BCV: au-delà du milliard symbolique

Nicolette de Joncaire

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En hausse de 3%, les revenus dépassent le milliard de francs. Résultats exceptionnels en continu. Entretien avec le CEO Pascal Kiener.


©Keystone

Masse sous gestion en progrès de 12%, revenus en hausse de 3%, résultat opérationnel et bénéfice net en augmentation de 4%. La Banque Cantonale Vaudoise se distingue en 2019 par les meilleurs résultats en 175 ans (exception faite des années de récupérations de provisions après la recapitalisation). Certes, une partie marginale de l’accroissement du bénéfice net est due à l’amélioration des conditions fiscales dans le Canton de Vaud l’an dernier mais tous les voyants sont au vert. Encore d’excellentes nouvelles pour les actionnaires qui verront leur dividende augmenter d’un franc supplémentaire. Ce n’est pas anecdotique: si vous aviez investi dans l’action BCV en 2003, vous auriez multiplié votre capital plus de 13 fois sur une valeur notée Investment Grade (Aa2 chez Moody’s et AA chez S&P) et ce sans compter les dividendes perçus. Avis aux petits porteurs: la BCV proposera à la prochaine Assemblée Générale de diviser son action par dix. 

La masse sous gestion du groupe est en augmentation sensible. Le chiffre de 97,8 milliards annoncé comprend-il tous les encours?

Oui, il comprend les encours de l’ensemble du groupe y compris Piguet Galland, Gérifonds et le private banking de BCV. Il comprend également les fonds gérés par BCV pour le compte de la fondation collective BCV, appelée dorénavant AVENA. L’augmentation de cette masse sous gestion de plus de 10 milliards en 2019 comprend pour plus du tiers un afflux de nouveaux fonds, émanant pour partie de la clientèle privée et des PME et pour partie des institutionnels et des grandes entreprises.

«Le poids des taux négatifs se traduit par le simple fait que la hausse
des revenus n’est pas proportionnelle à celle des volumes.»
Quel est le poids des taux négatifs imposés par la Banque Nationale Suisse?

Notez que pour l’essentiel nous ne répercutons pas les taux négatifs sur les déposants. Le poids des taux négatifs se traduit donc par le simple fait que la hausse des revenus n’est pas proportionnelle à celle des volumes – l’augmentation des dépôts sur un an a été de 10%. Ce qui nous contraint à des efforts supplémentaires pour préserver notre performance. Ces efforts portent sur la maitrise des charges et se reflètent dans le résultat opérationnel (ndlr: en hausse de 4% à 419 millions). 

La croissance de votre portefeuille hypothécaire (4%) est sensible. Est-ce en ligne avec le marché et qu’attendre de l’immobilier?

La croissance de notre portefeuille correspond à celle du marché vaudois, légèrement supérieure au marché suisse. Pour ce qui est de l’immobilier, les prix sont élevés ce à quoi il faut s’attendre dans un contexte de taux d’intérêt faibles. Ce que nous notons toutefois est qu’il existe par endroits un risque de suroffre car le secteur de la construction est très dynamique alors que la croissance de la population du Canton s’affaiblit; les chiffres n’ont pas encore été publiés, mais on peut estimer qu’elle a été de moins de 1% en 2019, inférieure aux années précédentes. Il n’est pas impossible que nous nous acheminions vers un effet de ciseau. 

«La BCV ne finance pas le commerce du pétrole
mais plutôt celui des métaux et celui des matières agricoles.»
Le volume d’affaires de votre département de Trade Finance est en légère baisse alors que le cours du pétrole a augmenté de 34% en 2019?

C’est tout simplement parce que la BCV ne finance pas le commerce du pétrole mais plutôt celui des métaux (40 à 50%) et celui des matières agricoles (30 à 40%). La baisse des volumes du trade finance est imputable à la diminution du commerce international, baisse engendrée par les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis. De manière plus générale, il faut s’attendre à un fléchissement des échanges mondiaux que l’épidémie de coronavirus va encore accentuer.

Vous notez une nette augmentation de l’épargne. Avec des taux si faibles, ne devrait-on pas encourager les épargnants à devenir investisseurs?

C’est effectivement le cas et nous avons introduit un produit appelé Start Invest pour les y encourager mais attention le cadre réglementaire est très strict. Notez aussi que de nombreux Suisses n’investissent pas et préfèrent le compte d’épargne. 

«Nous avons introduit plus de 30 nouveautés sur notre offre digitale en 2019.»
Pourquoi diviser votre action par 10?

Cette division n’a aucun impact sur la banque ni sur ses actionnaires mais nous la proposons pour deux raisons. La première est d’offrir un cours de l’action de niveau comparable à celui de nos pairs. L’action BCV est à plus de 800 francs alors que celles d’UBS ou de Credit Suisse sont autour de 11 francs et que Julius Baer cote aux environs de 40 francs. L’effet est psychologique, mais il permet une comparaison plus rapide de l’évolution des cours. La seconde raison est d’offrir un titre plus abordable aux petits porteurs. Un investissement de 80 francs est moins impressionnant qu’une entrée à 800!

Une récente étude de Standard & Poors estime que les banques suisses sont en retard en matière de digitalisation. Est-ce le cas selon vous?

En ce qui nous concerne, nous avons introduit plus de 30 nouveautés sur notre offre digitale en 2019. Les connexions par mobile ont désormais dépassé celles des PC et l’ensemble des opérations de base (paiements, achats de valeurs mobilières, renouvellements d’hypothèques) peuvent se faire électroniquement. Les opérations plus complexes – telles la souscription d’une hypothèque - nécessitent toutefois encore un conseil personnel. Il y a aussi une question d’appétence du marché. Depuis deux ans, nous avons introduit l’ouverture de compte à distance mais moins de 5% des nouveaux comptes sont ouverts de cette manière.

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