La paralysie du détroit d’Ormuz continue de provoquer des perturbations en chaîne. Les contraintes d’offre sur l’essence et le kérosène ont logiquement fait les gros titres. Mais d’autres produits, moins visibles du grand public, ont également vu leur production chuter fortement, entraînant des déséquilibres importants. C’est notamment le cas du soufre, produit résiduel du raffinage du pétrole et du gaz, dont environ 50% du marché international transite par le détroit, ainsi que de son dérivé, l’acide sulfurique, un composant critique dans certains procédés de traitement du cuivre, notamment l’hydrométallurgie, qui consiste à extraire des métaux à partir de minerais au moyen de solutions aqueuses.
Une offre sous tension, mais encore résiliente
Heureusement pour les industriels situés en aval de la chaîne, ce procédé ne représente qu’environ 15% de l’offre mondiale de cuivre raffiné, en particulier au Chili et en République démocratique du Congo. Le reste provient principalement des fonderies et du recyclage. Or, du côté des fonderies, la dynamique récente de production, notamment en Chine, est restée étonnamment résiliente malgré les tensions observées sur le marché du concentré, c’est-à-dire la matière première issue de l’extraction du cuivre à partir du minerai. Les stocks initiaux et l’utilisation de ferraille peuvent expliquer cette résistance. Toutefois, le durcissement de la réglementation chinoise devrait favoriser, à terme, une recorrélation entre les tendances de production minière et celles des produits semi-finis.
Le risque cyclique pèse sur la demande
Au-delà des contraintes d’offre liées au Moyen-Orient et à la Chine, s’ajoute la crainte d’un ralentissement macroéconomique mondial et de ses effets sur la demande de cuivre, en particulier dans les marchés finaux les plus cycliques, comme la construction et les machines industrielles. A titre d’exemple, les analystes de Goldman Sachs estiment qu’une baisse d’un point de pourcentage du PIB réel mondial se traduit par un recul d’environ 0,9 point de pourcentage de la demande de cuivre. Cette sensibilité les a conduits à réviser à la baisse leur prévision de croissance de la demande de produits raffinés pour cette année, à +1,6%, contre +2% précédemment.
Le délai entre la découverte d’un gisement et sa mise en production, généralement supérieur à quinze ans, offre une visibilité rare aux investisseurs.
Malgré ces révisions négatives, les cours de l’«or rouge» ont plus que résisté, dépassant même leurs niveaux d’avant le conflit. Les investisseurs semblent donc avoir choisi de regarder au-delà des perturbations actuelles, qui touchent à la fois l’offre et la demande.
Une intensité en cuivre structurellement plus élevée
A cet égard, la dernière étude du courtier Jefferies permet de prendre du recul par rapport au bruit de court terme. L’analyse des tendances observées au cours des quinze dernières années met en évidence une hausse significative de la consommation de cuivre par unité de PIB. Ce constat est d’autant plus notable que 2011 correspond au pic du supercycle chinois, alors tiré par l’activité immobilière résidentielle, fortement consommatrice de cuivre. Les moteurs de cette intensité accrue sont désormais bien identifiés: électrification, infrastructures de réseau, énergies renouvelables et économie numérique.
Une industrie minière trop lente à répondre
Face à ces nouveaux usages, l’offre reste désespérément inélastique. Alors que 6,2% de la production a été perdue en 2025 en raison de diverses perturbations, le début d’année s’inscrit dans la même tendance: BHP, Ivanhoé et Freeport ont tous révisé à la baisse leurs objectifs de production. En conséquence, la production cumulée des principales sociétés minières, qui représentent environ deux tiers de la production mondiale, a reculé de 2,5% au premier trimestre en glissement annuel, et de 7,6% en séquentiel. Cette évolution confirme que la baisse de la teneur en minerai, le vieillissement des mines et les contraintes environnementales constituent des enjeux structurels.
En raison de l’incapacité de l’industrie minière à répondre aux besoins croissants des secteurs prioritaires, la sécurité d’approvisionnement devient un sujet majeur pour les États dans un monde multipolaire. En Chine, la Commission nationale du développement et de la réforme a confirmé la nécessité de constituer des stocks stratégiques de minéraux critiques. Dans le même temps, les États-Unis multiplient les accords avec la Zambie et la République démocratique du Congo afin de renforcer leurs propres chaînes d’approvisionnement. L’Europe poursuit la même logique avec le règlement sur les matières premières critiques.
Un prix qui s’éloigne du coût marginal
L’observation des cours du cuivre sur la période 1980-2026 montre qu’ils se sont établis en moyenne 18% au-dessus du coût marginal, entendu comme le coût cash auquel s’ajoutent la dépréciation et l’amortissement. Si l’on raccourcit la période à 2000-2026, cette prime atteint 27%, sous l’effet de l’émergence de la Chine comme acteur dominant du marché. Le niveau actuel de prime est sensiblement plus élevé, environ deux fois supérieur, ce qui reflète à la fois les déséquilibres fondamentaux du marché et l’émergence d’une valeur stratégique attachée au cuivre.
Ce désancrage par rapport au coût marginal devrait logiquement se poursuivre afin d’inciter les sociétés minières à répondre au signal-prix. Or, le délai entre la découverte d’un gisement et sa mise en production, généralement supérieur à quinze ans, offre une visibilité rare aux investisseurs. Le cuivre s’impose ainsi comme un thème structurel de long terme, également susceptible de renforcer la diversification des portefeuilles.