La ZKB offre une alternative, suisse de surcroît

Yves Hulmann

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Selon le CEO Urs Baumann, la Banque cantonale de Zurich peut répondre au besoin de diversification des clients institutionnels, y compris en Suisse romande.

©Keystone

 

Un bénéfice net record de 1,24 milliard de francs (+17%), des actifs sous gestion de 450,8 milliards à fin 2023 (400 milliards à fin 2022) et des afflux nets d’argent frais de 36,8 milliards l’an dernier. C’est un exercice de tous les records qui a été présenté vendredi par la Banque cantonale de Zurich (Zürcher Kantonalbank, ZKB) qui reversera pour la première plus d’un demi-milliard de francs au canton de Zurich et aux communes. Quels sont les ambitions de la ZKB sur son marché d’origine et ailleurs en Suisse? Le point avec Urs Baumann, CEO de la Banque cantonale de Zurich à l’occasion de la présentation des résultats annuels de l’établissement qui est devenu désormais la deuxième plus grande banque universelle de Suisse.

Fin janvier, la ZKB a annoncé vouloir poursuivre le développement de ses activités avec les caisses de pension et les clients institutionnels en Suisse romande. La ZKB renforcera son équipe avec trois conseillers supplémentaires qui seront présents sur place à Lausanne et elle ouvrira un bureau de distribution dans la capitale vaudoise au premier trimestre 2024. Pourquoi ouvrir maintenant un bureau en Suisse romande – est-ce pour combler le vide laissé par Credit Suisse?

Suite à la reprise de Credit Suisse, il y a un certain nombre de clients institutionnels qui ont des besoins spécifiques qui ne peuvent être fournis que par des établissements bancaires ayant une certaine dimension. Certains de ces clients ont un besoin de diversification. Auparavant, ces clients pouvaient choisir entre UBS et Credit Suisse, être clients des deux grandes banques, et avoir encore une relation avec un ou plusieurs autres établissement bancaire tiers. Entretemps, ce choix s’est quelque peu réduit. Nous observons qu’un certain nombre de clients institutionnels cherchent à se réorienter sur ce plan. La ZKB peut leur offrir une alternative, suisse de surcroît. Avant nous avions un collaborateur qui servait la clientèle en Suisse romande depuis Zurich. Désormais, trois personnes viendront renforcer notre activité de conseil pour la Suisse romande. Il faut néanmoins préciser qu’il s’agit d’une offre de conseil qui s’adresse avant tout à des investisseurs professionnels tels que des caisses de pension. Nous n’ouvrirons pas une succursale à Lausanne pour la clientèle de détail, par exemple. Du reste, nos conseillers se rendent le plus souvent directement chez les clients.

«Désormais, trois personnes viendront renforcer notre activité de conseil pour la Suisse romande.»

S’agissant de la clientèle de détail, la ZKB s’est faite remarquer fin décembre en annonçant le lancement d’une offre de services bancaires de base qui est exempte de frais annuels pour les cartes de débit et les comptes privés. S'agit-il d'une offre valable pour l’ensemble de la Suisse ou limitée à la clientèle résidant en région zurichoise?

Cette offre est valable dans l’ensemble de la Suisse. La procédure dite d’enregistrement («onboarding») peut être effectuée de manière entièrement numérique et à distance. Il est possible ensuite d’avoir des services de conseil par vidéo ou par téléphone. Avec une offre entièrement numérique, il n’y a plus de frontières cantonales.

Est-ce une manière de répondre à la concurrence des néo-banques qui proposent leur offre de services à très faibles coûts dans l’ensemble de la Suisse?

Pour les personnes qui préfèrent utiliser des services bancaires entièrement en ligne, notre offre est certainement très concurrentielle. Avec la ZKB, il n’y a plus de raison d’aller chez les néo-banques!

Dans le domaine de la prévoyance individuelle, l’application frankly a franchi le seuil des 2,5 milliards de francs d’actifs en janvier. Cette application de prévoyance a-t-elle surtout du succès auprès des clients qui habitent dans le canton de Zurich ou aussi ailleurs en Suisse?

Nous sommes très contents du nombre de clientes et de clients – plus de 95'000 personnes en tout – qui utilisent désormais frankly. Au départ, nous avions essentiellement des clients provenant du canton de Zurich ou des régions proches mais frankly a désormais des clients dans toute la Suisse.

«Avec une offre entièrement numérique, il n’y a plus de frontières cantonales.»

Autre chiffre qui est ressorti de la présentation des résultats de 2023, le volume hypothécaire a franchi pour la première fois le seuil des 100 milliards de francs. La croissance a toutefois ralenti à 4,2% sur un an. Percevez-vous un ralentissement des activités hypothécaires en raison de la hausse des taux?

Le taux de croissance sur un an a légèrement ralenti à 4,2% en 2023, après avoir atteint 5,4% en 2022. Dans l’ensemble, la hausse des taux d’intérêt n’a toutefois que faiblement réduit la demande en hypothèques. La demande ne va pas disparaître en raison de taux d’intérêt un peu plus élevés qu’auparavant. De plus, la ZKB a aussi une forte présence dans les activités immobilières institutionnelles où nous finançons des projets avec un niveau d’endettement faible.

La force du franc suisse par rapport à l’euro et au dollar a-t-elle eu un impact important sur le segment de la clientèle d’entreprises qui sont fortement orientées vers les exportations?

La ZKB compte parmi ses clients un grand nombre d’entreprises fortement tournées vers les exportations. Personnellement, je suis toujours étonné de voir à quel point ces entreprises sont résilientes même en cas de forte appréciation du franc dans un intervalle court. Il ne faut cependant pas seulement prendre en considération le taux de change mais aussi l’évolution de l’inflation. Comparativement à d’autres pays, la Suisse a pu bénéficier récemment d’un environnement plus stable au niveau des prix. Dans l’ensemble, je constate que la qualité suisse offerte par les entreprises helvétiques continue d’être demandée à l’étranger. 

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