BNS: les taux négatifs ne sont pas près de disparaître

AWP

1 minutes de lecture

«Notre politique reposant conjointement sur le taux d’intérêt négatif et des interventions sur le marché des changes reste plus nécessaire que jamais», affirme le président Thomas Jordan.

La pandémie de coronavirus a durablement installé le mécanisme de taux négatifs, selon Thomas Jordan, président de la Banque nationale suisse (BNS). Le COVID-19 et la crise qu’il a provoquée ont renforcé l’appréciation du franc, un problème devenu structurel au fil des années.

Afin de répondre aux défis économiques posés par le coronavirus, la BNS s’est appuyée sur deux instruments auxquels elle avait recouru avant l’éclatement de la crise, à savoir les taux négatifs et l’intervention dans le marché des changes, a expliqué M. Jordan lors d’une conférence virtuelle.

Ces deux mesures visent à freiner l’appréciation du franc, renforcée par la pandémie de COVID-19 et la vague d’incertitudes qu’elle a répandue dans le monde, poussant les flux de capitaux vers la devise helvétique, considérée comme une valeur refuge.

Cette tendance a été renforcée par la baisse des taux d’intérêts décidée par d’autres banques centrales. L’assouplissement monétaire s’est traduit par une diminution des rendements à l’étranger, par un resserrement de l’écart initial avec le taux suisse et donc par une pression sur le franc.

«C’est pourquoi notre politique reposant conjointement sur le taux d’intérêt négatif et des interventions sur le marché des changes reste plus nécessaire que jamais» a affirmé Thomas Jordan.

Le patron de l’institut d’émission estime que le taux négatif «a fait ses preuves en Suisse» depuis le début de sa mise en place en 2015. Il serait effectivement parvenu à atténuer la pression à la hausse du franc au cours des années.

Si Thomas Jordan admet l’existence d’effets secondaires, l’accord d’un «montant exonéré considérable» de ce taux pour les banques aurait réduit les retombées négatives sur le système bancaire.

Soutenir les liquidités des banques

Durant la pandémie, la mission principale de la BNS a été de mettre rapidement à disposition des banques les liquidités nécessaires pour compenser la baisse des revenus des entreprises suisses, rappelle Thomas Jordan.

Fortement affectées par les mesures de semi-confinement, beaucoup d’entre elles ont vu leur recettes plonger alors qu’une grande partie de leurs charges étaient maintenues. Pour éviter un problème généralisé de solvabilité, le Conseil fédéral a mis en place un programme de cautionnement pour les crédits aux entreprises.

Des crédits garantis ont ainsi été accordés à des taux d’intérêts nuls pour des prêts allant jusqu’à 500’000 francs. Les banques, elles, ont pu refinancer ces crédits cautionnés au taux de -0,75% auprès de la BNS, une facilité baptisée BNS-COVID-19. Celle-ci «augmente les liquidités des banques et leur capacité à octroyer des crédits à des conditions avantageuses», précise le patron de la banque nationale.

Le banquier central a rappelé à quel point la Suisse et son économie ouverte sur le monde étaient soumis aux perturbations internationales. Même avant la crise, la situation était déjà difficile puisque le taux directeur affichait -0,75%, son plus bas niveau historique.

La structure même de l’économie suisse, dont les faiblesses sont soulignées par la crise actuelle, empêcherait donc toute remise en cause prochaine du taux directeur négatif. «La reprise économique prendra du temps. Des politiques monétaire et budgétaire expansionnistes restent donc nécessaires» conclut le patron de la BNS.

A lire aussi...