Diversification et rendement: pourquoi les Cat bonds séduisent

Nicolette de Joncaire

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Les Cat bonds, portés par l’urbanisation croissante et la hausse de la valeur des biens, affichent de solides performances. Entretien avec Rom Aviv, spécialiste ILS chez GAM.

 

Les Cat bonds, ou obligations catastrophe, sont des instruments titrisés conçus pour transférer le risque d'une compagnie d'assurance ou de réassurance, d'un gouvernement ou d'une entreprise, vers des investisseurs. Concrètement, l'émetteur met en place un véhicule à vocation spéciale (SPV) qui émet une obligation achetée par des investisseurs portant un risque lié à l'assurance prédéfinie en échange d'un coupon.
Si, en théorie, ces obligations peuvent couvrir une vaste palette de risques -, terrorisme, cyberattaques, longévité, et bien d’autres - près de 95% du marché demeure focalisé sur les catastrophes naturelles. A l’heure actuelle, la taille du marché est de l’ordre de 60 milliards de dollars et croît régulièrement en termes de taille d'émission, de nombre d'émetteurs et de diversité des risques transférés. 

Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique. La croissance démographique et le désir accru de protéger les actifs jouent un rôle clé dans cette affaire. L’exemple de la Floride est particulièrement révélateur: la région a toujours été exposée aux aléas climatiques, mais l’arrivée d’une population plus nombreuse et aisée – en particulier des retraités – accroît considérablement la valeur des biens à assurer. Plus globalement, l’urbanisation, qui concentre les populations dans des zones toujours plus denses et coûteuses, accentue la vulnérabilité. 
Quelques questions à Rom Aviv, directeur de ILS chez GAM Investments, sur ces titres un peu particuliers.

Comment les Cat bonds se comparent-ils aux autres obligations?

On les compare volontiers aux obligations d’entreprises (corporate bonds) de bonne qualité mais ils s’en distinguent sur plusieurs points dont une corrélation très faible avec d’autres classes d’actifs, un taux de défaut de paiement bas et une volatilité inférieure aux titres Investment Grade ou High Yield. Sans oublier leur performance bien supérieure: les Cat bonds ont historiquement offert une performance de 500 à 700 points de base au-dessus de celles des instruments à taux sans risque  (risk free rate). 

Quels sont les avantages des Cat Bonds en termes de hausse des taux et d’inflation? 

Certaines caractéristiques propres aux Cat bonds en font des instruments naturellement protecteurs contre le risque de taux d’intérêt. Ils sont en effet majoritairement émis à taux variables (floaters) avec des maturités courtes, la plupart des obligations catastrophe étant émises pour une durée de trois ans, leur échéance moyenne en portefeuille est de l’ordre de 18 mois. Comme la composante flottante est importante, les rendements se situent aujourd’hui autour de 10%.

Pourquoi une durée aussi courte? 

Étant donné que les polices d'assurance primaires sont généralement émises pour une durée d'un an, les obligations catastrophes intègrent des mécanismes qui captent le renouvellement des portefeuilles d'assurance sous-jacents, offrant ainsi un profil d'échéance effectif légèrement plus long et plus stable (généralement 3 ans).

Pouvez-vous nous donner des indications relatives au niveau de défaut?

Les modèles prévoient une perte annuelle attendue à long terme d’environ 200 points de base par an, mais les données empiriques des 25 dernières années suggèrent plutôt 100 points de base, ce qui est nettement inférieur à celui du marché des obligations à haut rendement High Yield, qui se situe entre 200 et 250 points de base.

Ce marché peut-il présenter des périodes de baisse?

Oui en cas de catastrophe naturelle extrême. Par exemple en 2022, l’ouragan Ian a provoqué une forte baisse du marché, entraînant la première performance annuelle négative du secteur. En revanche, entre 2023-2024, les rendements ont atteint des niveaux à 2 chiffres, voir élevés, grâce à la forte hausse des primes d’assurances.   

Quels sont les principaux investisseurs dans ces titres?

Le marché reste principalement dominé par les investisseurs institutionnels, mais les family offices, les particuliers fortunés et les banques privées y accroissent progressivement leur présence. Les allocations se situent généralement entre quelques pourcents et jusqu’à 10% du total du portefeuille, en fonction de l’ampleur des spreads et du degré de conviction de chaque investisseur.

Quels sont les avantages pour les investisseurs de travailler avec une société de réassurance en tant que gestionnaire?

Dans notre cas, nous avons établi un partenariat avec Swiss Re en mai 2025. Swiss Re a développé ses propres outils de modélisation au fil des années, outils qu'elle utilise également pour la gestion de ses principales activités, ses portefeuilles de réassurance, et s'appuie sur une équipe multidisciplinaire d'une cinquantaine de spécialistes – météorologues, géographes, ingénieurs civils, etc. Sa plateforme de modélisation des catastrophes naturelles repose sur une capacité de recherche exceptionnellement importante.

Les gestionnaires d'actifs qui ne disposent pas d'un tel niveau d'expertise, de modélisation et de capacité de recherche sont clairement désavantagés. Swiss Re développe des modèles conçus pour optimiser sa propre souscription des risques, tandis que certains modèles commerciaux dépendant de prestataires externes sont davantage en phase avec le consensus général du marché.

Chaque nouvelle catastrophe apporte une donnée supplémentaire qui enrichit immédiatement le modèle et affine l'évaluation des risques, alors que d'autres solutions intègrent ces mises à jour avec un certain délai. Aujourd'hui, Swiss Re analyse plus de 190 types de combinaisons péril/risque.

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