Quand l’emploi va, tout va ou presque

Aza Teeuwen, TwentyFour Asset Management

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Au Royaume-Uni, les titres adossés à des créances hypothécaires restent solides même si les défis à venir exigent de faire preuve d’une certaine vigilance.


©Keystone

La semaine dernière, le bureau national de la statistique a publié des chiffres réjouissants pour le marché du travail britannique, ce qui a fait la joie des investisseurs en titres adossés à des créances hypothécaires, les RMBS (Residential Mortgage Backed Securities). Le taux de chômage global s'établit à 4,0 %, un niveau quasi inchangé ces six derniers mois et le plus bas observé depuis 45 ans. Le nombre de personnes employées est estimé à 32,6 millions, soit 444’000 personnes de plus qu'il y a un an. En outre, la rémunération hebdomadaire moyenne a enregistré une progression de 3,4%, la plus forte observée ces dix dernières années (sa progression en termes réels a été de 1,2%).

Les défis à relever sont nombreux, le Brexit étant le premier d'entre eux.

Sur le plan financier, le consommateur britannique se trouve donc bien loti, bénéficiant à la fois de taux d’intérêt bas et d’un taux d'occupation élevé. De plus, les propriétaires de presque toutes les régions ont vu les prix de leurs biens s’accroître de manière substantielle depuis la crise financière. Toutefois, cette tendance s’est  interrompue, voire inversée, ces deux dernières années à Londres et dans le Sud-Est. Et globalement, l’augmentation des prix s’est ralentie ces derniers mois. Malgré ces bons chiffres, la prudence est de mise en ce qui concerne le consommateur britannique, car les défis à relever sont nombreux, le Brexit étant le premier d'entre eux.

Menaces sur l’emploi

Ainsi, la semaine passée, Honda a annoncé son intention de fermer son usine de Swindon en 2021, un site qui occupe 3’500 personnes. Cette annonce fait suite à celle de l’abandon du projet de Nissan de construire le nouveau SUV X-Trail à Sunderland. L’importance du facteur «Brexit» dans ces deux décisions est difficile à estimer. D’autres éléments ont été évoqués par les deux entreprises et en particulier le ralentissement général des ventes mondiales d’automobiles. Le récent accord commercial entre l’Union européenne et le Japon peut également avoir joué un rôle. Cela dit, il convient de rappeler que les multinationales sont susceptibles de prendre des décisions stratégiques portant sur le long terme, indépendamment des aléas politiques du moment.

La fermeture de l’usine Honda à Swindon freinera
la construction et l'achat de nouvelles maisons dans la région.

Quelles que soient les raisons de ces décisions, leur impact sur le plan de l'emploi ira bien au-delà des travailleurs directement concernés. De nombreux sous-traitants seront également touchés, ce qui pourrait avoir des répercussions sur les entreprises locales. La bonne nouvelle, c'est que Honda a fait son annonce très tôt. Ses employés et les entreprises de sous-traitance disposent donc de deux ou trois années pour se retourner. Cependant, il est probable que cette annonce de fermeture freinera la construction et l'achat de nouvelles maisons dans la région. Par ailleurs, les consommateurs pourraient également repousser leurs gros achats, tels que l’acquisition d’une voiture neuve (surtout s’il s’agit d’une Honda).

La solvabilité reste bonne

L'économie étant actuellement une économie de plein emploi, il est inévitable que le chômage progresse ces prochaines années, que ce soit en raison des conséquences négatives du Brexit ou, plus naturellement, du fait que le cycle économique arrive à son terme.

Si l’on soumet les RMBS à un stress test qui prend en compte les pires
données de ces 50 dernières années, ils restent extrêmement robustes.

Contrairement à ce que l’on pense, le prix des biens immobiliers n’a pas d’influence sur la fréquence des saisies hypothécaires: la progression du chômage et des divorces sont les principaux facteurs qui amènent les emprunteurs à cesser de rembourser leurs prêts hypothécaires. Or, nous sommes encore très loin des taux de chômage observés lors de la crise financière (8,4% en 2011) et de la crise du logement du début des années 1990 (10,6% en 1993). Par ailleurs, les emprunts hypothécaires sont encore très abordables. Si l’on soumet les RMBS à un stress test qui prend en compte les données les plus mauvaises de ces 50 dernières années en ce qui concerne l’emploi et le logement, force est de constater que les titres de qualité investissable restent extrêmement robustes.

Le ralentissement économique ne se limitera pas au Royaume-Uni. Et à mesure que le cycle économique évolue,  ce ralentissement touchera d'autres pays européens et les États-Unis. Dans ce contexte, les investisseurs en RMBS, ou même en obligations adossées à des prêts commerciaux (Collateralized Loan Obligations ou CLO) devraient continuer de bénéficier d’une bonne protection. Cependant, compte tenu de l'incertitude qui risque de prévaloir à court terme, il convient de maintenir un niveau de liquidité élevé et de privilégier les échéances courtes afin de se protéger d’éventuels épisodes de volatilité.

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