La France, déçue de l’accord commercial annoncé dimanche entre l’Union européenne (UE) et les Etats-Unis, a plaidé lundi pour que l’Europe se montre plus ferme lors des négociations à venir sur ses modalités d’application.
Le premier ministre français François Bayrou a regretté «un jour sombre» pour l’Europe qui «se résout à la soumission».
«Il ne faudrait pas que cet accord soit la fin de l’histoire, auquel cas nous nous serions tout simplement juste affaiblis», a estimé sur France Inter le ministre français délégué au Commerce extérieur Laurent Saint-Martin. «La messe ne doit pas être dite», selon lui.
«Maintenant, il va y avoir une négociation technique» et «nous pouvons nous saisir de cette séquence pour nous renforcer», a-t-il ajouté.
Le président américain Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont annoncé dimanche en Ecosse un accord douanier prévoyant que les produits européens exportés aux Etats-Unis soient taxés à 15%.
Espérant éviter une escalade commerciale, l’UE s’est aussi engagée à 750 milliards de dollars d’achats d’énergie - visant notamment à remplacer le gaz russe - et à 600 milliards d’investissements supplémentaires aux Etats-Unis.
A Paris, si on concède que cet accord va apporter de la «stabilité» aux entreprises, on insiste surtout sur son caractère «déséquilibré», selon les termes employés par M. Saint-Martin, également utilisés sur RTL par le ministre de l’Industrie et de l’Energie Marc Ferracci ainsi que par le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, dans un message posté sur X.
«Notre responsabilité aujourd’hui, c’est de faire en sorte que cet accord, in fine, soit le moins déséquilibré possible. C’est de faire en sorte qu’il se rééquilibre sur le volet des services» et «que les grandes entreprises américaines contribuent plus lorsqu’elles exportent des services et notamment des services numériques en Europe», a estimé M. Ferracci.
«Rééquilibrage»
Un «rééquilibrage» également réclamé par M. Saint-Martin, qui a rappelé que si la balance commerciale des Etats-Unis avec l’Europe est déficitaire pour les biens, elle est largement excédentaire pour les services.
Les négociateurs européens devront utiliser «l’ensemble des outils qui sont à leur disposition», y compris un outil appelé «anti-coercition» dans le jargon technique européen, qui «permet par exemple de limiter l’accès des entreprises américaines aux marchés publics européens», a insisté M. Ferracci.
Chez les entreprises françaises concernées, les sentiments sont également ambivalents.
«D’un côté il y a du soulagement parce que cet accord, ça donne de la visibilité», a déclaré à l’AFP Emmanuel Guichard, délégué général de la Fédération des entreprises de la beauté (FEBEA).
Mais «ce n’est pas un bon accord pour nous tout simplement parce qu’on faisait 0% de droits de douane en janvier vers les Etats-Unis et maintenant on va être à 15%», a-t-il ajouté, en rappelant que les Etats-Unis représentent le premier marché du secteur et 12% des exportations.
A l’inverse, l’heure est au soulagement pour l’aéronautique, filière bénéficiant d’une exemption, comme celle des spiritueux.
Le Gifas (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) a salué dans une déclaration transmise à l’AFP une exonération «bonne pour une industrie équilibrée entre la France et les Etats-Unis» et qui permettra de «conserver des emplois qualifiés en France à tous les niveaux de la chaîne de sous-traitance.»
Faute de connaître les détails précis de l’accord, la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) française n’a pas souhaité s’exprimer à ce stade.