Le marché des ILS se développe fortement

Emmanuel Garessus

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Le marché lui-même n’a pas seulement présenté des performances exceptionnelles mais il s’est également beaucoup accru ces dernières années, selon Sidney Rostan, de Scor IP.

 

Le marché des Insurance-Linked Securities (ILS) est en pleine expansion. Cette classe d’actifs alternative aux actions et obligations comprend un grand nombre d’acteurs suisses, forts de leur savoir-faire dans la réassurance et de l’intérêt des institutionnels. 

Scor Investment Partners (Scor IP), l’entité financière du réassureur français Scor, possède d’ailleurs un bureau à Zurich. Sur les 28 milliards d’euros d’actifs sous gestion gérés par Scor IP, plus de 8 milliards d’euros sont gérés pour des investisseurs institutionnels externes. Scor IP est organisée autour de trois plateformes d’investissement, les ILS avec près de 5 milliards d’eurosd’actifs sous gestion, avec une expertise depuis 2011, le financement d’actifs réels pour plus de 2 milliards d’euros d’encours (dette immobilière, dette d’infrastructures) et les crédits liquides pour près de 3 milliards d’euros (prêts syndiqués et obligations à haut rendement). 

Sidney Rostan, responsable des ILS au sein de Scor IP, répond aux questions d’Allnews:

Comment s’est développée la classe d’actifs des Insurance-Linked Securities ces 15 dernières années au sein de Scor IP?

Si le marché des obligations catastrophes (cat bonds) existe depuis le milieu des années 1990, nous avons lancé notre plateforme en 2011. Scor IP a alors considéré le marché comme suffisamment mature pour développer une stratégie de gestion efficace dans ce domaine. Nous disposons d’une expérience de 15 ans dans cette classe d’actifs, et moi-même de 25 ans. Notre premier fonds a été lancé en 2011. 

Nos actifs sous gestion ont augmenté de manière régulière et dynamique pour atteindre 5,5 milliards de dollars. Nous gérons une gamme de fonds ouverts qui incluent des obligations catastrophes et des ILS privés, dans le cadre d’une composition entre les deux qui diffère en fonction des objectifs de rendement et de liquidité de manière à offrir une offre de fonds d’investissements ILS correspondant à différents objectifs de couple rendement/risque.

«Le seul marché des obligations catastrophes représente 65 milliards de dollars, avec 400 cat bonds en vie aujourd’hui».

Quelle est votre stratégie et vos perspectives en termes de croissance d’actifs sous gestion?

Notre taille a augmenté de façon régulière et dynamique ces dernières années. Nous souhaitons poursuivre notre croissance dans le futur.
Le marché lui-même n’a pas seulement présenté des performances exceptionnelles mais il s’est également beaucoup accru ces dernières années.

Le seul marché des obligations catastrophes représente 65 milliards de dollars, avec 400 cat bonds en vie aujourd’hui. Au début 2023, il ne s’élevait qu’à 38 milliards de dollars.

La dynamique de la demande de protection est très positive. Les assurances et réassurances voient leur exposition augmenter en réponse à la démographie, à la densité de population et des habitations, à l’inflation -puisqu’elle augmente le coût de reconstruction ou de réparation-. Nous pensons que cette croissance va se poursuivre à l’avenir. Nous entendons accompagner ce développement.

Comment expliquez-vous la bonne performance des ILS en 2026?

La bonne performance de cette année s’explique de deux manières. Premièrement la sinistralité a été faible. Nous n’avons pas eu de sinistres majeurs assurés cette année, sachant que nous nous exposons à des sinistres majeurs (ouragans ou tremblements de terre) ou à des séquences inhabituelles de catastrophes naturelles. Nous n’avons connu aucun événement majeur, comme un tremblement de terre entraînant des pertes significatives pour la réassurance, et la saison des ouragans aux États-Unis a été particulièrement calme. L’ouragan Isaias a touché la côte de Floride le week-end dernier, les pertes assurées restent limitées.

La bonne performance est aussi liée au rendement intrinsèque qu’offre le marché actuel. Le niveau de rendement s’élève à 8,5 à 9% en dollars actuellement. Certaines stratégies exposées aux ILS vont délivrer 10% ou même davantage cette année, s’il n’y a pas de pertes majeures d’ici la fin de l’année. 

À une époque de dérèglements climatiques et d’un phénomène El Niño exceptionnel, n’est-ce pas étonnant de dire qu’il n’y a pas eu de catastrophes naturelles majeures?

Le marché des ILS, notamment celui des obligations catastrophes, se concentre avant tout sur les États-Unis même si certaines transactions sont exposées à l’Europe et au Japon. Nous nous exposons principalement au risque de tremblements de terre et aux risques de tempêtes tropicales ou hivernales. Pour ces périls, nous n’avons pas eu de gros événements cette année et à l’heure où je vous parle.

Nous avons récemment connu des feux de forêts et des tempêtes convectives, mais qui sont peu couverts sur ce marché-là. Les ILS couvrent principalement les risques très peu fréquents mais très sévères qui coûtent très cher à l’assurance. 

Le rendement est élevé. Quel est le track record à long terme?

Notre marché fait l’objet d’une cyclicité des prix qui dépend de l’occurrence de grandes catastrophes naturelles. Après l’ouragan Katrina en 2005, les taux de rendement sont remontés, après les gros sinistres de 2017 et 2018, également. Le taux des bons du trésor américain détermine aussi le rendement total de la classe d’actifs et des obligations catastrophes. En effet,les ILS sont des instruments à taux variable indexés sur les taux courts américains. Ceux-ci ont fluctué ces dernières années entre 0 et 5%. De plus, les différences de performance dépendent de l’évolution des obligations catastrophes en valeur de marché selon les années. En moyenne, le rendement des cat bonds s’établit entre 7 et 8% en dollars à très long terme. 

Ces trois dernières années (2023, 2024, 2025) et, espérons-le, 2026 également si aucun gros sinistre ne se produit d’ici la fin de l’année, la performance a été exceptionnellement élevée grâce à la conjonction des éléments évoqués, des rendements élevés après la grosse sinistralité de 2022. Le rendement s’est établi à environ 15% en 2023, 2024, 12% en 2025 et probablement 10% en 2026. Nous sommes au-dessus de la moyenne à long terme.

L’investisseur a-t-il intérêt à attendre une mauvaise année, en termes de sinistralité, avant d’investir?

Non. Personne ne sait quand se produira le prochain événement. L’ILS est une classe d’actifs qui nécessite une approche à long terme. Il faut avoir connaissance de ce cycle de marché et naviguer de la meilleure manière possible au travers de ces cycles de marché. Les vrais bénéfices sont obtenus avec une approche à long terme plutôt qu’en essayant de se positionner de manière opportuniste.

En tant que produit offrant un taux variable à court terme, faut-il les comparer aux obligations du Trésor américain à court ou à long terme?

L’ILS se compare difficilement à d’autres classes d’actifs. L’investisseur prend non pas un risque de crédit mais un risque assurantiel. Il n’y a donc pas de corrélation directe avec les classes d’actifs traditionnelles. L’avantage de l’ILS se situe dans ses outils de décorrélation efficace et pure avec les autres classes d’actifs. Il fait donc tout à fait sens dans une allocation d‘actifs.

La performance dépend des primes d’assurance catastrophe et elle est peu sensible aux facteurs macroéconomiques et financiers. 

Est-ce une des rares classes d’actifs qui n’est pas fonction des risques géopolitiques?

Effectivement. Nous sommes peu sensibles aux risques géopolitiques dans la mesure où nous nous exposons à des risques assurantiels dont les catastrophes naturelles qui ne sont pas du fait de l’homme.

«Certaines stratégies exposées aux ILS vont délivrer 10% ou même davantage cette année».

Pour quelle raison le rendement de l’investisseur en ILS est-il fluctuant? 

Le rendement fluctue selon le cycle de la réassurance. Le rendement du marché des cat bond est plus ou moins élevé selon que l’on se positionne après un gros événement ou après une période sans grande sinistralité, quand les rendements diminuent progressivement.

Plusieurs gérants sont spécialisés dans l’ILS, avec des actifs de plusieurs milliards. Comment l’investisseur peut-il sélectionner les meilleurs fonds?

Le nombre de gérants ILS s’est accru dans le monde et il avoisine soixante. Chaque gérant a sa propre philosophie d’investissement et ses principes. Il en résulte des rendements différents selon le scénario de sinistralité, le type de produit ILS, le niveau de risque, de liquidité et de diversification. La performance historique est, ici aussi, le juge de paix entre les acteurs.

Est-ce que votre performance dépasse la moyenne?

L’éventail de stratégies est très large au sein de l’ILS, entre les plus prudentes et les plus risquées. Pour notre part, nous avons toujours déployé une stratégie cohérente dans le temps, une bonne lisibilité de la performance, c’est-à-dire qui correspond aux attentes en fonction du marché et des événements survenus. Cela plaît à beaucoup d’investisseurs puisque nous bénéficions d’une réelle crédibilité dans cette classe d’actifs. Nous avons traversé de façon saine et cohérente les différents cycles de marché, nous construisons des portefeuilles diversifiés et granulaires en capacité d’absorber des chocs. Nos fonds ont d’ailleurs bien réagi lors des phases de forte sinistralité.

Où se situent les meilleures opportunités actuellement?

Les risques se situent habituellement aux États-Unis, notamment dans les régions côtières pour les ouragans et en Californie pour les tremblements de terre. Nous constatons aussi un élargissement du marché à travers les années. De nouveaux périls émergent, dans de nouvelles régions, qui s’accompagnent de l’arrivée de nouveaux acteurs qui se couvrent sur le marché des obligations catastrophes. Cette évolution est positive, à notre avis. Elle permet de diversifier davantage les portefeuilles hors des États-Unis et d’optimiser leur construction.

Nous voyons donc des opportunités en dehors des États-Unis, mais nous devons être prudents à l’égard de ces nouveaux périls. Il faut savoir les modéliser et avoir le recul nécessaire pour prendre des expositions avec un niveau de risque maîtrisé. 

La Suisse est un grand marché de la réassurance. Quel est l’accueil des investisseurs institutionnels suisses aux ILS?

La Suisse est une place forte de l’ILS. Elle est probablement l’un des pays où le taux de pénétration des ILS dans les portefeuilles est le plus élevé au monde. Un grand nombre de gérants ILS sont actifs en Suisse ainsi que des réassureurs. 

Nous constatons que les institutionnels Suisse allouent entre 1 et 5%  de leur portefeuille totaldans l’ILS, en général dans leur poche alternative.

Est-ce uniquement destiné aux investisseurs qualifiés?

Selon nous, la barrière à l’entrée est assez élevée en termes de compréhension de la classe d’actifs. Nouscommercialisons nos fonds exclusivement auprès d’investisseurs institutionnels.

Entre l’ILS privé et l’obligation catastrophe, comment sélectionner le bon produit en fonction du bon profil de risque?

Cela dépend de l’objectif de rendement, du niveau de risque accepté et des contraintes de liquidité des investisseurs. Notre produit le plus liquide est un fonds d’obligations catastrophes, qui bénéficie d’un marché secondaire et offre une valeur de marché hebdomadaire. C’est un produit qui couvre les risques extrêmes, avec une grande sévérité mais une faible fréquence. Ce risque de pic est donc inférieur à celui de la réassurance traditionnelle. Un portefeuille de cat bond est optimal pour l’investisseur en quête d’un couple rendement/risque optimisé la recherche de la régularité, la liquidité et une plus faible volatilité.

Si l’objectif de rendement est plus élevé avec une appétence au risque supérieure et une contrainte de liquidité moindre (semestrielle ou annuelle), il est possible que l’ILS privé soit plus adapté. 

Quelle est la dispersion de rendements entre les plus prudents et les plus risqués?

Le rendement des fonds investis en cat bonds devrait se situer entre 8% et 11% cette année, selon le niveau de risque pris . Il est calculé en dollars, mais nous proposons aussi des investissements dans d’autres devises, que nous allons couvrir contre le dollar.

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