La place financière genevoise à l’heure du télétravail

Salima Barragan

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Selon Neil Tredinnick du cabinet de recrutement Lotus Partners, les banques suisses ne généraliseront pas le travail à distance.


© Patric Pop Portraits

C’est avec une rapidité remarquable que les banques ont réussi à déployer leur logistique informatique pour mettre en place le télétravail. Ce dernier s’avère un excellent baromètre pour mettre en évidence les signaux positifs ou négatifs de la motivation des employés. Selon l’avis du spécialiste en ressources humaines dans la banque et l’asset management, un employé motivé au bureau le sera également chez lui. Entretien avec Neil Tredinnick de Lotus Partners.

Après un arrêt temporaire des processus de recrutements sur la place financière au printemps dernier, comment le marché du travail a-t-il évolué?

Globalement, l’année 2020 n’a pas été si mauvaise pour le marché de l’emploi au sein du secteur bancaire. Une fois mises en place des modalités de télétravail efficaces, les processus de recrutement ont rapidement repris par réunions virtuelles en substitution des rencontres physiques habituelles. Un processus inédit grâce auquel les banques ont réussi dans certains cas à engager rapidement des candidats, sans même les avoir rencontrés en personne. En raison des incertitudes liées à la pandémie, les candidats ont été plus hésitants à quitter leur poste au printemps dernier mais nous devrions assister cette année à un plus grand nombre de mouvements de personnel après la période des bonus qui tombent en fin de trimestre. Les résultats positifs des banques en 2020 devraient limiter les suppressions de postes sans toutefois générer une réelle augmentation des effectifs.

Quel que soit l’âge du collaborateur, la formation et la mise à jour des
connaissances devient une étape nécessaire pour rester dans la course.
Quels sont les postes les plus demandés?

Au sein des investissements, nous observons une forte demande pour des experts sur les marchés privés comme le private equity, l’immobilier ou la dette privée mais aussi pour des profils spécialisés dans l’investissement responsable et l’ESG qui sont très sollicités depuis un an. Les profils liés au domaine règlementaire sont également très recherchés: juristes, fiscalistes et compliance officers spécialisés dans les produits financiers.  De même, pour renforcer les task forces liées aux nouvelles réglementations LSFIN/LEFIN qui sont de véritables sujets d’actualité, les banques recrutent du personnel avec des contrats temporaires ou à durée déterminée. Enfin, les banquiers avec un potentiel d’apport de clients sont invariablement des engagements opportunistes.

Quels sont les profils les moins sollicités?

L’industrie évolue dans un environnement toujours plus sophistiqué qui requiert des profils de plus en plus pointus dans leur domaine d’expertise. Ainsi les candidats avec peu de connaissances techniques et sans spécialisation sont moins sollicités. Quel que soit l’âge du collaborateur, la formation et la mise à jour des connaissances deviennent une étape nécessaire pour rester dans la course.

Comment les rémunérations de la branche évoluent-elles?

Globalement, les salaires fixes ne sont pas orientés à la baisse contrairement à la partie variable en diminution ces dernières années et qui devrait encore être diminuée d’environ 10% sur 2020. Nous notons toutefois certaines disparités. L’engagement d’un profil spécialisé débouchera généralement sur une rémunération fixe plus élevée car l’expertise se valorise, contrairement aux profils généralistes ou de support dont les salaires subissent des pressions plutôt baissières.

Le télétravail est un bon outil qui permet
d’évaluer la motivation des collaborateurs.
Le télétravail qui fait partie du quotidien des employés de la branche, pourrait-il se généraliser?

Tous les établissements bancaires et les sociétés de gestion indépendantes ont mis en place depuis un an le le télétravail à différentes échelles. Les banques étrangères le pratiquent de manière plus marquée avec l’ensemble des collaborateurs en distanciel, alors que les entités locales sont plus flexibles sur la rotation des équipes avec entre 50 et 70% de leurs employés qui travaillent depuis leur domicile. Pour le futur, les banques locales n’envisagent pas la généralisation du télétravail à terme mais une plus grande flexibilité à son égard.

Quel est le sentiment général des employeurs à l’égard du télétravail?

Certaines entreprises pensent que les employés les moins motivés auront tendance à en faire moins depuis la maison. En fin de compte, le télétravail est un bon outil qui permet d’évaluer la motivation des collaborateurs. Les employés motivés le resteront que ce soit au bureau ou à la maison.

A votre avis, où la place financière genevoise se dirige-t-elle?

La consolidation au sein des banques de petite et moyenne taille va continuer à entrainer une diminution des places de travail à terme. Le constat est identique chez les gérants indépendants qui se rapprochent également dans une optique de croissance. En revanche, les investissements déployés par quelques banques privées de grande taille pour accueillir davantage de collaborateurs est un signal positif pour la place financière genevoise. La fintech en plein essor amène elle aussi des opportunités qui attirent davantage de candidats issus des banques traditionnelles. Ces dernières doivent se réinventer et aller dans le sens des nouvelles technologies.