Perspectives de croissance incertaines en 2019

Salima Barragan

3 minutes de lecture

Selon Candriam, la croissance mondiale devrait résister, mais tensions commerciales et incertitudes politiques sont des facteurs de risque.


© Keystone

En 2018, des vents contraires ont soufflé sur l’économie mondiale: tensions commerciales et géopolitiques, durcissement des conditions financières pour les pays émergents, incertitudes européennes. Selon Candriam, les perspectives de croissance sont devenues plus incertaines et moins homogènes entre pays.

Réappréciation du risque émergent

Les marchés émergents auront été les grands perdants de l’année 2018 à cause notamment des tensions liées la guerre commerciale, mais aussi de la remontée des taux de la Fed et de l’appréciation du billet vert. D’ailleurs, pour la première fois depuis de nombreuses années, le FMI a revu en baisse ses prévisions de croissance pour cet ensemble de pays.

Les économies émergentes ne feront pas
dérailler la croissance mondiale.

Malgré ces perspectives moins favorables, Anton Brender, chef économiste, estime toutefois que les économies émergentes ne feront pas dérailler la croissance mondiale: «Bien que leur poids représente 45% du PIB mondial, elles  ne représentent que 25% des importations mondiales, et, pour les plus vulnérables d’entre elles, à peine plus de 5%».

Les conflits commerciaux vont perdurer

La guerre commerciale engagée avec la Chine est aujourd’hui un risque plus sérieux pour l’économie mondiale: à elle seule, ses importations représentent 10% des importations mondiales, presque autant maintenant que celles des Etats-Unis (13%). «La Chine n’arrêtera pas de soutenir ses secteurs stratégiques pour assurer son avancée technologique», explique Anton Brender.Cette guerre intervient néanmoins à un moment délicat: elle vient freiner la croissance au moment où les autorités en tentant d’enrayer la hausse de l’endettement privé, l’avaient déjà ralentie. Si Washington décidait d’aller beaucoup plus loin dans la guerre commerciale, les perspectives de croissance chinoise en seraient affectées. «Pour compenser le choc, la Chine devrait alors augmenter sa demande intérieure d’un point de PIB», estime l’économiste. Mais il souligne que les autorités ont déjà décidé des mesures d’assouplissement du crédit et que le gouvernement n’hésitera pas à prendre les mesures budgétaires nécessaires. Même si elle a ralenti depuis l’été 2018, l’économie chinoise est loin d’avoir calé!

Du côté américain, l’effet direct de cette guerre sur l’économie devrait être plus modeste: «selon les simulations du FMI, le PIB américain ne devrait être amputé que de 0,2% l’an prochain mais les effets indirects pourraient être plus significatifs», précise-t-il. La Chine occupe en effet une place centrale dans les chaînes de production globales. Depuis 2000, l’ intégration de ces chaînes a progressé au point de créer un problème de dépendance des Etats-Unis dans certains secteurs stratégiques. «La Chine a renforcé, aux Etats-Unis, son rôle de fournisseur de biens d’équipement», souligne Anton Brender. Au fil des ans, elle a  pris la place du Japon pour ces produits à forte valeur ajoutée. « Le Japon était toutefois  un pays allié, alors que ce n’est pas le cas de la Chine», relève l’économiste.

États-Unis: pas de récession à l’horizon

Aux Etats-Unis, l’activité reste dynamique, tirée largement par la dépense des ménages. L’économie américaine est même en passe de connaître son expansion la plus longue de l’Après-guerre. La hausse des dépenses publiques décidée par le Congrès soutient aussi la croissance. Seul l’investissement des entreprises est face à des forces contraires: malgré la baisse du taux d’impôt sur les sociétés, le climat d’incertitude créé par la guerre commerciale est peu propice à une accélération de l’investissement productif.

Les divergences structurelles entre pays de la zone
sont, pour Candriam, une source d’inquiétude.

Quant à la politique monétaire, ses premiers effets se font déjà sentir. «La Fed n’est absolument pas en retard. Non seulement les taux à court terme ont augmenté, mais également ceux à long terme ce qui a freiné les emprunts hypothécaires et l’investissement résidentiel», observe Anton Brender qui souligne aussi le ralentissement des crédits automobiles, lié lui aussi au durcissement de la politique monétaire.

Le débat actuel sur l’inversion de la courbe des taux américains, habituellement considérée comme un indicateur avancé de récession, n’inquiète pas Florence Pisani, directeur de la recherche économique: «Les récessions passées ont été provoquées par des erreurs de politique monétaire. Or, la Fed est aujourd’hui très prudente dans son resserrement».

Ainsi, Candriam ne voit, à court terme, aucun facteur susceptible de déclencher une récession américaine. Ses économistes tablent toutefois sur une décélération de la croissance qui devrait passer de 3% en 2018 à 2,6% en 2019. Le taux de chômage restera bas mais Candriam ne craint pas de dérapage de l’inflation. Pour Anton Brender, c’est du côté du taux de non-emploi (il inclut les individus ayant renoncé à chercher un emploi) et non du chômage qu’il faut regarder:«Nous sommes très en dessous des hausses de salaire que nous devrions avoir avec le taux de chômage actuel! Le taux de non-emploi explique bien mieux cette évolution».

Une Europe «boiteuse»

La croissance de la zone euro a clairement marqué le pas au troisième trimestre (moins de 1% en rythme annuel). Ce ralentissement est lié à trois facteurs qui devraient maintenant se normaliser: les difficultés du secteur automobile (dues aux nouvelles normes antipollution), les effets de la hausse passée du prix de l’essence et la chute des exportations vers la Turquie. Ainsi, selon Candriam, la croissance européenne devrait retrouver un rythme proche de 1,5% en 2019.

Les divergences structurelles entre pays de la zone sont, pour Candriam, une source d’inquiétude. «Alors que les PIB par habitant de l’Allemagne et de l’Italie étaient proches jusqu’au milieu des années 2000, celui de l’Italie est aujourd’hui 25% plus bas que celui de l’Allemagne», souligne Florence Pisani qui est plus préoccupée par ces divergences structurelles que par le bras de fer budgétaire entre le gouvernement italien et la Commission européenne. «Sans un rebond des gains de productivité, et compte tenu du vieillissement de la population, la croissance nominale italienne risque d’être extrêmement faible sur la prochaine décennie», ajoute-t-elle.

Quant à l’Angleterre, la décision de Theresa May de reporter de plusieurs semaines le vote du parlement britannique sur «l’accord de retrait» a toutes chances de freiner encore l’investissement des entreprises et de peser sur la croissance du Royaume-Uni.

A lire aussi...