Les pressions de Donald Trump sur la Fed ont été négatives, sur le dollar et les obligations américaines, et elles ne font que commencer.
La succession surprise d’Adriana Kugler, et de son remplacement jusqu’à la fin janvier par Stephen Miran, le conseiller économique de la Maison Blanche, un partisan de la baisse du dollar et de frais imposés aux étrangers pour détenir des titres du Trésor, qui permet à Donald Trump d’accroître encore les critiques contre le président de la Fed, dans l’attente du remplacement de Jerome Powell l’an prochain. Le président américain fera tout ce qui est en son pouvoir non seulement pour provoquer une baisse des taux mais aussi pour presque tout changer cette institution créée en 1913 afin de disposer d’un prêteur de dernier ressort. Tout changera au sein de la Fed avec Donald Trump, la mission, le rôle, les structures et le fonctionnement de la Réserve fédérale. Ce mastodonte de 24'000 employés et de 6700 milliards de dollars de bilan affronte une période extrêmement troublée. Ce programme mammouth influencera profondément les marchés. Le choc de titans que nous offrent le tout puissant président américain et le président de la première banque centrale américaine n’épargnera pas les marchés financiers. Car au sein de la Fed, tout le monde ne voit pas d’un bon œil un changement de philosophie et de structure. Dans ces conditions, l’investisseur doit distinguer entre les effets à court terme et à long terme des pressions et de la restructuration de Donald Trump.
Une Fed devenue restrictive
A court terme, il s’agit de peser sur les taux. Jerome Powell s’y oppose. Il justifie son approche attentiste par l’impact incertain des droits de douane sur les prix. Or cet attentisme traduit en soi une approche monétaire active et non passive, comme le montre Bryan Cutsinger, chercheur à l’Institut Mises. Par son impact négatif sur la productivité et l’investissement, la hausse des droits de douane réduit en effet le taux neutre, celui qui doit garantir la stabilité des prix et le plein emploi. L’attentisme de la Fed conduit donc à fixer les taux directeurs à un niveau plus élevé que ne le voudrait le recul du taux neutre. Différentes versions de la loi de Taylor confirment que les taux directeurs sont plus élevés qu’ils ne le devraient. Sous cet angle, la colère de Donald Trump est justifiée. Si ce n’est que, comme le confirment la recherche financière, afin d’obtenir une gouvernance optimale d’une banque centrale, un président n’a pas à s’immiscer dans les choix de politique monétaire.
«Ce mastodonte de 24'000 employés et de 6700 milliards de dollars de bilan affronte une période extrêmement troublée».
Au-delà de la décision prise ces prochains mois sur les taux directeurs, les marchés auront à se faire aussi une idée des successeurs possibles de Jerome Powell. Le défi qui attend le futur président de la Fed intéresse aussi le Trésor américain, puisqu’il faut intégrer le paiement croissant des intérêts sur une dette publique de 37 000 milliards de dollars. Plus la Fed pèsera sur les taux et plus le Congrès lui en saura gré, indique Ron Paul, sur le blog de l’Institut Mises.
Monétisation de la dette
La monétisation de la dette américaine ne devrait pas s’arrêter avec le départ de Jerome Powell, avance Ron Paul , lequel a donc raison de prévoir que le cycle des «bubble-bust-booms» ne s’arrêtera pas de sitôt.
La Fed n’est pas seulement responsable de la politique monétaire. C’est aussi un investisseur de poids sur le marché de la dette américaine, ce qui accroît logiquement le poids des critiques sur la double fonction monétaire et budgétaire de la banque centrale. Ce mélange des genres et un bilan de 6700 milliards de dollars provoquent forcément des confrontations avec le pouvoir politique.
Cette combinaison de rôles, qui ressemble à une confusion des genres, ne se limite pas à l’institution elle-même. Elle touche son président. Scott Bessent, le très apprécié Secrétaire au Trésor, a exprimé son intention de ne pas se limiter à l’enquête sur les coûts de la rénovation de la Fed -un exercice à 2 milliards de dollars- mais de savoir surtout si l’institution satisfaisait sa mission première. La critique provient d’un responsable des finances qui, jusqu’au récent refus de Donald Trump, était considéré comme un possible successeur de Jerome Powell. Les Etats-Unis sont coutumiers de cette «fluidité» entre la Fed et le Trésor. Janet Yellen, l’ancienne présidente de la Fed (2014-18) est devenue Secrétaire au Trésor de Joe Biden de 2021 à 2015. Avant elle, le démocrate George William Miller avait été président de la Fed en 1978-79 puis secrétaire au Trésor en 1979-81.
Scott Bessent soutient un audit complet de la Fed. Il approuve un programme de restructuration: «Je ne sais pas trop ce que font tous ces Ph.Ds», aurait-il déclaré. La réduction de moitié du nombre de Fed régionales est aussi un thème à la mode. Scott Bessent aimerait surtout que la Fed recentre sa politique sur la stabilité des prix.
La liste des autres candidats les plus cités pour remplacer Jerome Powell sont naturellement des partisans des thèses de Donald Trump. On y trouve deux personnes déjà citées par Donald Trump,«les deux Kevin», soit l’ancien gouverneur de la Fed Kevin Warsh et Kevin Hassett, le directeurs des conseillers économiques de Donald Trump. Les médias citent aussi Christopher Waller, actuel gouverneur de la Fed, David Malpass, ancien président de la Banque Mondiale, le célèbre économiste Arthur Laffer et Michelle Bowmann, vice-président du conseil de supervision de la Fed.
Trump et l’or
La seule question qui importe à long terme concerne la mission de la Fed. Le Républicain Ron Paul, en bon élève de l’Ecole autrichienne et de Milton Friedman, a sa propre idée sur ce qu’il faut faire: «Personne ne peut connaître les taux d'intérêt «corrects », et les tentatives de la Réserve fédérale pour contrôler les taux d'intérêt sont destructrices, comme toute autre forme de planification centrale. La bonne réponse à la question de savoir qui devrait être président de la Fed est... personne». Milton Friedman voulait en effet mettre la politique monétaire sur «pilote automatique», et augmenter la masse monétaire en fonction du taux de croissance et de l’inflation.
Après quelques décennies de néo-keynésianisme, assistera-t-on, avec Donald Trump à un retour à Milton Friedman? Il suffit de se rappeler que lors de son premier mandat Donald Trump voulait nommer Judy Shelton à la Fed en 2019 pour comprendre sa vision de la politique monétaire. Judy Shelton était sa conseillère économique lors de son premier mandat. Très critique de la Fed de Jerome Powell, et auteure de «Good as Gold», elle est partisane d’un retour à l’étalon-or. Une lettre d’économistes, signée entre autres par sept lauréats du prix Nobel, s’était opposée à ce choix. Le Sénat avait de justesse rejeté sa candidature. Mais on comprend, à travers le choix de Donald Trump, pourquoi l’opposition de ce dernier à Jerome Powell va bien au-delà d’une querelle partisane.