Pourquoi l’absence de données énergétiques fiables devient un risque financier?

Pierre Bi, Enshift

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Considérer les données énergétiques comme un simple aspect technique, c’est ignorer un critère central de valeur et de risque pour la prochaine décennie.

© Keystone

 

La transition énergétique ne transforme pas seulement le marché de l’énergie – elle confronte également le secteur financier à des défis profonds. L’une des questions clés est la suivante: comment détecter précocement les risques d’investissement dans un portefeuille immobilier lorsque les exigences réglementaires, les standards technologiques et les marchés évoluent plus vite que jamais ? Un sujet en particulier retient l’attention: les «actifs bloqués» (stranded assets) – ces biens dont la valeur économique chute, voire devient nulle, sous l’effet de réglementations plus strictes.

Les exemples classiques incluent les biens immobiliers à forte consommation énergétique, les installations industrielles dépendantes des énergies fossiles ou encore les infrastructures incompatibles avec les objectifs climatiques. Dans un contexte d’obligations de reporting accrues, telles que la taxonomie européenne, la CSRD ou le TCFD, il devient clair: ne pas pouvoir démontrer l’efficacité énergétique et carbone d’un actif, c’est risquer de perdre l’accès à des financements – que ce soit pour l’octroi de crédits, la valorisation ou le refinancement.

Pour les gestionnaires d’actifs, le défi est souvent très concret : lors de l’acquisition d’un bâtiment, des données essentielles comme les factures de chauffage au fioul ou d’électricité ne sont pas toujours transmises – par exemple lors d’un changement de gérance. Dans d’autres cas, les réglementations sur la protection des données empêchent les propriétaires d’accéder ou de demander les consommations des locataires. Résultat: au moment de l’achat du bien, il est parfois impossible de connaître la consommation réelle, ce qui empêche une évaluation précise des risques et des besoins de rénovation.

À cela s’ajoutent des obstacles techniques: le déploiement a posteriori d’une infrastructure de mesure moderne, telle que des compteurs intelligents dans des immeubles collectifs, reste coûteux et complexe sur le plan logistique. Les installateurs qualifiés sont rares, ce qui retarde et renchérit les projets. Même avec des budgets alloués, la mise en œuvre reste ardue – et sans données fiables, toute analyse reste incomplète.

Cette absence ou fragmentation des données constitue un problème systémique : sans informations précises sur la consommation énergétique ou l’intensité carbone d’un bâtiment, le risque d’erreurs d’investissement demeure élevé. La consommation d’énergie devient ainsi un facteur stratégique, bien au-delà d’un simple indicateur opérationnel.

Le défi ne réside pas uniquement dans la collecte des données ou l’installation des compteurs, mais aussi dans leur intégration dans les décisions stratégiques énergétiques et d’investissement. Le secteur de l’énergie reste fortement fragmenté – avec une diversité de systèmes, d’acteurs et d’intérêts. Il est nécessaire de s’appuyer sur des partenaires expérimentés comme enshift AG, capables non seulement de fournir des solutions techniques, mais aussi de piloter des transformations inter-technologiques, de les exploiter et de les optimiser sur plusieurs décennies.

Il ne s’agit pas seulement de se conformer aux exigences ESG: les indicateurs financiers classiques sont eux aussi impactés. L’intensité carbone ou les coûts prévisibles de mise à niveau influencent désormais la valorisation des portefeuilles immobiliers et industriels. Les agences de notation et les banques commencent à intégrer les indicateurs énergétiques dans leurs analyses de risque.

Un accès transparent et structuré aux données énergétiques, associé à un partenaire technique capable d’adapter l’infrastructure de mesure à l’échelle d’un portefeuille, pourrait devenir un véritable système d’alerte précoce contre les actifs bloqués. Cela permet non seulement de rester conforme à la réglementation, mais aussi d’orienter les investissements vers des infrastructures résilientes et pérennes.

Le secteur financier se trouve à un tournant: considérer les données énergétiques comme un simple aspect technique, c’est ignorer un critère central de valeur et de risque pour la prochaine décennie. Il faut dès maintenant établir des partenariats intégrés et de long terme afin de rendre la transformation économiquement viable – et d’éviter que les actifs bloqués ne deviennent une réalité. 

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