Depuis le début de l’année, Bitcoin évolue dans un cadre franchement hostile: Fed toujours restrictive sans baisse des taux directeurs, pétrole sous tension avec le conflit au Moyen-Orient, et reflux global vers le cash: sur la semaine arrêtée au 18 mars, les fonds actions mondiaux ont subi 20,3 milliards de dollars de sorties, tandis que les fonds monétaires ont attiré 32,6 milliards de dollars.
Dans ce contexte, Bitcoin ne donne pas un signal de mouvement fort, mais de résilience structurelle. Après avoir touché un plus bas local début février, période au cours de laquelle les positions risquées avec effet de levier ont subi une purge, le marché s’est progressivement restabilisé autour d’une zone d’équilibre. Cette séquence est importante: elle montre que la baisse a d’abord servi à nettoyer les excès spéculatifs, permettant de recentrer le marché sur des positions moyen et long terme. Le cours s’est désormais installé autour de 70’000-72’000 dollars, faisant preuve d’une inhabituelle stabilité dans un contexte incertain. Quelles en sont les raisons?
Le premier changement fondamental sur le marché tient au retail, qui n’est plus le moteur dominant. L’investissement par les particuliers reste faible, ce qui enlève de la nervosité au marché: sur Google Trends, l’intérêt pour le terme «bitcoin» est resté autour de 24/100 fin 2025, très loin du pic à 100 observé en 2021.
Par contraste, on observe l’installation durable des flux institutionnels. Les ETF spot ont d’abord été un facteur de pression à la baisse pendant la correction: selon Reuters, ils ont enregistré plus de 3 milliards de dollars de sorties en janvier. Mais à mesure que les flux sont redevenus ponctuellement positifs, les ETF ont recommencé à absorber une partie de l’offre disponible. Ils contribuent à la stabilisation du cours en installant une demande plus régulière et moins spéculative que celle du retail.
Les Bitcoin treasury companies jouent aussi un rôle croissant. Strategy, qui reste l’acteur dominant, possède désormais un stock de plus de 760’000 bitcoins, et continue ses acquisitions. Ce type d’acheteur soutient mécaniquement le marché, même s’il introduit un risque nouveau: celui d’un modèle financé par les marchés de capitaux.
Le minage complète ce nouvel équilibre, via une baisse de son influence. Le halving de 2024 a généré un recul prévu sur l’inflation monétaire de Bitcoin. Après avoir fortement progressé jusqu’à l’automne 2025, la puissance de calcul cumulée du réseau évolue désormais sur un plateau élevé plutôt que dans une dynamique de hausse continue. Le marché devient ainsi progressivement moins piloté par l’offre marginale des mineurs et davantage par la demande: ETF, institutionnels, sociétés de trésorerie et détenteurs de long terme.
Enfin, il faut regarder au-delà de Bitcoin lui-même. Mastercard a annoncé cette semaine le rachat de BVNK pour jusqu’à 1,8 milliard de dollars afin de renforcer ses rails de paiement en stablecoins. Nasdaq a obtenu le feu vert de la SEC pour permettre la négociation et le règlement de certains titres sous forme tokenisée. NYSE a, de son côté, noué un partenariat avec Securitize pour bâtir sa propre plateforme de titres tokenisés. Ces annonces ne créent pas directement de demande pour Bitcoin. En revanche, elles changent le cadre: la blockchain n’est plus une curiosité spéculative, mais une couche technologique que la finance commence à utiliser au quotidien.
Or, la valeur du Bitcoin repose aussi sur la légitimité et l’utilité perçues de l’infrastructure dont il est l’actif natif historique: à mesure que les plus grandes institutions financières intègrent la blockchain dans leurs usages, elles renforcent indirectement la crédibilité de l’ensemble de l’écosystème et contribuent ainsi à soutenir le prix du Bitcoin.
Bitcoin reste un actif risqué, sensible à la liquidité mondiale, mais il est désormais soutenu par une base d’acheteurs, de véhicules et d’usages beaucoup plus large qu’auparavant. En 2026, il ne s’envole pas, mais il résiste là où, dans les cycles précédents, il aurait probablement cédé beaucoup plus violemment.