Quatre stratégies défensives pour 2019

Christopher Gannatti, WisdomTree

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Le contexte actuel invite à se concentrer sur la réduction du risque de baisse en adoptant des stratégies défensives adaptées à chaque marché.

Les marchés mondiaux, en grande partie menés par les actions américaines, ont connu une période relativement faste depuis la crise financière de 2008/2009. En ce début d’année 2019, les investisseurs commencent à s’interroger sur les répercussions possibles d’une éventuelle récession à venir. Car d’une part les États-Unis ont connu ce qui est maintenant proche de la plus longue expansion économique enregistrée depuis la Seconde Guerre mondiale, et d’autre part, les mesures de volatilité montrent que le niveau global de risque est plus élevé qu’aux mêmes périodes de 2017 et 2018.

Dans ce contexte, les investisseurs pourraient donc envisager de se positionner de manière plus défensive. Certes, il existe toujours de bonnes raisons de détenir des actifs risqués, car les rallyes de fin de cycle peuvent se produire et se produisent effectivement, mais, à l’heure actuelle, l’important est peut-être de chercher à limiter le risque de baisse.

Les stratégies qui permettent de contenir les baisses
dans des marchés difficiles peuvent s'avérer très utiles.

A ce propos, il paraît opportun de rappeler ce calcul élémentaire de l’investissement: lorsqu’un portefeuille perd 50% de sa valeur, la performance requise pour revenir au niveau initial n’est pas 50%, comme on l’affirme souvent par réflexe, mais bien 100%! Par conséquent, les stratégies qui permettent de contenir les baisses dans des marchés difficiles peuvent s'avérer très utiles.

Oser la contradiction, parier sur les dividendes

Il existe grosso modo quatre approches pour atténuer le risque de pertes significatives lors de baisses de marché. Malheureusement, leur efficacité n’est pas garantie, quelles que soient les conditions de marché. Néanmoins, il nous paraît important de les garder à l'esprit.

La première d’entre elles consiste à rechercher les titres dont les valorisations se situent à un niveau proche ou à leur plus bas historique. Cela peut en effet vouloir indiquer que les risques qui font la une des quotidiens ont déjà été largement pris en compte. Autrement dit, les mauvaises nouvelles ont déjà provoqué la baisse du marché en question si bien qu’en l’absence de nouvelles informations ou de surprises, il y a peu de chances que ce marché aille beaucoup plus bas. Une telle approche est généralement qualifiée de «contrarian». Parmi les marchés qu’il est possible d’envisager sous l’angle d’une telle approche, on peut citer les marchés émergents, les actions italiennes et en particulier les valeurs financières ainsi que les actions japonaises.

Une deuxième stratégie consiste à rechercher les titres qui offrent des dividendes élevés. La performance d’une action dépend toujours deux composantes, à savoir le montant du dividende et l’évolution du cours. Au pire, le dividende sera nul alors que la composante de cours peut être positive, négative ou nulle. Une stratégie axée sur les titres à dividendes élevés consistera donc à accroître la part de rendement provenant des dividendes aux dépens de celle issue des variations de cours. La composante dividende étant moins volatile que celle des cours, cette approche permet de réduire le risque de l’investissement en actions.

Le VIX possède un fort pouvoir prédictif dans la mesure
où il reflète les perspectives de volatilité pour l’indice S&P 500.

Il convient également de prendre en considération le fait que les actions à rendement élevé se trouvent généralement dans les secteurs les plus défensifs, tels que les services publics. En biaisant l'exposition de son portefeuille en faveur de ces secteurs, l’investisseur peut donc également réduire le risque de sa stratégie actions. Les actions émergentes, les actions européennes et les actions américaines peuvent être envisagées selon une telle approche.

Vendre des puts sur indice

Une troisième stratégie défensive consiste à vendre les actifs qui présentent une corrélation positive entre cours et volatilité. Si l'on se fie à l'histoire, lorsque les marchés boursiers entrent dans une phase très négative, des indicateurs tels que le VIX (indice de la bourse de Chicago qui mesure la volatilité du marché financier américain) tendent à connaître des pics de hausse. Or le VIX possède un fort pouvoir prédictif dans la mesure où il reflète les perspectives de volatilité pour l’indice S&P 500. Si le VIX monte, cela signifie que les anticipations tendent vers un accroissement de la volatilité. Certains actifs, comme les options de vente sur le S&P 500, tendront alors à voir leur cours progresser simultanément avec la hausse du VIX.

Une stratégie bien connue consiste alors à vendre des options de vente sur le S&P 500, ce qui permet de percevoir les primes. Le bien-fondé de toute stratégie de ce type est évidemment directement lié à l'indice sur lequel reposent les options. Si les primes tendent à augmenter simultanément avec le VIX, cela indique qu'il est possible d'amortir le risque de baisse lorsque les conditions de marché deviennent plus difficiles.

Aux États-Unis, les actions ont atteint des sommets historiques début octobre 2018 et leurs valorisations étaient assez élevées en comparaison avec celles des autres marchés internationaux. Des cours à des niveaux plafond et des valorisations relatives élevées donnent aux investisseurs toutes les raisons de s'inquiéter du risque de baisse, et cette préoccupation est, à notre avis, un catalyseur essentiel pour envisager une stratégie de vente de puts. Il est possible d’envisager une telle approche sur la bourse américaine.

Lorsque la volatilité s’accroît, la détention d’actions peut être moins intéressante,
que l’on utilise ou non une approche de réduction des risques.
Revenir sur les valeurs refuge

Une quatrième stratégie consisterait à se replier sur les actifs refuge traditionnels. Chacune des stratégies précédemment décrites vise à réduire le risque d’une exposition directe aux actions ou celui d’une exposition à des actifs fortement corrélés à ces dernières. Or, lorsque la volatilité s’accroît, la détention d’actions peut être moins intéressante, que l’on utilise ou non une approche de réduction des risques.

Lorsque la volatilité progresse en raison de la perception d'un risque géopolitique accru, l’or est susceptible de présenter un certain attrait. Historiquement, lorsque les investisseurs craignent des événements inattendus ou sont surpris par la direction prise par la politique d’un grand pays, l'or a pu offrir une source de rendements différents de ceux des actions. Une autre option consiste à envisager certaines devises comme le dollar américain ou le yen japonais, car ces derniers peuvent s’apprécier à mesure que la volatilité s’accroît. Or, dollar et yen sont donc des actifs à envisager dans le cadre d’une approche axée sur les valeurs refuge.