Selon les données du Trésor américain publiées dans l’après-midi du 19 août, l’«encours de la dette publique» (Public Debt Outstanding) a atteint 40’047 milliards de dollars le 18 août. Le graphique ci-dessous présente l’évolution quotidienne de cet encours:

De nouveaux records sont établis pratiquement chaque jour, mais le franchissement de ce seuil a fait les gros titres parce qu’il s’agit d’un chiffre rond particulièrement symbolique. A mon sens, ce n’est pourtant pas le bon indicateur à regarder.
L’encours de la dette publique correspond à la somme de la dette détenue par le public et des créances intragouvernementales. Ces dernières sont des titres du Trésor détenus par d’autres entités du gouvernement fédéral, comme un régime de retraite fédéral ou le fonds fiduciaire de la sécurité sociale (Social Security Trust Fund). Si j’«emprunte» de l’argent sur l’un de mes comptes pour le transférer vers un autre compte qui m’appartient également, je ne peux pas dire que mon endettement a augmenté: la situation est différente de celle où j’emprunterais auprès d’une banque. Une hausse des créances intragouvernementales revient donc simplement, pour l’Etat, à emprunter auprès de lui-même.
La dette détenue par le public constitue en revanche un véritable engagement financier. Elle progresse rapidement – de plus de 8% sur un an à ce stade du mois d’août – et s’élevait à 32’266 milliards de dollars le 18 août (Source: Daily Treasury Statement from the US Treasury, as of August 19, 2026). C’est considérable, mais ce n’est pas 40’000 milliards de dollars.
Le défi budgétaire
Même si la dette détenue par le public reste inférieure à 40’000 milliards de dollars, je m’attends à ce qu’elle continue d’augmenter progressivement par rapport au PIB et aux recettes fédérales, car les déficits budgétaires fédéraux devraient, selon moi, rester durablement élevés.
La hausse de la dette accroît la charge d’intérêts du gouvernement fédéral. Le problème s’aggrave lorsque les rendements des bons du Trésor augmentent, puisque l’Etat doit alors verser davantage d’intérêts sur les nouvelles émissions. Les Etats-Unis ont pu échapper à ce problème pendant un certain temps, car les taux d’intérêt sont restés exceptionnellement bas durant de nombreuses années après la crise financière mondiale, puis de nouveau pendant la pandémie de Covid-19. Ces faibles taux ont permis au gouvernement fédéral d’accumuler d’importants déficits sans en payer immédiatement un prix élevé. Cette époque est révolue.
Afin de maintenir l’inflation autour de son objectif dans un contexte d’endettement croissant, je pense que la Fed devra maintenir, en moyenne, des taux directeurs plus élevés. Des déficits plus importants et persistants augmentent en effet le volume de titres du Trésor que les investisseurs doivent absorber. A terme, cela peut exercer une pression haussière sur les taux d’intérêt réels et contribuer à relever l’estimation du «r-star» (r*), c’est-à-dire le taux d’intérêt réel neutre.