Du printemps américain à l’automne électoral

Salima Barragan

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Emeutes américaines; quelles conséquences sur les élections présidentielles du 4 novembre?


© Keystone

Chômage des minorités, inégalités sociales, dérives racistes: tous les facteurs propices à un embrasement sur les clivages ethniques étaient réunis. Résultat: des émeutes ont enflammé 2’000 petites et grandes villes américaines - mais aussi d’autres métropoles du monde - en réaction à l’homicide d’un afro-américain par un policier blanc dans un contexte économique et social mis à mal par la pandémie. Quelles conséquences du «Printemps Américain» à l’approche des élections américaines? Décryptage.

MULTIPLICATION DES PROTESTATIONS

Aux Etats-Unis, les manifestations anti-racistes ne sont pas un phénomène récent. Celle qui éclatèrent en mai d’abord à Minneapolis, pour se répandre ensuite sur tout le territoire, viennent à la suite d’une longue série de révoltes dont la première datait de 1917 à Houston, lors d’une mutinerie de soldats afro-américains. L’on se souvient aussi des multiples émeutes explosives des années soixante. Cependant, selon une note de Landolt et Cie, les protestations de masse semblent s’accentuer un peu partout dans le monde depuis quelques années. Depuis 2019, elles progressent chaque année au rythme de 11%.

BAISSE DE LA CONSOMMATION

Si les émeutes sur le racisme, les brutalités policières ou les armes n’ont jamais véritablement fait sourciller l’économie, la toile de fonds Covid-19 pourrait en changer la portée. Pour Wilfrid Galand, Responsable de la stratégie des marchés chez Montpensier, elles pourraient ralentir ces prochains mois la reprise de la consommation après la quasi-fermeture de l’économie américaine. «Sur la côte ouest, particulièrement affectée, les recherches Google liées aux principaux produits et services de consommation ont baissé de 30% par rapport à la normale durant la 2ème semaine de juin alors que la tendance était très favorable fin mai», explique-t-il.

Les tensions exacerbées par Trump pourraient-elles
se retourner contre lui? Evidemment oui.

Les places boursières ne sont pas non plus habituées à réagir aux manifestations de masse, mais la multiplication des grands rassemblements suscite des inquiétudes sanitaires supplémentaires, qui à leur tour attisent la nervosité des marchés. «L’augmentation de cas de contamination à cause des manifestations ne s’est pas vraiment produite, en tout cas pas au Minnesota où elles ont commencé, et le marché résiste plutôt bien», affirme Esty Dwek, responsable de la stratégie de marchés chez Natixis IM.

UN NOUVEL ELAN POUR LES DEMOCRATES

A 4 mois des élections présidentielles, les émeutes pourraient bien déclencher une refonte du paysage politique et donner un nouvel élan aux Démocrates s'ils gagnent sur une vague de votes afro-américains. Cependant, un changement de parti ne garantit pas la fin des troubles sociaux. «Les causes du racisme sont incroyablement complexes et bien ancrées mais elles sont amplifiées au niveau politique, où les différences sont souvent exploitées par des dirigeants à la recherche de votes. Une législation significative sera durement combattue et les lois ne changeront pas les attitudes», tempère Christopher Smart, responsable de la recherche macroéconomique et géopolitique chez Barings.

INCERTITUDES DANS LE MILIEU DES AFFAIRES

Les tensions exacerbées par Trump pourraient-elles se retourner contre lui? Evidemment oui. Ces revendications pèsent contre le Président qui n’a pas manqué de mettre de l’huile sur le feu alors que la situation était déjà bien enflammée. Sa baisse de popularité et plusieurs sondages en sa défaveur le mettent en difficulté. «Dans cette atmosphère électrique, le Président américain pourrait être tenté de faire diversion en relançant la guerre commerciale avec la Chine, voire avec l’Europe, ou en remettant au premier plan les dossiers très sensibles de l’Iran ou de la sécurité de Taïwan. Plus fondamentalement, la glissade de Trump, si elle se confirmait, pourrait rendre possible la bascule de l’intégralité des centres de pouvoirs de Washington côté Démocrate en novembre: Présidence, Chambre des représentants déjà Démocrate, et surtout le Sénat; un verrou législatif incontournable dans l’ordre constitutionnel américain», explique Wilfrid Galand qui estime aussi que la montée en puissance du parti Démocrate pourrait inquiéter les milieux d’affaires avec une pression fiscale accrue et un environnement réglementaire sur l’énergie, la technologie, l’automobile et la santé plus complexe. «Les investissements et les embauches seraient alors susceptibles d’en souffrir en attendant que la situation se clarifie», poursuit-il. Esty Dwek ajoute également que si le candidat Démocrate gagne, «les impôts auront de inévitablement un impact sur l’économie, qui sera amplifié par des manifestations et des mesures destinées à apaiser la population». De nouvelles manifestations sont déjà dans l’air…