Loin des gros titres, les banques font preuve de résilience

Gary Kirk, TwentyFour AM

2 minutes de lecture

Volatilité sans précédent sur le marché des risques, alors que l'incertitude économique semble se poursuivre.


© Keystone

Dans le contexte actuel, le consensus selon lequel le deuxième trimestre verra le pic de la zone de turbulences pour l'économie mondiale semble s’affirmer; il apparaît comme logique de conclure que la migration des notations tend à s'accélérer et que les taux de défaut de paiement vont augmenter. Tout ceci alors même que ces deux phénomènes apparaissent généralement après la phase de ralentissement de l'activité économique et qu'ils ne culmineront donc probablement pas avant le troisième trimestre, voire plus tard.

Le capital: le facteur clé

Naturellement, les banques étant au centre du mécanisme de transmission, elles sont souvent considérées comme le baromètre de l’humeur du marché. Il est donc important, à l’orée de la période où les données macroéconomiques risquent de faire les gros titres pour de bien mauvaises raisons, que les investisseurs suivent les derniers résultats du secteur et se tiennent au courant de la solidité relative des bilans des institutions.

Un provisionnement prudent permet d'atténuer le choc d’une potentielle perte
sur les prêts, il a également un impact sur le résultat net global actuel.

Les principaux prêteurs ont publié un nombre considérable de communiqués de presse au  premier trimestre, et, à de rares exceptions près, ils sont restés prudents dans la constitution de provisions destinées à faire face aux difficultés à venir. Si un provisionnement prudent permet d'atténuer le choc d’une potentielle perte sur les prêts, il a également un impact sur le résultat net global actuel. Nous considérons cependant que le facteur clé est le capital, ainsi que la marge de manœuvre dont dispose une banque pour absorber les pertes, tout en demeurant au-dessus du seuil de paiement des coupons AT1. Jusqu'à présent, cette analyse semble encourageante. Des années de contrôle réglementaire strict, visant à s'assurer que les banques constituaient un capital de réserve au bilan, ont été imposées pour faire face à des crises comme celle-ci.

En général, les banques ont entamé le deuxième trimestre avec une base de capital très solide, comme le montrent les chiffres. Nous prévoyons que les ratios de fonds propres vont prochainement entrer dans une zone de turbulences, non seulement en raison des pertes de crédit, mais aussi de l'augmentation des actifs pondérés en fonction des risques (APR); les APR augmentent à mesure que les banques prêtent davantage et que les infrastructures sont utilisées. Ils augmentent également à mesure que les actifs deviennent plus conséquents du point de vue de la pondération des risques en raison de la migration des notations, un aspect qui est aujourd’hui hors du contrôle des banques. Toutefois, le fait que les banques conservent la totalité de leurs bénéfices, ne versent aucun dividende et cessent de racheter des actions, permet de compenser cette situation.

Une année difficile pour le secteur bancaire

Dans de nombreux cas, cette absence de distribution de dividendes s’est traduite par le fait que, malgré d'importantes provisions qui combleraient les pertes liées aux prêts et l'augmentation des RWA, les niveaux de capital ont de fait augmenté au premier trimestre, ajoutant au «trésor de guerre» de capital protecteur dont les banques disposent pour parer à un ralentissement économique prolongé. En outre, les régulateurs ont contribué à réduire les exigences en fonds propres en réduisant ou en supprimant les mécanismes de protection contracycliques.

Les banques conservent la totalité de leurs bénéfices, ne versent aucun dividende
et cessent de racheter des actions, permet de compenser cette situation.

Ainsi, alors que l'année sera sans aucun doute difficile pour le secteur bancaire, avec très probablement une absence de dividende versé et une incertitude concernant les bénéfices, nos perspectives sur les coupons sont très différentes. Et montrent pour quelles raisons les marchés des titres à revenu fixe et du crédit ont tendance à être ceux qui permettent une reprise du marché lorsque celui-ci est en récession.

Cela a été parfaitement illustré par la Royal Bank of Scotland ce vendredi, après la publication de ses chiffres du premier trimestre. Le bénéfice d'exploitation avant impôt s'est élevé à 519 millions de livres sterling, soit une baisse de 49% par rapport au premier trimestre 2019. Tout ceci en raison d'une augmentation considérable des provisions, d'environ 800 millions de livres sterling. Aucun dividende n'a été versé et aucune perspective n'a été donnée à ce sujet compte tenu du contexte. Toutefois selon nous, le point clé à retenir est que le ratio des fonds propres ordinaires de catégorie 1 (CET1) de la banque est de 16,6%, une hausse de 40 points de base par rapport à la fin de l'année 2019, ce qui équivaut à une capacité significative de 760 pb au-dessus du montant maximum distribuable (le seuil en dessous duquel les coupons AT1 pourraient être dépréciés).

A lire aussi...