La réforme de la sécurité sociale au Brésil

Vladimir C. F. do Vale, Indosuez Wealth Management

2 minutes de lecture

Une prise de conscience de la non-soutenabilité du système actuel est en train de prendre de l’ampleur.


©Keystone

Le gouvernement brésilien a présenté, jeudi 14 février, les principales caractéristiques de la réforme de la sécurité sociale qui sera soumise au Congrès. Cette proposition porte sur un âge de la retraite porté à 62 ans pour les femmes et à 65 ans pour les hommes, ainsi qu’une période de transition de 12 ans. Les économies liées à cette réforme sont estimées à 1,1 trillion de reais en 10 ans. Ceci correspond à un impact budgétaire plus important que les économies prévues dans la réforme initiale et se rapproche davantage de la limite supérieure des attentes du marché. C’est également une victoire évidente du ministre Paulo Guedes sur une partie du gouvernement en faveur d’une réforme plus modeste. 

Le gouvernement vit encore sa lune de miel avec la société.

Nous restons prudemment optimistes quant à la probabilité que le Congrès approuve cette réforme ambitieuse. On observe en effet, au sein de la société en général et à Brasilia, une prise de conscience de plus en plus importante de la non-soutenabilité du système actuel et des conséquences négatives qui découleraient d’une absence de réforme. La gauche «dure», qui sera le cœur de l’opposition, n’est pas non plus assez représentée pour bloquer automatiquement le texte. Finalement, le gouvernement vit encore sa lune de miel avec la société, période qui devrait s’étendre au moins jusqu’aux premiers débats sur la loi au Congrès. Au vu de ce qui précède, nous pensons que les conditions pour une approbation de cette réforme sont meilleures qu’elles ne l’ont été depuis longtemps. 

Toutefois, une réforme de cette envergure rencontrera une opposition musclée de la part de groupes d’intérêts puissants. Concentrés au sein des travailleurs du secteur public, ces derniers bénéficient actuellement de conditions de retraite privilégiées et seraient en effet les plus impactés. La décision du gouvernement – qui semble réglée – d’envoyer une nouvelle proposition de loi devant le Congrès au lieu d’amender la proposition du président Temer laisse présager qu’il faudra davantage de temps d’ici l’approbation de la réforme finale. À en juger par les précédents amendements constitutionnels approuvés par le Congrès, nous pensons qu’il est peu probable que le processus arrive à son terme avant la fin du troisième trimestre. Ceci accroît l’incertitude puisque la popularité et le support politique du gouvernement sont habituellement au plus haut juste après les élections et tendent à diminuer avec le temps. 

Une incertitude subsiste quant à la stratégie
du président Bolsonaro à l’égard du Congrès.

Il existe également des signes de division au sein du gouvernement, différents groupes se disputant le pouvoir, parfois même publiquement. Bien que la plupart de ces désaccords ne portent pas sur la réforme de la sécurité sociale, on ne peut exclure qu’à un moment ou à un autre ils ne compliquent la relation entre les pouvoirs exécutif et législatif. Finalement, une incertitude subsiste quant à la stratégie du président Bolsonaro à l’égard du Congrès. À la différence des administrations précédentes depuis le début des années 90, le président Bolsonaro n’a pas constitué de cabinet à peu près proportionnel au poids de chacun de ses partis alliés au Congrès. Jusqu’ici le président a décidé, sur le fond, d’ignorer les partis lors de ses nominations, choisissant de compter sur le support de quelques groupes d’intérêt thématiques, sur l’influence des gouvernements des États et sur des négociations individuelles avec les membres du Congrès. À notre avis, cette stratégie peut fonctionner, du moins pendant un certain temps, mais ce n’est pas acquis. 

Un pas important dans la réforme de la sécurité sociale a été franchi, ce qui constitue une brillante victoire pour l’équipe économique de M. Paulo Guedes, et certainement une bonne nouvelle pour les marchés et les actifs brésiliens.

A lire aussi...