Streaming à tout-va

Walid Azar Atallah & Clémence Golinelli, DECALIA

2 minutes de lecture

La révolution n’est pas terminée. Dénicher les bons créateurs de contenu sera primordial, mais identifier les opportunités connexes aussi.


©Keystone

Plus que 45 jours! Non, ce n’est pas du Brexit qu’il s’agit pour une fois... mais bel et bien de la sortie de la huitième (et dernière) saison de «Game of Thrones», impatiemment attendue par des millions de fans dans le monde entier. Cette série télévisée a battu moult records: coûts de production, récompenses, nombre de pays de diffusion, sans oublier celui du nombre de téléchargements illégaux à travers le monde.

L'émergence des plateformes de streaming a contribué à réduire le piratage, au grand soulagement des créateurs de contenu. La distribution directe de films et programmes TV sur Internet, via les plateformes d'abonnement d'Amazon Prime, Hulu, Netflix et consœurs, a également permis aux médias traditionnels d’accéder à un public autrement plus large.

La prochaine grande étape pourrait bien être la vidéo à la demande haut de gamme.

Et la transformation est appelée à se poursuivre. La prochaine grande étape pourrait bien être la vidéo à la demande haut de gamme (P-VOD), qui offrirait aux consommateurs la possibilité de visionner des films dès leur sortie, dans le confort de leur salon, plutôt que d'avoir à patienter les habituels trois à six mois après la distribution en salle. Un quart des personnes sondées par Morgan Stanley ont indiqué être enclines à payer une prime pour une telle expérience. Les revenus annuels de l'industrie cinématographique pourraient ainsi augmenter d'environ 2 milliards de dollars, avec peu de coûts supplémentaires. Les salles de cinéma ont par contre de quoi s'inquiéter. Le contenu distribué en streaming est de plus en plus souvent produit spécifiquement pour ces plateformes, et pèse déjà sur leurs taux de fréquentation. Si elles devaient encore perdre l'exclusivité des blockbusters, qui voudra encore sortir voir un film au cinéma?

Avec le moral au beau fixe, la route semblait donc dégagée pour les créateurs de contenu existants… jusqu'à ce que Netflix décide d’évoluer d'une simple plate-forme de streaming (ses débuts en 1997 consistaient même à louer des DVD) en un bastion mondial du contenu. La société compte aujourd’hui plus de 130 millions d'abonnés, dont les préférences et données d'utilisation sont disséquées afin de fournir des recommandations ciblées. En 2018, son budget dévolu au contenu s’est élevé à 12-13 milliards de dollars. Celui-ci s’est traduit par plus de 80 longs métrages, bien au-delà de ce qu’un studio hollywoodien seul pourrait produire, et une quantité de programmes dépassant celle de n'importe quelle chaîne TV traditionnelle. Imaginez, pour visionner l’ensemble du contenu «original» 2018 de Netflix, il aurait fallu passer plus de quatre heures par jour devant votre écran! Et une grande partie de cette programmation est de grande qualité, permettant récemment à Netflix d’empocher quatre Oscars.

2019/20 pourrait bien marquer un tournant dans cette coûteuse course,
requérant une plus grande sélectivité en matière d’investissement.

Sans surprise donc, l’explosion du streaming s’est assortie d’une véritable guerre du contenu. Les magnats des médias tels que Disney ont notamment décidé de retirer du contenu de la plateforme Netflix et se démènent – aux côtés d’Apple, HBO et CBS – pour développer leurs propres plateformes de streaming. 2019/20 pourrait bien marquer un tournant dans cette coûteuse course, requérant une plus grande sélectivité en matière d’investissement. Et comme c’est tout l'écosystème du divertissement qui est en pleine révolution, il ne s’agira plus seulement de déterminer quel créateur de contenu aura le plus de succès, mais aussi d'évaluer l’attrait des opportunités connexes dans le media lending, la coproduction, les licences et le merchandising.

Dépenses annuelles en contenu par Netflix (en milliards de dollars)

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