La puissance de la microfinance suisse

Johannes Feist, Mikro Kapital

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La Suisse stimule la croissance dans les marchés émergents grâce à la microfinance, en soutenant les entrepreneurs et en favorisant l’innovation et l’investissement responsable.

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La Suisse s’est imposée comme un acteur mondial de premier plan dans la promotion de la croissance économique des marchés émergents, avec la microfinance au cœur de sa stratégie. En s’appuyant sur la solidité de ses institutions financières, ses solutions fintech innovantes et son engagement en faveur de l’investissement responsable, la Suisse permet aux petites entreprises et aux entrepreneurs du monde entier de créer des opportunités économiques durables.

L’un des piliers de ce leadership suisse en microfinance réside dans le rôle d’institutions spécialisées et de fonds d’investissement. Des organisations comme le Swiss Investment Fund for Emerging Markets (SIFEM), BlueOrchard, responsAbility et Symbiotics gèrent une part importante du marché mondial de la microfinance. Plus de 41% des véhicules d’investissement en microfinance (MIV) mondiaux sont pilotés par des entreprises suisses, plaçant le pays au centre du secteur. En 2024, les acteurs financiers suisses géraient 180 milliards de francs suisses d’actifs d’investissement à impact, dont 130 milliards détenus par des investisseurs institutionnels et 50 milliards par des investisseurs privés, consolidant ainsi leur position dominante.

Les institutions financières suisses, notamment les banques privées et les fonds d’investissement à impact, jouent un rôle clé dans le soutien aux petites entreprises. Zurich et Genève sont les fers de lance de l’investissement à impact, conciliant rendement financier et impact social dans des projets liés à l’agriculture, à la santé ou à l’inclusion numérique. Au-delà du financement direct, ces institutions offrent également des programmes d’éducation financière et du mentorat, afin de garantir une utilisation efficace des prêts et une croissance durable. Cette approche structurée permet non seulement de réduire les risques de défaut, mais aussi de maximiser l’impact économique, faisant de la microfinance un outil de transformation à long terme.

Innovation et impact: le rôle de la fintech et de la gestion des risques

La Suisse est à la pointe de l’innovation technologique dans les services financiers, utilisant la fintech et la blockchain pour renforcer la transparence et l’évolutivité de la microfinance. Elle intègre la banque numérique, le scoring de crédit piloté par l’intelligence artificielle et des plateformes de prêt basées sur la blockchain pour lutter contre la fraude et fluidifier les processus de prêt. Ces avancées permettent aux institutions de microfinance (IMF) de proposer des solutions de crédit plus justes, efficaces et sécurisées, tout en améliorant leur rentabilité.

La blockchain, en particulier, renforce la confiance en créant un registre transparent et infalsifiable des transactions de prêt. Elle permet de réduire les risques de mauvaise affectation des fonds ou de corruption, tout en rendant la microfinance plus accessible dans les régions isolées. Par ailleurs, l’expertise suisse en matière d’évaluation des risques aide les IMF à mieux gérer leurs portefeuilles et à adopter des pratiques de prêt durables.

L’impact de ces innovations est visible dans les économies locales des pays émergents, où de petits prêts peuvent générer d’importantes opportunités. En finançant des agriculteurs, des artisans ou des micro-entrepreneurs, la microfinance soutenue par la Suisse favorise la production locale, la diversification économique, la réduction de la pauvreté, tout en facilitant la transition de l’économie informelle vers des structures plus formelles. De nombreux programmes ciblent également les femmes entrepreneures, contribuant à l’égalité des genres et à la résilience des communautés locales.

Défis et engagement de la Suisse en faveur de l’investissement responsable

Malgré ses succès, le secteur de la microfinance fait face à plusieurs défis. Le plus préoccupant est le surendettement, lorsque les emprunteurs contractent plusieurs prêts auprès de différents prêteurs, dépassant leur capacité de remboursement. Les institutions suisses répondent à ce risque par des outils d’analyse rigoureux et des programmes d’éducation financière, assurant ainsi des pratiques de prêt responsables.

Un autre enjeu est l’absence de réglementation uniforme dans certains marchés émergents, ce qui entraîne des pratiques incohérentes et un risque de défaut accru. Au Cambodge, par exemple, un encadrement trop laxiste a fait exploser la taille moyenne des prêts, multipliée par dix en cinq ans. Au Kenya, le boom du crédit digital non régulé a conduit à un endettement massif des ménages. Les institutions suisses, reconnues pour leurs standards élevés, s’exposent ainsi à des risques accrus. Des entreprises comme BlueOrchard et responsAbility appliquent des procédures rigoureuses de due diligence et de gestion des risques, mais les lacunes systémiques persistent.

Le coût opérationnel de la microfinance reste également élevé – environ 107 dollars par emprunteur en 2018 – à cause des infrastructures et du personnel nécessaires pour atteindre les clients en zone rurale. Les solutions digitales soutenues par la Suisse contribuent à faire baisser ces coûts. Par exemple, la plateforme mobile d’épargne lancée en Zambie par SCBF a permis de réduire jusqu’à 25% les coûts de service en milieu rural, tout en automatisant les processus et en élargissant l’accès.

L’engagement de la Suisse en faveur de l’investissement responsable renforce sa position de leader mondial en microfinance. Les investisseurs à impact suisses alignent leurs portefeuilles sur les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, veillant à ce que les initiatives de microfinance contribuent effectivement à la réduction de la pauvreté, à l’égalité femmes-hommes et à la résilience économique. Avec 32% des fonds mondiaux d’investissement à impact à but lucratif dans les marchés émergents sous gestion suisse, le pays reste un pilier de la finance durable et inclusive.

La Suisse est en tête du secteur de la microfinance, gérant 41% des véhicules d’investissement en microfinance (MIV) au niveau mondial et 180 milliards de francs suisses d’actifs à impact. Des prêts moyens de 1 800 dollars permettent à des millions d’entrepreneurs de développer leurs activités et de dynamiser les économies locales.

Malgré les défis – tels que le surendettement ou le manque de régulation –, la Suisse applique des standards financiers rigoureux et utilise la blockchain pour améliorer la transparence et limiter la fraude. Forte de sa gestion de 32% des fonds mondiaux d’investissement à impact à but lucratif dans les pays émergents, la Suisse demeure un acteur essentiel de l’inclusion financière et de l’autonomisation économique.

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