Bientôt une réouverture totale… et ensuite?

Antti Tilkannen, Bruellan

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Les Etats-Unis reviendront à la normale entre juin et juillet, le variant britannique – qui pourrait entraîner des retards mineurs – étant la principale variable.

Les Etats-Unis avancent bien dans le déploiement des vaccins contre le coronavirus. Bien qu’il soit prématuré de se prononcer définitivement, les Etats-Unis semblent être épargnés dans une large mesure par le problème du variant B117 contre lequel l’Europe a combattu. Ce risque n’est toutefois pas immense: l’économie américaine sera bientôt pleinement ouverte, certains Etats sont presque revenus à la normale et les autres devraient suivre d'ici juillet. Les risques conjoncturels associés au coronavirus ont diminué, et les perspectives pour le second semestre sont prometteuses. Plusieurs facteurs contribueront à accélérer la résorption de l’écart de production aux Etats-Unis. 

Le secteur des ménages a accumulé plus de 1’000 milliards de dollars d’épargne excédentaire, soit environ 5% du PIB. Le revenu personnel, soutenu par les mesures de relance budgétaire, a progressé tandis que la consommation reculait par manque de possibilités de dépenser. La demande va rebondir fortement dans les secteurs de la restauration, des voyages et de l’hébergement, et il faudra probablement un certain temps pour que les capacités s’ajustent.

L’amélioration rapide de la demande d’emploi
ne rehausse pas le salaire horaire moyen, bien au contraire.

Les plans de relance récemment adoptés serviront d’accélérateur à la croissance. Ils ont été déterminants dans le relèvement des prévisions de croissance du PIB, à plus de 6% pour cette année et à environ 4% en 2022. Ce plan comprend notamment des aides aux ménages, telles que des paiements directs, une augmentation des prestations de chômage et des allocations familiales, ainsi que des fonds pour la réouverture des écoles, du soutien aux entreprises et des financements des collectivités locales.

Les capacités excédentaires restent conséquentes sur le marché de l’emploi, en particulier dans les secteurs des loisirs et de l’hôtellerie. Les restaurants et les bars emploient 2 millions de personnes de moins qu’il y a un an. Au total, l’écart se situe à environ 10 millions. Une progression solide et durable des effectifs est donc tout à fait possible. Notons que cette reprise ajoutera de la pression à la baisse sur les salaires horaires, dans la mesure où les emplois en question sont principalement des postes faiblement rémunérés. L’amélioration rapide de la demande d’emploi ne rehausse pas le salaire horaire moyen, bien au contraire. Les coûts unitaires de main-d’oeuvre sont un point de départ habituel pour évaluer les perspectives d’inflation mais, pour l’instant, l’effet temporaire de la réouverture de l’activité est baissier.

Pour autant, il est clair que les pressions inflationnistes augmentent dans de nombreux segments. A mesure que la demande latente se déploiera, les contraintes temporaires de capacité ne manqueront pas de faire monter les prix. Il ne s’agit toutefois là pas d’une inflation très structurelle par nature, et les politiques monétaires et budgétaires devraient demeurer ultra-expansionnistes.

La spéculation autour de l’inflation et de la politique monétaire constituera
à l’avenir le risque le plus important pour les valorisations boursières.

La Fed a fait savoir à plusieurs reprises qu’elle entend rester patiente et veiller à ne pas agir trop rapidement en cas de reprise de l’inflation – après avoir été en deçà de l’objectif pendant une décennie – ce qui est l’approche correcte. Malgré les pressions à court terme, la situation générale n’est pas si dramatique, même si le sujet fera certainement l’objet d’une large couverture médiatique cette année. Il convient également de garder à l’esprit que le niveau de certitude est limité, du fait de la nature sans précédent du contexte monétaire actuel.

Les bénéfices des entreprises américaines ont déjà retrouvé leurs niveaux pré-pandémiques et devraient continuer à s’améliorer dans un avenir proche. Les entreprises qui ont souffert de problèmes liés au coronavirus afficheront un fort rebond, et celles qui ont été épargnées sont portées par des tendances séculaires.

Le chemin vers une réouverture définitive de l’économie étant assez clair, la spéculation autour de l’inflation et de la politique monétaire constituera à l’avenir le risque le plus important pour les valorisations boursières – ce qui représente de fait un changement de décor très positif.

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