Les économies d’Amérique latine et des Caraïbes regagnent de l'importance. Elles sont portées par les exportations de matières premières, l’augmentation de la demande de minéraux stratégiques et le dynamisme du commerce et de l’investissement. La région ayant également un poids croissant sur le plan géopolitique, elle devrait connaître une croissance durable.
Des ressources et des opportunités à profusion
Sa puissance économique repose en bonne partie sur l’abondance de ses ressources naturelles. L’Amérique latine représente plus de la moitié de la production mondiale d’argent, environ 40% de celle de cuivre et environ un tiers de celle de lithium (le triangle du lithium constitué de l’Argentine, du Chili et de la Bolivie possède plus de 60% des réserves mondiales de cette matière première). Ces ressources sont une base solide de recettes d’exportation et elles continuent d’attirer des investissements (dont ceux en provenance de Chine et des Etats-Unis), notamment du fait que la demande pour les énergies propres et l’électrification s’accélère.
On constate également un rebond de la production de pétrole et de gaz qui s’explique en partie par l’exploitation de nouveaux gisements offshore et de gaz de schiste en République coopérative du Guyana, au Brésil et en Argentine. Le Suriname se prépare à entrer sur le marché et le Brésil a atteint une production record grâce à des projets en eaux profondes. L’Argentine renforce sa position d’exportateur d’énergie et son récent accord de vente de GNL à grande échelle avec l’Allemagne illustre bien l’importance croissance de l’Amérique latine en tant que partenaire énergétique au plan mondial.
«La décision des Etats-Unis de ne pas reconduire l’accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique se traduira par une incertitude persistante qui influencera les décisions d’investissement et l’avenir de l’intégration économique de tout le continent.»
Géopolitique, réalignement et diversification
Les perspectives de la région bénéficient également des évolutions géopolitiques. La montée des tensions entre les États-Unis et la Chine ainsi que les efforts de diversification au niveau des chaînes d’approvisionnement ont favorisé la relocalisation de la production vers les Amériques. Le Mexique a été le premier à en profiter puisqu’il est devenu le principal fournisseur des États-Unis et l’investissement étranger direct dans sa production manufacturière a atteint un niveau record.
La Chine a renforcé sa présence dans le secteur des matières premières (notamment le lithium). Les États-Unis et l’Europe consolident leurs liens avec la région afin de se garantir un accès aux minéraux critiques et à l’énergie. Ainsi, l’Amérique latine gagne en importance stratégique dans l’économie mondiale. Néanmoins, l’agriculture reste le pilier central de sa puissance économique et de son influence internationale. Etant le plus gros exportateur net de denrées alimentaire, elle joue un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire au plan mondial.
Par ailleurs, la région se diversifie: production manufacturière, services financiers, énergies renouvelables et tourisme gagnent en importance. Le Costa Rica a développé une industrie à forte valeur ajoutée (production de dispositifs médicaux). La finance numérique progresse rapidement tout comme les énergies renouvelables. Le tourisme revient en force ce qui profite à l’emploi et à l’entrée de devises étrangères.
Les défis structurels persistent
La croissance économique étant encore très dépendante d’un nombre limité de matières premières, elle reste exposée à la volatilité des cours et aux chocs externes. L’intégration des producteurs de la région dans les chaînes de valeur internationales reste limitée ce qui contribue à maintenir une faible productivité et donc à la stagnation des revenus.
L’intégration intrarégionale est faible. Cette fragmentation restreint le potentiel d’économies d’échelle et limite l’influence de la région sur le plan international. Le taux de criminalité élevé et l’insécurité se traduisent par des coûts supplémentaires susceptibles de décourager l’investissement et de pousser la main-d’œuvre qualifiée à s’expatrier.
Les faiblesses institutionnelles, notamment la corruption et l’instabilité politique, sapent la confiance des entreprises. Les lacunes dans les infrastructures, en particulier les transports et la connectivité numérique, augmentent les coûts et pèsent sur la compétitivité, tout comme les manques en matière d’éducation et de savoir-faire. Les risques climatiques (sécheresses et ouragans) représentent des problèmes récurrents. Les populations vieillissantes exercent une pression sur les systèmes sociaux. Enfin, l’accès limité aux capitaux et l’incertitude sur le plan réglementaire peuvent décourager l’investissement. Malgré tous ces défis, la capacité d’adaptation des pays d’Amérique latine et des Caraïbes et leur engagement en faveur du progrès ainsi que tous leurs atouts décrits précédemment indiquent qu’ils sont bien positionnés pour soutenir leur croissance sur le long terme.
Trois évolutions clés à surveiller
A plus brève échéance, un certain nombre d’échéances politiques pourraient avoir un impact significatif. Trois d’entre elles sont particulièrement importantes. La première est le renouvellement de l’accord de libre-échange entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique (ACEUM) le 1er juillet 2026 pour une durée de 16 ans.
Au vu de la décision des Etats-Unis de ne pas reconduire l’accord, ses conditions actuellement en vigueur vont faire l’objet de révisions annuelles pendant 10 ans, avec toutefois à chaque fois la possibilité de le prolonger pour 16 ans. Il en résultera une incertitude persistante qui influencera les décisions d’investissement, la structure des chaînes d’approvisionnement et l’avenir des relocalisations, en bref l’avenir de l’intégration économique de tout le continent.
Les élections de mi-mandat aux États-Unis sont la deuxième échéance clé, principalement en raison de leur influence sur les tarifs douaniers, les échanges commerciaux et la politique de relocalisation des industries. Pour l’essentiel, ces élections pourraient dicter la prévisibilité ou, au contraire, la volatilité des économies d’Amérique latine, le Mexique et sa production manufacturière étant les premiers touchés.
Le troisième facteur clé concerne la politique en Argentine. Bien que la présidence de Milei ait été controversée, les perspectives du pays sont prudemment constructives, car les progrès sont réels. Au nombre des éléments positifs figurent les aides financières consenties par des organisations internationales et notamment le FMI, la récente amélioration de la notation du pays et l’amélioration de la situation budgétaire.
Cependant, il sera indispensable de maintenir de la discipline et d’obtenir un soutien extérieur pour que l’embellie soit durable. Car les risques persistent: l’accès au marché reste limité et l’inflation élevée. Or, les risques politiques avant les élections prévues pour le mois d’octobre 2027 pourraient peser sur la continuité des politiques mises en place et la gestion des devises étrangères.