Quand les émotions influencent les marchés

Yvan Roduit, Raiffeisen Suisse

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Alors que la situation géopolitique reste tendue, les marchés boursiers sont dans le vert.

 

Malgré le maintien du blocage du détroit d’Ormuz, la guerre dans plusieurs pays à travers le monde, une nette hausse (+ 80%) des prix de l’énergie depuis le début de l’année et des menaces croissantes de stagflation, plusieurs marchés boursiers ont atteint de nouveaux sommets en mai, l’indice américain S&P 500 franchissant de nouveaux records mi-mai.

Une situation délicate pour l’économie mondiale

Tandis que la guerre en Iran n’est pas sans conséquences, l’Europe et les Etats ont enregistré une nette progression de l’inflation dans leurs zones respectives depuis le début de l’année. Et dans leur sillage, une hausse des taux sur les marchés des capitaux s’en est suivie. La persistance de l’inflation devrait affecter tôt ou tard la consommation, tandis que la hausse des taux d’intérêt devrait peser sur les entreprises et les finances publiques. En conséquence, de nombreuses entreprises devraient enregistrer une rentabilité en berne dans les semaines et à venir.

Le postulat de départ, lorsque l’on considère les marchés boursiers, est qu’ils sont efficients sur le long terme et qu’ils évoluent en fonction des fondamentaux que sont notamment la conjoncture économique et la croissance des bénéfices. Mais dans le contexte économique et géopolitique actuel, l’évolution des marchés boursiers ne se justifie guère. Comment s’explique alors ce phénomène qui s’emble de prime abord contradictoire?  

Le comportement des investisseurs, un facteur à ne pas sous-estimer

Le comportement des investisseuses et des investisseurs peut avoir un impact notable sur les écarts de cours. En effet, à contrario des postulats des modèles classiques, les investisseurs n’agissent pas toujours de manière rationnelle. Ils se laissent même souvent guider par les émotions, comme la peur et l’avidité. Celles-ci influencent leurs décisions en matière d’investissements et entraînent de fortes fluctuations à court terme sur les marchés boursiers.

Ainsi, en période haussière, l’avidité peut pousser les investisseurs à attendre des rendements toujours plus élevés et à occulter les risques. Quant à la peur de manquer une opportunité, celle-ci a également marqué la dernière phase de reprise sur les marchés boursiers. Ainsi, depuis le début des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran, les marchés boursiers ont grimpé en flèche.

Le ratio put/call, un baromètre émotionnel  

Le ratio put/call reflète très bien ces fortes fluctuations. Il s’agit d’un indicateur émotionnel qui mesure le rapport entre les options put négociées et les options call. Il indique si les acteurs du marché misent le plus souvent sur des hausses ou des baisses de cours. Un ratio put / call élevé est révélateur d’un marché pessimiste, car les couvertures ou les paris sur les baisses de cours se multiplient. En revanche, un ratio faible révèle un positionnement plus optimiste, misant sur des hausses de cours. L’évolution de cet indicateur montre à quel point le moral des investisseurs a changé en l’espace de quelques semaines (voir l’illustration ci-dessous).

De la peur à l’euphorie en l’espace de quelques semaines

 

Les émotions, un levier à apprivoiser pour garder le cap

Si l’avidité est une force haussière puissante, la peur est une force opposée équivalente. Lorsque les marchés chutent, la confiance se transforme alors en incertitude. L’interaction de l’avidité et de la peur engendre de mauvaises décisions typiques: des réactions excessives aux évolutions à court terme du marché, des réallocations fréquentes et l’abandon de la stratégie de placement. Dans de telles situations, la clé d’un succès durable réside en la capacité de garder son sang-froid et de maintenir le cap de la stratégie de placement définie en amont. Prendre conscience de ces mécanismes et respecter des règles d’investissement claires permet de prendre du recul sur les événements des marchés mondiaux et d’augmenter ses chances d’investir en fondant ses décisions sur des analyses objectives plutôt que sur des émotions.

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