depuis 1992. Stephen Miran s’est prononcé en faveur d’une baisse de 25 points de base, tandis que trois membres n’ont pas soutenu le biais accommodant du communiqué. Kevin Warsh héritera ainsi d’un FOMC profondément divisé sur l’orientation future de la politique monétaire, alors même que Jerome Powell restera présent au sein de l’institution.

De son côté, la Banque centrale européenne a adopté une posture attentiste, tout en reconnaissant que la trajectoire actuelle des prix du pétrole s’éloigne nettement de son scénario central. Cette évolution renforce la probabilité d’une hausse de taux en juin accompagnée d’une révision des projections d’inflation et de croissance pour les trois prochaines années.

Les marchés continuent de privilégier la croissance

Malgré cet environnement incertain, les marchés financiers ont continué de progresser en avril. Les taux souverains américains et européens se sont légèrement tendus sous l’effet de la remontée des anticipations d’inflation, tandis que le crédit investment grade et high yield a relativement bien résisté grâce au resserrement des spreads.

Sur les marchés actions, les publications de résultats ont soutenu l’appétit pour le risque, en particulier aux Etats-Unis. Le Nasdaq a progressé de 14,3% sur le mois, tandis que le S&P 500 gagnait 10,5%. En Europe, le Stoxx 600 a avancé de 5,4%, alors que le TOPIX progressait de 6,6%.

Le retour en grâce des valeurs technologiques a marqué le mois d’avril, tant en Europe qu’aux Etats-Unis. Les secteurs bancaires et financiers ont également bénéficié d’un regain d’intérêt de la part des investisseurs. Dans l’ensemble, les marchés continuent ainsi de privilégier les perspectives de croissance microéconomique et l’expansion du cycle économique mondial, reléguant au second plan les craintes d’une inflation persistante et d’un durcissement monétaire prolongé.

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