Dans un climat incertain aux États-Unis avec la politique commerciale erratique de Donald Trump, plombée aussi par de récents scandales, les cryptomonnaies ont encaissé de lourdes pertes ces derniers jours, les investisseurs délaissant en masse ces actifs spéculatifs particulièrement volatiles.
En première ligne, le bitcoin est tombé vendredi sous les 80’000 dollars pour la première fois depuis novembre. La plus capitalisée des cryptomonnaies a perdu plus de 25% depuis son dernier record, quand elle avait tutoyé les 110’000 dollars quelques heures avant l’investiture de M. Trump le 20 janvier.
Le président américain, dont le soutien sans faille au secteur pendant la campagne électorale avait mis les cryptomonnaies sur orbite, inquiète désormais par la multiplication d’annonces sur les droits de douane et la géopolitique qui alimentent un climat d’anxiété mondial.
De quoi inciter les investisseurs à se débarrasser de leurs actifs spéculatifs ou à risque, comme le bitcoin, pour se réfugier vers des placements jugés plus sûrs et obtenir des liquidités pour couvrir leurs potentielles pertes.
«Le sentiment sur le marché des cryptomonnaies est au plus bas en ce moment», constate Simon Peters, du courtier eToro.
La deuxième devise numérique en termes de valeur totale, l’ether, a également perdu environ un quart de sa valeur depuis dimanche, et aucun actif numérique ne semble épargné.
D’autant que le secteur a aussi été affecté par «d’importants scandales», qui ont contribué à «miner la confiance des investisseurs», ajoute Naeem Aslam, analyste chez Zaye Capital.
Un vol à 1,5 milliard
Les spéculateurs ont ainsi été échaudés ces derniers jours par le vol historique de 1,5 milliard de dollars sur la plateforme Bybit basée à Dubaï, attribué par le FBI à l’organisation nord-coréenne Lazarus Group.
A ce hack inédit s’ajoute l’effondrement de la cryptomonnaie Libra, préalablement promue sur le réseau social X par le président argentin Javier Milei, depuis visé par plusieurs plaintes et accusé de «crypto-arnaque» par l’opposition dans son pays.
Par nature, les cryptomonnaies se veulent pourtant transparentes, grâce à la «blockchain» (ou chaîne de blocs) sur laquelle elles s’appuient, qui permet d’enregistrer de manière décentralisée et infalsifiable les transactions grâce à un réseau d’ordinateurs dans le monde entier.
Cette technologie est née avec le bitcoin, en 2008, de la volonté d’échapper au contrôle des institutions financières traditionnelles.
Mais au fil des années, les cryptomonnaies, qui permettent un certain degré d’anonymat et sont échangeables instantanément, ont été impliquées dans plusieurs scandales financiers, comme devise prisée des pirates informatiques ou pour monnayer des activités illicites.
Promesses non tenues
Si Donald Trump a qualifié les cryptomonnaies d’escroquerie durant son premier mandat, il a ensuite fait machine arrière durant sa seconde campagne - en partie financée par le secteur - et promis de faire des États-Unis «la capitale mondiale des cryptos».
Juste avant son investiture, le président et sa femme Melania Trump ont lancé des memecoins à leur effigie --des cryptomonnaies ultra-spéculatives, souvent pensées avec une intention parodique ou humoristique autour d’un phénomène viral sur internet.
Cette initiative a été «préjudiciable» pour la réputation des cryptoactifs, estime Neil Roarty, analyste pour ClickOut, interrogé par l’AFP, d’autant que le cours des deux jetons s’est rapidement écroulé.
Le milliardaire a depuis placé plusieurs personnalités favorables au secteur au sein de son administration.
Mais ses promesses peinent à se matérialiser, en particulier celle d’une réserve stratégique en bitcoins.
«Le marché avait probablement anticipé des mesures plus décisives» de Trump, confirme auprès de l’AFP Dessislava Aubert, du cabinet d’analyse Kaiko.
Donald Trump a cependant contribué à pousser vers la sortie Gary Gensler, qui dirigeait l’autorité américaine de régulation des marchés financiers (SEC), dont l’approche répressive à l’encontre des devises numériques hérissait le poil du secteur.
Ces dernières semaines, les plateformes d’échanges Coinbase ou encore Uniswap Labs ont chacune annoncé que le gendarme boursier américain comptait abandonner des poursuites les visant.