Comprendre et évaluer les entreprises numériques

Prix Turgot 2017

2 minutes de lecture

 François Meunier, Editions Eyrolles.

François Meunier est économiste, auteur et chroniqueur, enseignant à l’ENSAE Paris. Ancien banquier d’affaires et past-président de la DFCG, la très puissante association des Directeurs Financiers Contrôleurs de Gestion.

 

L'avis du Club de présélection du prix Turgot
Jean-Louis Chambon

La transformation profonde de la carte industrielle avec l’avènement des start up (10 000 dans le Monde 500 en France) s’est traduite par l’arrivée de nouveaux mastodondes dont les cinq plus fortes capitalisations boursières mondiales. Cette révolution digitale, « ….réjouit pour ses innovations, ses gains de productivité, pour ses façons de produire et de distribuer différentes, et de consommer… » remarque justement l’auteur. En revanche, elle affole les évaluateurs : placés devant des situations inédites (le paradoxe d’une valeur boursière déconnectée du profit), ils s’efforcent d’explorer « …un continent nouveau interpellant l’économiste, le financier comme le chef d’entreprise…. ». C’est du point de vue de l’évaluateur que se place principalement François Meunier : aussi cet ouvrage, délibérément non technique s’adresse à celles et ceux qui s’interrogent à titre personnel ou professionnel sur la stratégie et la valorisation des entreprises du numérique. L’auteur propose ses éclairages sur cette numérisation de l’économie (elle aussi en marche…..) tout en soulignant les défis qu’elle pose à tout évaluateur :Sont ainsi mis en lumière les facteurs de création de valeur pour les entreprises du numérique mais aussi pour celles plus traditionnelles, qui cherchent à se numériser.
L’auteur s’attache à démontrer que les outils traditionnels d’évaluation restent incontournables (DCF) même s’ils nécessitent quelques adaptations. Ce n’est en réalité que le mode d’utilisation des méthodes qui doit être revu pour « …par-delà les chiffres, chasser l’illusion d’une évaluation donnant un prix exact et précis sur l’objet examiné mais plutôt tendant à favoriser le cadre du raisonnement des négociateurs ….. ».Il y a donc une «différence de degré mais non de nature» entre les entreprises traditionnelles et celles du numérique. De quoi rassurer les évaluateurs dont les pratiques sont historiquement attachées à mesurer soit la croissance (externe ou organique) des entreprises dont on connaît à la fois le prix et le marché, soit des entreprises nouvelles sur des marchés techniquement et commercialement connus. Avec les entreprises du numérique c’est en toute hypothèse un double saut dans l’inconnu pour l’évaluateur qui doit appréhender les défis d’un marché «autocréé et faiblement régulé». Tout le mérite de François Meunier est d’approcher ce « phénomène de Marché » avec la lucidité et la tempérance de son expertise et le bon sens d’une expérience en tous points exceptionnelle.

Jean-Jacques Pluchart L’ouvrage présente les nouveaux paradigmes de l’évaluation financière des entreprises du numérique (start’up, licornes, GAFA). A l’aide d’études de cas, il présente les nouvelles approches de leurs modèles d’affaires et de leurs chaines de valeur. Ces approches mobilisent de nouveaux paradigmes, car ces entreprises se caractérisent par d’importants actifs immatériels, une forte croissance, des pertes élevées en phase de lancement, des risques multiples pour les investisseurs. 
L’étude montre que la valeur de la start’up dépend principalement du potentiel du projet. Deux paramètres sont essentiels : le montant de l’investissement initial (new money) et la structure de financement du projet. Un ratio est significatif : le rapport entre la valeur post-money de l’entreprise et son chiffre d’affaires. En phase de post-création, la valeur de la start’up est calculée en croisant deux méthodes classiques : l’application de traceurs («comparables») et la projection des cash flows libres (discounted cah flows). L’évaluation repose sur la simulation de 2 ou 3 scénarios extrêmes de croissance (plans d’affaires) conduisant, à un horizon donné, à des performances stabilisées. Le taux d’actualisation retenu est généralement le coût du capital dérivé des valeurs boursières de start’up comparables.

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