Les inquiétudes exprimées autour de la dette privée peuvent alimenter un amalgame avec les prêts syndiqués. Ces deux modes de financement appartiennent au marché du crédit et financent des entreprises, mais ils présentent des caractéristiques différentes en matière de liquidité et de transparence.
Les prêts syndiqués, ou Broadly Syndicated Loans, sont des financements accordés à des entreprises et distribués par une banque auprès d’un large groupe d’investisseurs. Structurés, arrangés et administrés par des banques, ils servent principalement à financer des entreprises bien établies, souvent détenues par des fonds de capital-investissement, tandis que les prêts directs concernent plutôt des entreprises non cotées de taille intermédiaire.
En tant que classe d’actifs, les prêts syndiqués se situent entre les obligations high yield et les prêts directs; ils combinent la liquidité et la transparence du high yield avec la sécurité et la séniorité des prêts directs.
La liquidité fait la différence
La première différence porte sur la liquidité. Les prêts directs sont par nature non liquides. Les prêts syndiqués bénéficient, quant à eux, d’une liquidité quotidienne et sont activement négociés de gré à gré entre participants de marché. Leur base d’acheteurs est large et mature. Elle comprend notamment des banques, des investisseurs institutionnels et des gérants de Collateralized Loan Obligations, ou CLO.
Bien que non cotés comme pourraient l’être des actions, les prêts syndiqués bénéficient de prix quotidiens grâce aux cotations des intermédiaires de marché et à l’existence d’un marché secondaire actif. Les investisseurs disposent ainsi d’une valorisation transparente et de la possibilité d’acheter ou de vendre des prêts régulièrement.
Les portefeuilles investis en prêts syndiqués peuvent être gérés de manière active, de façon comparable aux portefeuilles investis en obligations high yield, tout en conservant la nature sécurisée des prêts syndiqués. La liquidité peut cependant se réduire en période de stress, avec un impact potentiel sur la volatilité des prix.
Longtemps considéré comme une niche, le marché des prêts syndiqués s’est développé pour devenir un segment significatif et mature, totalisant désormais 359 milliards d’euros d’encours pour 327 émetteurs, en croissance cumulée de 28% sur les trois dernières années (Morningstar European Leveraged Loan TR EUR, à fin septembre 2026).
Cette expansion en taille et en profondeur renforce la liquidité du marché secondaire et améliore la transparence des prix.
Une transparence plus élevée
La transparence constitue une autre différence entre prêts syndiqués et prêts directs. Celle des prêts syndiqués est élevée, tandis que celle des prêts directs est plus limitée. Cette distinction repose notamment sur l’existence de prix quotidiens et d’un marché secondaire actif pour les prêts syndiqués.
Les notations attribuées par des agences telles que S&P et Moody’s renforcent également la transparence du risque de crédit. Plus de 97% des prêts syndiqués sont couverts par une notation (Croissance entre octobre 2023 et septembre 2026. Source: PitchBook Data Inc.)
Une analyse fondamentale rigoureuse, une sélection attentive des crédits et un suivi actif des expositions restent nécessaires pour maîtriser les risques associés.
Des protections, mais un risque de crédit bien présent
La majorité des prêts syndiqués sont notés en catégorie spéculative, ce qui implique un risque de crédit plus élevé que celui des instruments investment grade. Le risque de crédit demeure donc le facteur central de cette classe d’actifs.
Leur statut senior secured, c’est-à-dire de premier rang, leur confère néanmoins des protections importantes. Les prêteurs sont prioritaires dans la structure du capital et bénéficient de sûretés sur les principaux actifs de l’emprunteur.
Cette séniorité et ces sûretés contribuent à expliquer les taux de recouvrement historiquement observés en situation de défaut, qui se situent autour de 70 à 75%.
Deux segments complémentaires du marché du crédit
Prêts syndiqués et prêts directs ne doivent pas être opposés. Ils présentent des caractéristiques différentes et peuvent jouer des rôles complémentaires dans une allocation.
Par rapport au crédit privé, les prêts syndiqués apportent davantage de flexibilité, de capacité d’ajustement du portefeuille et de transparence, tout en conservant des caractéristiques protectrices grâce à leur séniorité et à leurs sûretés.
Pour les investisseurs institutionnels suisses, l’enjeu consiste à apprécier ces caractéristiques au regard de leurs besoins d’allocation.
Les prêts syndiqués européens présentent ainsi un profil distinctif au sein des marchés du crédit, combinant exposition à taux variable, séniorité dans la structure du capital et liquidité de marché. Ces caractéristiques permettent de les distinguer des prêts directs sans opposer les deux segments.