Les trésors ignorés de l’Asie

Qian Zhang, Baillie Gifford

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Alors que les gérants se focalisent sur les dragons de l’Asie hors Japon, les opportunités foisonnent sous les radars des analystes.

 

L’Asie a connu une bonne année 2025 et l’optimisme reste palpable. Cependant, la vigueur d’un marché comporte ses propres risques. À l’heure actuelle, nombre de gérants actifs sur les marchés asiatiques paraissent surfer sur la même vague: plus de 80% d’entre eux sont investis sur les cinq premières positions de l’indice MSCI Asie hors Japon, à savoir TSMC, Samsung, Tencent, SK Hynix et Alibaba.

Certains de ces «dragons» ont certes fortement contribué aux performances à long terme, mais les opportunités foisonnent parmi les «salamandres», des titres qui ont une moindre visibilité. Or l’essentiel pour un gérant actif est de montrer clairement en quoi son exposition diffère de celle du marché.

En effet, il y a selon nous une nette différence entre détenir un titre et s’engager sur ce titre. Par exemple, même si nous avons investi dans certaines des valeurs vedettes comme Samsung ou Tencent, notre engagement a été beaucoup plus important et a été maintenu sur une durée bien plus longue que dans la plupart des autres portefeuilles. 

Ce que les radars ne voient pas

Mais c’est en regardant au-delà de ces «dragons» que les choses deviennent encore plus intéressantes. En effet, l’un des grands avantages de l’investissement en Asie réside dans le fait que ce marché est dominé par la perception du risque macroéconomique. Par conséquent, de nombreuses entreprises de qualité sont peu suivies et sous-pondérées dans les portefeuilles. 

Dans le secteur minier, les meilleures opportunités apparaissent souvent lors des ralentissements ou au début des périodes de reprise.

Cela se traduit par des lacunes importantes tant sur le plan de l’information que sur celui de l’analyse. Plus de la moitié des titres de l’indice Asie hors Japon n’a pas de prévisions d’analystes pour la croissance de leurs bénéfices à 5 ans. Moins de la moitié des prévisions des analystes couvre les entreprises à forte croissance de la région. Il existe donc un vivier d’opportunités pour un gérant actif, véritablement engagé sur le marché asiatique.

En témoignent des titres comme Luckin ou Chroma ATE. Ces dernières années, Luckin a distancé Starbucks en Chine, alors qu’aucun modèle d’affaires occidental n’est réellement en mesure de saisir sa logique. Luckin n’est pas juste une entreprise de produits de consommation qui utilise la technologie efficacement. Il s’agit d’un acteur du secteur de la technologie qui travaille ses relations clients au moyen de ses applications et de sa maîtrise des données plutôt qu’en créant des espaces de vente physiques. Ses actions se négocient hors bourse pour des raisons comptables liées à son historique. Le titre n’étant pas inclus dans l’indice, la plupart des gérants l’ont ignoré ou sont trop timorés pour s’y intéresser.

Quant à Chroma ATE, cette entreprise taïwanaise fournit des technologies et des équipements de contrôle. Dans une industrie de pointe comme celle des circuits intégrés, le contrôle est essentiel à chaque étape du processus, de la conception jusqu’à l’emballage en passant par le dépôt des différentes couches de matériaux et la gravure. Chroma peut être comparée à l’entraîneur qui encadre les futurs champions olympiques: elle est indispensable, mais rarement sous le feu des projecteurs. Moins de 20% des gérants actifs sur l’Asie hors Japon détiennent ce titre. 

La patience: une discipline

Outre ces perles cachées, un autre segment de l’univers Asie hors Japon est souvent négligé, à savoir les opportunités de nature cyclique.

Les prix des matières premières sont volatils, les cycles de surchauffe et de récession peuvent être violents, les profils des entreprises sont souvent perçus comme peu intéressants par les gérants croissance traditionnels et, en fin de compte, il est difficile d’identifier le bon moment pour investir. Cependant, nos quelques trente années d’expérience sur les marchés émergents et en Asie nous ont appris qu’il existait un moyen d’en tirer parti: le secret n’est pas de trouver le bon timing pour investir, mais d’être «discipliné» sur le timing.

Dans le secteur minier, les meilleures opportunités apparaissent souvent lors des ralentissements ou au début des périodes de reprise, lorsque les cours des matières premières sont bas, que les bénéfices à court terme paraissent médiocres et les multiples cours/bénéfices excessivement élevés. Pour élaborer une conviction durant ces périodes de morosité, il faut pouvoir regarder au travers des cycles, identifier les véritables points d’inflexion macroéconomiques et être suffisamment patient pour attendre le moment où les attentes se concrétiseront.

Notre prise de position dans MMG Ltd en est une bonne illustration. MMG, entreprise minière de taille moyenne cotée à Hong Kong possède des gisements de cuivre de grande qualité au Pérou. Nous avons investi en 2020 alors que le cours du cuivre se situait au bas du cycle. Cette décision ne reposait pas sur l’anticipation d’un rebond à six ou douze mois. Elle s’appuyait sur l’idée que l’évolution du cours de ce métal approchait d’un point d’inflexion, car l’offre allait devenir structurellement déficitaire en raison de l’importance des investissements dans les nouvelles infrastructures énergétiques et d’un manque d’investissements dans le secteur minier. Le cours du cuivre a brièvement grimpé en 2021, mais ce n’est qu’en 2024 que l’offre a commencé à se tendre. Le cours de MMG a triplé en 2025, et nous avons commencé à renforcer la position à mesure que le consensus du marché entamait sa consolidation.

Cultiver la différence

Durant ces trois dernières décennies, notre approche a été fondée sur le principe suivant: pour continuer à surperformer, tous les titres détenus en portefeuille doivent l’être sur la base d’une approche différenciée. Cette dernière peut se traduire par des périodes de détention plus longues, par des expositions plus importantes, par l’achat de valeurs négligées par les autres ou encore par un processus de vente discipliné lorsque nous estimons que l’élément de différenciation s’amenuise.  Cumulés, tous ces facteurs de différenciation ne cessent de porter leurs fruits.

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