Le mythe d’une sortie du surendettement par la croissance

Emmanuel Garessus

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Deux autres facteurs que la croissance ont expliqué l’essentiel de la baisse (jusqu’en 1974), de l’endettement américain, puis sa hausse jusqu’à aujourd’hui.

 

Une idée largement répandue prétend qu’un Etat peut se sortir d’une situation de surendettement à l’aide d’une forte croissance économique. Olivier Blanchard, l’ancien chef économiste du FMI, avançait par exemple en 2019, que la dette n’était pas un fardeau pour les générations futures parce que le taux d’intérêt sur la dette est généralement inférieur à la croissance économique. La réalité historique est loin de corroborer cette idée, si l’on en croit une étude fort instructive du FMI.

Dans «Did the US really grow out of its World War II Debt» ((WP.24.5), Julien Acalin et Laurence Ball montrent qu’à l’inverse des idées reçues, la croissance ne joue qu’un rôle mineur dans la diminution du taux d’endettement par rapport au PIB observée aux Etats-Unis de 1946 à 1974.

«La croissance ne joue qu’un rôle mineur dans la diminution du taux d’endettement par rapport au PIB de 1946 à 1974».

Durant la période sous revue, le taux d’endettement est tombé de 106% à 23% en 1974, avant qu’il ne remonte jusqu’à aujourd’hui pour dépasser 100% et retrouver un niveau proche de celui de la sortie de la deuxième Guerre mondiale.

Comment réduire l’endettement

Si la croissance ne joue pas le rôle qu’on aimerait lui accorder, quels sont les facteurs décisifs? Les auteurs de l’étude montrent que ce sont les périodes de surplus primaire, c’est-à-dire du solde budgétaire positif hors paiements des intérêts, des politiques de taux d’intérêt excessivement accommodantes (répression financière, avec notamment un Peg sur les taux entre 1947 et 1952) ainsi que les surprises sur l’inflation qui réduisent une situation de surendettement.

Auparavant, Hall et Sargent (2011) et Eichengreen et Esteves (2022) avaient déjà pointé du doigt l’importance du solde budgétaire primaire et Reinhart et Sbrancia (2015) celle d’une politique de taux trop accommodante.

L’étude d’Acalin et Ball pour le FMI révèle que sans les surplus primaires et les distorsions sur les taux, le ratio d’endettement n’aurait diminué qu’à 74% en 1974 et non pas à 23%. Entre 1946 et 1974, sur le recul du ratio de 83 points, 51 points proviennent des surplus primaires (pour 17 points) et des distorsions de taux (28 points).

A partir de 1974, la hausse de ce ratio d’endettement est en grande partie le fait du passage des excédents primaires en déficits primaires. Un autre élément important durant cette période réside dans le fait que depuis 1974 le taux d’intérêt est supérieur à la croissance économique. Comme l’écrivent les auteurs, «si l’histoire était un guide, la croissance économique ne sera pas suffisante pour résoudre le problème de la dette».

Au moment où les spécialistes de la dette se penchent sur la France, il apparaît qu’un autre mythe keynésien s’effondre. Le «multiplicateur keynésien» de la France, lequel voudrait que l’augmentation de la dette accroît plus que proportionnellement le PIB, s’est transformé en un diviseur keynsien, observe Charles Gave sur le site de l’Institut des libertés.

Les interactions entre la dette et la croissance sont d’ailleurs en train de changer. Avec l’impact de plus en plus modeste des politiques de relance à travers la dette et des contraintes budgétaires croissantes, ce sont les tentatives de réduction du surendettement qui importent.

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