La Bourse de Tokyo a continué de grimper jeudi après l’accord Japon/Etats-Unis mais la dette japonaise restait sous pression en raison des incertitude politiques, et les autres places asiatiques affichaient leur prudence face aux ultimes négociations commerciales menées par Washington.
Tokyo se renforce toujours, les autres marchés prudents
A la Bourse de Tokyo, l’indice vedette Nikkei a clôturé en hausse de 1,59% à 41’826,34 points et l’indice élargi Topix de 1,75% à 2977,55 points.
Après avoir bondi de 3,5% la veille, le marché tokyoïte reste dopé par l’annonce d’un accord commercial entre le Japon et les Etats-Unis, qui fixe une surtaxe américaine de 15% pour les produits nippons - en-deçà des 25% initialement prévus au 1er août.
«La hausse de Wall Street, l’accord Etats-Unis/Japon, mais également la perspective d’un accord commercial avec l’UE sont de nature à soutenir la Bourse», notent les experts de Tokai Tokyo Intelligence.
L’accord conclu par Tokyo prévoit que les droits imposés aux exportations automobiles japonaises vers les Etats-Unis seront ramenés à 15% - contre une surtaxe «réciproque» actuelle de 25%. Après s’être envolés mercredi (Toyota bondissant de quelque 14%), les titres des constructeurs automobiles reprenaient leur souffle jeudi.
Au vu des accords conclus par l’administration Trump jusqu’ici (Japon, Vietnam, Royaume-Uni, Philippines, Indonésie), «il semble qu’une fourchette douanière de 10% à 20% s’impose comme la nouvelle norme pour les pays qui négocient» pour tenter d’échapper aux fortes surtaxes que Washington entend leur imposer au 1er août, note Lloyd Chan, de MUFG.
«Cela reflète également une évolution de la politique commerciale américaine vers un protectionnisme relativement plus modéré» qu’initialement affiché, estime-t-il.
Pour les autres places asiatiques, l’heure était à l’attentisme et à la prudence dans des échanges très volatils: la Bourse de Sydney a cédé 0,32%, Taipei a gagné 0,24%, l’indice hongkongais Hang Seng progressait de 0,51% vers 09H30.
Séoul a résisté (+0,21%), rassuré par une hausse plus forte qu’attendu de la croissance sud-coréenne au deuxième trimestre.
Le yen hésite
Après avoir reculé mercredi et jeudi dans les premiers échanges, la devise japonaise regagnait 0,15% vers 09H30, à 146,31 yens pour un dollar.
«Les Bourses mondiales rebondissent, convaincues que les accords commerciaux réduisent l’incertitude. Le yen, en revanche, hésite notamment compte tenu de la perspective d’une démission imminente du Premier ministre Shigeru Ishiba» après son cuisant revers électoral de dimanche, relèvent les experts de la banque ING.
«Si la politique monétaire de la Banque du Japon devrait rester inchangée, les spéculations autour d’un éventuel changement (du gouvernement) pourraient accentuer la volatilité à court terme, et les données mitigées sur l’activité japonaise - contraction du secteur manufacturier contre croissance des services - accentuent l’incertitude», abondent les analystes de Standard Chartered.
Pression sur la dette japonaise
Le marché de la dette nippone est de nouveau sous pression.
Les taux souverains japonais à 10 ans ont bondi depuis mardi, s’élevant à des plus hauts depuis 2008. Ils s’établissaient jeudi à 1,59% - une hausse qui reflète un moindre appétit des investisseurs, puisqu’ils réclament des taux plus élevés.
Autre signe de cette baisse de la demande: une émission par le gouvernement d’obligations d’État japonaises à 40 ans a généré mercredi la plus faible demande depuis 14 ans pour cette catégorie de titres.
«Cette adjudication très attendue a été faible», dans la foulée de la débâcle électorale qui a vu la coalition au pouvoir à Tokyo perdre dimanche sa majorité à la chambre haute du Parlement, observe Min Joo Kang, de ING.
Les pressions s’intensifient pour pousser au départ le Premier ministre Ishiba. «Malgré l’accord commercial, les investisseurs ont exprimé leurs inquiétudes quant à l’incertitude politique à Tokyo et aux contraintes supplémentaires pesant sur la situation budgétaire», explique-t-elle.
Les marchés financiers s’inquiètent ainsi des massifs plans d’aides et de réductions d’impôts promis avant l’élection autant par le gouvernement que par les partis d’opposition, au risque d’aggraver l’endettement déjà lourd du pays.
Et ce alors que la BoJ diminue ses achats de dette dans le cadre du resserrement de sa politique monétaire, sans que son retrait ne soit comblé par les investisseurs traditionnels du marché obligataire.
Hausse du pétrole
Le marché pétrolier grimpait légèrement, digérant les accords commerciaux dévoilés par Washington.
Vers 09h30, le baril de WTI nord-américain gagnait 0,69% à 65,70 dollars et celui de Brent de la mer du Nord 0,60% à 68,92 dollars.