Réforme des retraites avant tout en France

Marc Brütsch, Swiss Life Asset Managers

2 minutes de lecture

Le risque d’une nouvelle vague de protestations remonte. Le précédent montre que les manifestations peuvent engendrer l’incertitude économique.


© Keystone

Le désarroi économique dû à la crise des gilets jaunes se ressentait sur les chiffres du dernier trimestre 2018. En réaction, le président Macron avait dû prendre des mesures budgétaires début 2019, un moment qui s’était révélé idéal pour préserver l’économie française des troubles de l’économie mondiale. Toutefois, cette réaction rapide du gouvernement bride sa marge de manœuvre budgétaire pour les années à venir. D’après nos calculs, le projet de budget 2020 remis à la Commission européenne affecterait la croissance du PIB. Les dynamiques du secteur privé semblent toutefois assez solides pour maintenir la croissance française aux alentours de son potentiel à long terme. Depuis décembre 2018, les indicateurs de sentiment économique se sont fortement améliorés (la confiance des ménages est passée de 86 points alors à 104 points en octobre 2019 et, contrairement à l’Allemagne, à la Suisse ou à l’Autriche, l’indice des directeurs d’achats du secteur manufacturier est resté dans la zone d’expansion tous les mois de 2019 à ce jour, sauf deux). La création d’emplois industriels se poursuit. Malgré ce contexte fondamentalement solide, le risque d’une nouvelle vague de protestations remonte. Nombre de syndicats des transports ont annoncé une grande grève à partir du 5 décembre contre la réforme des régimes de retraite. Or, le précédent de 2018 montre que les manifestations peuvent très vite engendrer l’incertitude économique.

Les effets de base liés aux prix de l’énergie de l’an dernier jouent
un rôle majeur et devraient porter l’inflation totale annuelle.

L’inflation avait légèrement surpris à la baisse en septembre comme en octobre, ramenant le taux d’inflation totale annuelle à 0,9% au début du dernier trimestre 2019. Nous attendons une remontée sensible de l’inflation ces prochains mois: les effets de base liés aux prix de l’énergie de l’an dernier jouent un rôle majeur et devraient porter l’inflation totale annuelle vers 1,6% d’ici au premier trimestre 2020, voire davantage en cas d’activité intérieure vigoureuse et de hausse des prix de l’énergie.

La récession a été évitée en Allemagne

Les entreprises allemandes continuent d’ajuster leurs projets d’investissement et d’embauche, puisque leurs achats de biens d’équipement ont chuté de 9,8% au troisième trimestre. Pourtant, soutenue par une consommation publique et privée dynamique, l’Allemagne a évité la récession technique (au moins deux trimestres de croissance négative du PIB). Les exportations ont également soutenu l’activité du troisième trimestre, indiquant que la demande extérieure aurait atteint son plus-bas l’été dernier. Alors, était-il excessif de prévoir une récession allemande? Les résultats des enquêtes pour le dernier trimestre 2019 sont mitigés: les commandes aux industriels semblent bien s’être redressées mais le climat des affaires dans les services se dégrade toujours. L’estimation préliminaire de l’indice des directeurs d’achats (PMI) du secteur tertiaire accuse un repli à 51,3 points en novembre, son plus-bas depuis un décrochement temporaire à 50,6 en 2016. Un modèle simple d’évaluation de la croissance du PIB du trimestre en cours sur la base des PMI de tous les secteurs et de l’indice général Ifo du climat des affaires reflète une nouvelle dégradation des dynamiques au dernier trimestre. L’économie allemande stagne au lieu de se redresser rapidement. A moins que l’industrie manufacturière ne reprenne plus vite son élan, le pays dépendra encore des dépenses publiques pour enregistrer une croissance positive au dernier trimestre 2019.

En Allemagne, l’inflation de novembre est particulièrement importante pour évaluer correctement la tendance de l’année prochaine en raison du rôle important et croissant des facteurs saisonniers sur les prix des voyages à forfait. D’après Bloomberg, les prévisions d’inflation pour novembre oscilleraient entre 0,8% et 1,8%. Si notre propre projection d’inflation annuelle de 1,6% se vérifie, l’inflation totale allemande sera bien partie pour dépasser provisoirement la barre des 2% au premier trimestre 2020.