Couvrir le dollar ou se tourner vers l'euro?

Yvan Pittet, Invesco

2 minutes de lecture

Pour les investisseurs obligataires européens, l'arbitrage entre rendement affiché et coût de couverture mérite un examen attentif.

 

Le dollar américain est resté stable ces derniers mois. Son incapacité à se renforcer, malgré le regain d'intérêt pour les actions américaines et la crise au Proche-Orient, pourrait signaler une faiblesse à venir si ces flux venaient à ralentir.¹ Pour l'investisseur professionnel obligataire, la question devient alors de savoir s'il convient de couvrir le risque de change du dollar ou de privilégier des expositions libellées en euro.

Le marché obligataire américain demeure le plus vaste et le plus liquide au monde. Mais l'investisseur européen ne peut faire l'économie d'une réflexion sur l'exposition au dollar et sur l'opportunité d'en couvrir le risque1. Une considération secondaire, et non des moindres, tient au fait de savoir si le coût de la couverture l'emporte sur les avantages potentiels d'un placement en obligations libellées en dollar.

Le dollar peine à se redresser


Source: Invesco, Aladdin, Bloomberg, au 29 juin 2026

 

Depuis la pandémie, couvrir le dollar contre l'euro s'est révélé relativement onéreux. Ce coût s'établit actuellement autour de 1,6 pour cent par an1. La logique qui en découle est arithmétique plus que spéculative: si le rendement d'une exposition en dollar n'est pas supérieur d'au moins 1,6 pour cent à celui d'une obligation comparable libellée en euro, l'avantage de rendement pourrait être absorbé,  tout ou en partie, par le coût de la couverture. Dans une telle configuration, un placement direct sur les marchés européens pourrait apparaître plus cohérent pour certains investisseurs2.

Deux segments illustrent ce raisonnement. Les obligations AT1 et les CLO notés AAA présentent aujourd'hui des écarts de rendement entre versions dollar et euro qui méritent d'être mis en regard de ce coût de couverture. Le rendement des AT1 en dollar dépasserait d'environ 1 pour cent celui des AT1 en euro, tandis que l'écart serait de l'ordre de 1,3 pour cent pour les CLO AAA1. Dans les deux cas, le différentiel de rendement resterait inférieur au coût de couverture de 1,6 pour cent. On pourrait en déduire que, pour un investisseur professionnel dont la devise de référence est l'euro, l'exposition en euro offrirait un rendement plus attrayant que le rendement implicite d'une exposition en dollar couverte2.

Le raisonnement vaut aussi en sens inverse. Pour un investisseur dont la devise de référence est le dollar, le gain d'environ 1,6 pour cent lié à la couverture de l'euro vers le dollar pourrait, lui aussi, plaider en faveur des segments libellés en euro1. Le même écart de couverture qui pénalise une direction profite à l'autre.

Ce cadre appelle néanmoins plusieurs réserves. Les écarts de rendement cités sont des instantanés: ils évoluent avec les conditions de marché et pourraient se resserrer, voire s'inverser, d'un trimestre à l'autre. Le coût de couverture lui-même n'a rien de figé; il reflète pour l'essentiel le différentiel de taux courts entre les deux zones et pourrait se modifier sensiblement si les trajectoires de politique monétaire venaient à diverger. Une détente plus rapide d'un côté de l'Atlantique que de l'autre suffirait à rebattre les cartes.

Le rendement n'épuise pas davantage la comparaison. Profil de crédit, duration, liquidité et composition des indices sous-jacents diffèrent d'un segment à l'autre, et ces facteurs pourraient peser autant que l'arbitrage de change. Deux expositions affichant un rendement proche après couverture ne sont pas pour autant équivalentes en termes de risque. La structure même des instruments compte: les obligations AT1 comportent des mécanismes de conversion ou de dépréciation propres, tandis que les CLO notés AAA renvoient à une logique de tranches et de collatéral sous-jacent. Le rendement n'est, ici, que l'une des dimensions d'une décision qui en compte plusieurs.

La conclusion n'est donc pas qu'une exposition serait, en soi, préférable à une autre. Pour certains investisseurs professionnels en Europe, regarder au-delà du rendement de façade pourrait constituer un réflexe d'autant plus intéressant que le dollar peine à confirmer sa vigueur. Rien n'indique toutefois qu'une telle lecture doive dicter une décision: elle fournit une grille d'analyse, non une recommandation.

 

1 Invesco European ETF Snapshot, June 2026.

2 Lecture évaluative fondée sur les données de l'Invesco European ETF Snapshot, June 2026.

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