L’or et Wall Street au plus haut, le bitcoin en chute libre – comprendre le découplage

Manuel Valente, Coinhouse

2 minutes de lecture

Chronique blockchain. En période de tension macroéconomique, le bitcoin ne se comporte pas comme un actif défensif mais comme une exposition périphérique à volatilité élevée.

 

En ce début février 2026, le bitcoin évolue autour de 66 000 dollars, soit un repli de 45 à 50% depuis son pic d’octobre 2025. Dans le même temps, l’or inscrit de nouveaux records historiques aux alentours de 5'500 dollars l’once, tandis que le S&P 500 se maintient proche de ses sommets. Pour un actif régulièrement présenté comme de l’«or numérique», la divergence est brutale et instructive.

Un actif à bêta élevé, pas une valeur refuge

En période de tension macroéconomique, le bitcoin ne se comporte pas comme un actif défensif, ce qu’il est en théorie, mais comme une exposition périphérique à volatilité élevée. Dès lors que les anticipations de politique monétaire se durcissent, les gérants réduisent en priorité ce type d’allocation, non par défiance idéologique, mais par logique de gestion du risque.

La correction entamée en octobre 2025 ne résulte pas d’un choc isolé. Les tensions commerciales entre Washington et Pékin ont servi de déclencheur, mais le marché du bitcoin était déjà fragilisé par une hausse largement alimentée par le levier au travers des  dérivés et des ETF spot.
Le durcissement progressif du cadre macroéconomique avec la fin du cycle de baisse des taux à la Réserve fédérale n’a fait que révéler cet excès. La nomination de Kevin Warsh à la tête de l’institution a cristallisé ce basculement.

Un deleveraging institutionnel, méthodique

Le cœur du mouvement est institutionnel: les ajustements observés sur les marchés à terme et les ETF reflètent une procédure méthodique de désendettement plutôt qu’une panique généralisée, avec réduction des positions à effet de levier, dégagement des expositions les plus risquées et rapatriement de liquidités.

À cette pression venant de la demande s’ajoute une pression structurelle du côté de l’offre, par le biais des entreprises de minage bitcoin. Les investissements massifs réalisés en 2024 et 2025, conjugués au cycle quadri-annuel classique de bitcoin et à la forte baisse des prix, ont sévèrement comprimé les marges. Pour couvrir leurs coûts fixes et honorer leurs obligations de dette, nombre d’entre eux ont accru leurs ventes de production, certains allant jusqu’à mettre une partie de leurs machines à l’arrêt. Cette offre non spéculative, mécanique, pèse sur la capacité du marché à rebondir.

Un écosystème qui continue de croître malgré la correction

Il serait cependant réducteur de lire la baisse du bitcoin comme le signe d’un marché moribond. Sous la surface, l’adoption progresse: la tokenisation des actifs réels accélère, portée par des acteurs comme BlackRock ou JPMorgan, tandis que les stablecoins s’imposent comme une infrastructure de paiement critique, dépassant les volumes de plusieurs réseaux traditionnels à l’international. Les fondamentaux de l’écosystème se renforcent, préparant les conditions d’un rebond qui, lorsqu’il viendra, reposera sur des bases plus solides que le simple effet de levier spéculatif.

Pourquoi les actions de la tech américaine tiennent-elles si bien?

Les valeurs technologiques partagent avec bitcoin une forte sensibilité aux taux et des valorisations élevées, mais leur statut est fondamentalement différent. Elles génèrent des flux de trésorerie, occupent des positions centrales dans l’économie numérique et sont devenues des infrastructures incontournables pour les portefeuilles institutionnels. Le narratif de l’intelligence artificielle s’inscrit dans cette continuité en apportant une visibilité anticipée sur les revenus futurs.

L’or remplit une fonction distincte: réserve de valeur hors cycle de crédit et indépendante des architectures financières modernes. En période d’incertitude, il n’est pas arbitré mais conservé.

Bitcoin se situe entre ces deux pôles. Sa thèse monétaire est cohérente, mais elle ne s’est pas encore traduite par un rôle indispensable dans le système financier. Il reste donc une exposition optionnelle, liquide et facilement sacrifiable lorsque les contraintes de risque se resserrent.

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