Les marchés boursiers progressent malgré une multitude d’interrogations, macroéconomiques et géopolitiques. Pour les investisseurs, la quête d’une allocation qui réponde à ces différents scénarios n’est pas aisée. Karsten-Dirk Steffens, depuis plus de 6 ans Country Head Switzerland pour Aberdeen, répond aux questions d’Allnews sur les dernières tendances en matière d’allocation de portefeuille et les instruments les plus appropriés. L’ADN d’Aberdeen Investments se situe nettement dans la gestion de fonds actifs, mais la société, qui gère plus de 400 milliards d’actifs, offre aussi des solutions passives à ses clients, y compris des ETF actifs, trois en ce moment, afin de participer à différents thèmes d’investissement comme celui des terres rares:
Quelle est votre analyse des marchés à court terme?
Il est presque impossible d’avoir une opinion sur les marchés avec un horizon à 6 mois. Il est ttrès difficile d’anticiper les événements du lendemain.
La hausse de la tech est toujours plus impressionnante, et celle des multiples. Il n’est pas déraisonnable de se demander quand la bulle éclatera.
On a parfois l’impression que les conflits et les crises se multiplient et que les marchés n’en ont cure. Leurs réactions sont modestes. On répète que tous ces événements géopolitiques sont intégrés dans les cours. On parle de correction, mais peut-être qu’il n’y aura plus que des fluctuations mais pas de correction.
Que recommandez-vous aux caisses de pension suisses en ce moment?
Nous menons de nombreuses discussions à ce sujet. Je recommanderais aux caisses de pension d’avoir une allocation stratégique qui ne soit pas très différente de celle qu’elles avaient il y a cinq ans. La seule différence tient à l’ajout des marchés privés, par exemple des infrastructures, lesquelles permettent d’apporter de l’Alpha à long terme au portefeuille.
« Le 60/40 n’est pas mort, ou plutôt 50/35/15 pour intégrer les marchés privés.»
Les composantes principales restent les actions et les obligations, elles qui apportent de l’assurance, de la structure au portefeuille, en réduisant la duration en raison de l’inflation.
Le 60/40 n’est pas mort, ou plutôt 50/35/15 pour intégrer les marchés privés. Les actions sont à considérer en fonction de l’appétit au risque. La tendance à ce sujet consiste à jouer les émergents avec une composante active.
Et sur le plan tactique?
L’allocation a un peu changé par rapport à il y a 5 ans. Les matières premières représentent toutefois une plus grande position dans le portefeuille qu’il y a cinq ans. L’or a permis d’engranger des gains substantiels. Une correction est en cours, mais elle est logique. L’immobilier en Suisse reste également demandé. A l’inverse, les institutionnels se sont retirés de l’immobilier européen, qu’il soit en logistique ou résidentiel, pour investir dans le crédit privé par exemple. Ici l’attention de porter sur la qualité du crédit. Il est recommandé de prendre garde à la question de l’illiquidité. Le crédit privé n’est pas une valeur refuge. La prudence est de mise.
Quels sont les produits d’investissement d’Aberdeen les plus recherchés en Suisse?
Nous sommes reconnus en Suisse pour notre expertise dans les marchés émergents, pour les actions, y compris les small caps, et les obligations. Aberdeen est présent en Asie depuis 30 ans, avec des équipes de recherche dans les différents pays, ainsi qu’en Amérique latine. Nous sommes également bien placés, du fait de notre présence historique dans l’assurance, dans le crédit d’entreprise.
A propos des émergents, Taiwan Semiconductor, Hynix et Samsung représentent le quart de l’indice émergent. Est-ce que le choix de cet indice n’exprime pas une décision très active? L’indice S&P 500 ne traduit-il pas le même problème?
La gestion active et l’effort de recherche apportent leur pleine contribution avant tout dans les titres qui n’appartiennent pas au dix plus grandes capitalisations afin de réduire le Beta d’un investissement.
L’ETF appartient au squelette d’une allocation. L’investisseur les complétera sélectivement avec des éléments actifs sur les émergents, l’Inde ou la Chine. Et à des fins de diversification et de stabilisation du portefeuille, l’investisseur intégrera des matières premières.
N’oublions pas que des ETF qui se concentrent de répliquer fidèlement un indice sont portés par les vagues du marché. Les actions qui y sont représentées bénéficient d’une valorisation nettement plus élevée. Si elles profitent d’un multiple plus élevé quand le marché monte, elles en sont d’autant plus victimes quand le marché baisse. C’est pourquoi une gestion active du risque est une nécessité.
Est-ce que l’investisseur suisse craint pour ses positions chinoises au cas où la Chine devait intervenir à Taïwan?
Il faut distinguer entre les investisseurs privés et institutionnels. Les premiers préfèrent actuellement s’abstenir pour éviter ce type de risque. Leur horizon d’investissement est souvent à court ou moyen terme, pour des raisons personnelles. Les institutionnels sont, eux, des investisseurs à long terme. Leurs engagements portent sur 25 à 30 ans. Les incertitudes à court terme ne les préoccupent pas vraiment.
Est-ce que cela signifie qu’ils investissent sur l’ensemble des émergents ou qu’ils évitent la Chine?
Je suis très confiant sur l’avenir économique de la Chine, indépendamment des décisions arbitraires pouvant venir de la politique. Les investisseurs suisses se sont toutefois largement retirés de Chine.
L’idée prédomine selon laquelle la Chine est «non investissable» pour des raisons politiques, à cause des effets de la bulle immobilière ou de la politique démographique. Cela a conduit les investisseurs à préférer une expertise sur les émergents en mettant de côté la Chine. Quitte à prendre une position chinoise séparément, même si la Chine est fortement pondérée dans l’indice émergent, parfois à plus de 30% selon l’indice.
«Les investisseurs suisses se sont toutefois largement retirés de Chine.»
Nous rencontrons des investisseurs qui considèrent la Chine comme non investissable, d’autres qui investissent dans les émergents ex China. En résumé, l’intérêt est quasi nul à propos de la Chine. Il n’est qu’indirect à travers les émergents.
Le fait que les obligations chinoises présentent la meilleure performance obligataire sur 3 mois et 3 ans ne convainc pas?
Non, parce que l’on craint une sur-réglementation ou une décision politique arbitraire. Les craintes d’une aggravation de la crise immobilière sont aussi présentes. Cela pèse sur les décisions des différents comités d’investissement. Au sein des caisses de pension suisse, la question est souvent de savoir qui investira le premier. On observe le comportement des grandes institutions avant de se décider.
On craint aussi que Xi Jinping utilise la situation géopolitique actuelle pour lancer une offensive contre Taïwan.
Et vous que pensez-vous des perspectives de la Chine?
Le marché des actions chinoises a été l’un des plus haussiers l’an dernier, alors que le marché américain a stagné. Il a donc été porté presque uniquement par les investisseurs chinois eux-mêmes. Les caisses de pension suisses ne sont pas isolées. On ne fait pas confiance aux aux statistiques chinoises, pour de bonnes raisons.
«Les jeunes investisseurs peuvent profiter du développement économique de la Chine via les matières premières».
Mais les arguments ne manquent pas pour justifier la poursuite de la hausse des actions chinoises. La Chine dépend de capitaux externes, par exemple pour des raisons démographiques. Les jeunes adultes disposent d’épargnes records. La Chine est aussi intéressante en termes d’investissements si l’on s’intéresse aux terres rares. Elles dispose de plus de 70% de l’extraction minière de terres rares. Nous avons d’ailleurs lancé un fonds à ce sujet. Ce thème fait directement partie de celui de l’électrification et de celui des voitures électriques.
Recommanderiez-vous à la jeune génération d’investir dans un fonds chinois?
Oui, mais plutôt indirectement. Les jeunes investisseurs peuvent profiter du développement économique de la Chine via les matières premières, sans devoir investir directement sur le marché chinois. C’est une manière de participer à un marché d’avenir important.