L’électrification, un facteur de résilience pour les pays émergents

Mathieu Nègre, UBP

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Pour un investisseur à la recherche d’impact, le thème de l’électrification a toujours occupé une place significative dans l’univers d’investissement.

 

L’électrification d’une économie permet à la fois de profiter d’un niveau plus élevé d’efficacité énergétique et de bénéficier de la montée en puissance des énergies renouvelables. Même si l’électrification repose sur un système de production encore basé sur les énergies fossiles, elle ouvre la voie à un remplacement des centrales polluantes par des alternatives moins carbonées (renouvelables, nucléaire, hydroélectrique), améliorant la flexibilité du système énergétique à long terme.

Pendant longtemps, l’objectif de l’électrification semblait mieux adapté aux pays développés qui bénéficiait d’une infrastructure plus ancienne et plus complète. Ces dernières années, ce thème est devenu de plus en plus important dans les pays émergents pour au moins deux raisons.

La Chine, mais aussi le Bangladesh et le Vietnam ont vu la part de l’électricité dans la demande finale d’énergie augmenter de plus de 10 points de pourcentage depuis 2010.

Premièrement, la production d’équipements électriques est de plus en plus dominée par des sociétés issues des pays émergents. Par exemple, le numéro 1 mondial des moteurs électriques à application industrielle est une société brésilienne. Sans surprise, l’Asie domine la chaîne de valeur et les champions du secteur en Chine, à Taïwan et en Corée du Sud représentent une part croissante du marché mondial dans les câbles, les batteries, les commutateurs et autres transformateurs.

Deuxièmement, les économies émergentes électrifient leur propre consommation à une vitesse supérieure aux attentes. La Chine, mais aussi le Bangladesh et le Vietnam ont vu la part de l’électricité dans la demande finale d’énergie augmenter de plus de 10 points de pourcentage depuis 2010. Des gains substantiels ont aussi été réalisés dans la majorité des autres pays émergents, comme l’Inde, l’Indonésie et le Mexique1.

Certains pays ont vu leur marché se transformer rapidement. L’achat de voitures électriques a explosé au Népal sur les 5 dernières années, au point de les voir passer la barre des 50% des ventes de voitures. L’année dernière, l’Éthiopie a interdit l’importation de voitures thermiques, conduisant également à une rapide électrification de son marché domestique. Ce type de développements ne serait pas possible sans que la Chine exporte des véhicules électriques à des prix abordables et que les constructeurs occidentaux n’ont pas réussi à produire jusqu’ici. Les champions chinois du secteur comme BYD pour les voitures ou CATL pour les batteries, profitent à plein de ce phénomène.

L’IA, nouveau catalyseur de la demande électrique

Le plus grand accélérateur en termes d’électrification n’est pas à chercher dans le domaine des transports, mais du côté de l’intelligence artificielle. Son développement demande des infrastructures très consommatrices d’électricité. Cela représente à la fois un défi et une opportunité pour le secteur. Un défi parce que le surcroît de demande d’électricité s’ajoute à tous les autres impératifs. Une opportunité parce que les donneurs d’ordre dans le secteur sont très bien financés et peuvent provoquer une rapide montée en puissance des infrastructures, qui vont permettre une accélération de l’électrification.

Là encore, le rôle des pays émergents est crucial. Ces investissements représentent un surcroît de demande spectaculaire pour l’industrie des semi-conducteurs dont la fabrication est largement dominée par la Corée du Sud et Taiwan. La montée en puissance du secteur a conduit ces deux pays à représenter les deux poids les plus importants de l’indice MSCI Emergents, devant la Chine. Les trois plus grandes valeurs de l’indice (TSMC, Samsung Electronics et SK Hynix) sont toutes issues du secteur et représentent à elles seules 30% du poids de l’indice2.

Résilience énergétique et consensus politique

Pour de nombreux pays, émergents ou non, l’électrification est un facteur de résilience. La majorité des nations doivent importer une partie significative des combustibles fossiles qu’elles utilisent. C’est aussi vrai, dans une moindre mesure, pour une partie des producteurs d’électricité. Quand on fait les comptes, l’électrification conduit pour la plupart des pays à une plus grande indépendance énergétique et à une amélioration de la balance commerciale, deux objectifs autour desquels il est facile de créer un consensus politique.

L’électrification est donc un moteur de décarbonisation mais aussi un porteur d’opportunité dans les émergents, tant du côté de la demande finale que de la production d’équipements en amont. En regroupant les secteurs des équipements électriques, des semi-conducteurs, des transports électriques (voitures mais pas seulement) et des infrastructures, on peut aboutir à une allocation très importante sur ce thème. C’est particulièrement vrai pour les portefeuilles à impact, qui combinent une approche très active de leur construction de portefeuilles avec une valorisation explicite des bénéfices environnementaux apportés par certains acteurs de ces secteurs.

L’accélération actuelle profite aux investisseurs engagés de longue date dans ce thème. Pour autant, le chemin reste long avant d’atteindre les niveaux exigés par les objectifs de réduction des émissions. La présidence de la COP31, qui se tiendra en Turquie en novembre prochain, avance la cible «35 by 35»3: faire en sorte que 35% de la demande énergétique mondiale soit couverte par l’électricité d’ici 2035. Nous en sommes aujourd’hui à 20%.


1 The Electrotech Revolution, https://ember-energy.org/latest-insights/the-electrotech-revolution/
2 https://www.msci.com/documents/10199/c0db0a48-01f2-4ba9-ad01-226fd5678111
3 https://unfccc.int/news/cop31-presidency-announces-new-targets-on-global-electrification-cutting-waste-resilient-cities

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