Les marchés s’accrochent aux bonnes nouvelles

Axel Botte, Ostrum AM

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Regain d’optimisme sur les actions, hausse des taux obligataires. La Fed accroît ses interventions sur le monétaire.

Les marchés financiers ont été soutenus par des signes d’avancées sur les fronts du Brexit et des négociations sino-américaines. La hausse des tarifs douaniers prévue le 15 octobre a été reportée. L’administration Trump avait pourtant étendu sa liste noire d’entreprises chinoises en début de semaine. Les marchés semblent ignorer les troubles au Proche-Orient alors que la Fed annonce des mesures d’assouplissement. 

L’aversion pour le risque moindre bénéficie
aussi aux emprunts indexés, au crédit et au high yield.

Le rebond des actions s’est dessiné à partir de mercredi. Le S&P s’affiche en hausse de 0,6% sur la semaine. L’Euro Stoxx 50 s’adjuge 2,8%. Les secteurs massacrés en 2019 (ressources de base, banques) surperforment. L’optimisme des intervenants se traduit par une remontée du 10 ans américain vers 1,73%. Le Bund suit le T-note (sommet à -0,43%). Les spreads souverains se réduisent, notamment celui du Portugal qui passe sous 70pb. Les interrogations sur la mise en œuvre du QE semblent sans effet à ce stade. L’aversion pour le risque moindre bénéficie aussi aux emprunts indexés, au crédit et au high yield. Les spreads des notations spéculatives se détendent de 16pb en une semaine à 388pb contre Bund. Le sterling touche brièvement 1,27 dollar dans l’espoir d’une solution sur le statut de l’Irlande du nord.

Graphique de la semaine

Il est difficile de déterminer le coût du Brexit pour l’économie britannique.  
Les sociétés exposées majoritairement aux marchés internationaux ont largement surperformé les sociétés dont l’activité se concentre sur le marché intérieur. L’écart de performance cumulé atteint 35% depuis le référendum de 2016. 
Toutefois, en une seule séance vendredi, cet écart a plongé de près de 7%, ce qui démontre l’extrême sensibilité des marchés à la problématique du Brexit.
 

 

Optimisme surprenant sur les marchés 

Les marchés financiers affichent un optimisme étonnant au regard de la situation internationale. Les conflits se multiplient au Proche-Orient. L’attaque d’un tanker iranien attribuée à l’Arabie Saoudite nous rapproche d’un conflit ouvert entre les deux pays du Golfe. L’intervention militaire turque au Kurdistan syrien constitue une source d’instabilité de la région. 

Ces éléments sont pourtant passés au second plan. La détente apparente entre la Chine et les Etats-Unis avec l’annonce d’achats de produits agricoles américains a été saluée par les marchés. La hausse des tarifs prévue le 15 octobre a en effet été reportée. Les intervenants semblent déjà oublier la nouvelle liste noire d’entreprises chinoises établies par l’administration américaine. La première phase des négociations évite d’ailleurs l’essentiel des enjeux de propriété intellectuelle et d’accès au marché interne chinois. Parallèlement, les restrictions sur les exportations chinoises de terres rares n’augurent rien de bon.  

Des avancée sur le Brexit
mais l’issue des négociations demeure incertaine.  

Le Brexit constitue l’autre «bonne» nouvelle de la semaine. Un nouveau statut, sorte de zone franche, est évoqué pour l’Irlande du Nord en amont du sommet européen du 17-18 octobre. L’issue des négociations demeure néanmoins incertaine.  

La Fed accroit ses interventions 

En outre, les tensions sur les marchés monétaires ont incité à la Fed à intervenir sans attendre son prochain comité. La Banque Centrale achètera des bons à court terme jusqu’au milieu de 2020 et prolongera ses opérations de repo jusqu’en janvier prochain. L’objectif de la Fed est de maintenir les réserves bancaires au-dessus du niveau de début septembre. Contrairement aux programmes précédents de QE, l’objectif de la Fed est la gestion du passif. Il s’agit d’éviter les effets d’éviction du déficit fédéral sur les réserves bancaires. La Fed achètera 60 milliards de dollars de bills le premier mois. Par ailleurs, le taux d’intervention sur les reverse-repos (retrait de liquidités) est réduit à 1,70%, soit 5pb sous la borne basse de la fourchette des Fed Funds. Cela constitue un premier geste avant une probable réduction de 25pb de la cible des Fed Funds fin octobre.  

Maintenir un biais acheteur de taux 

Dans ce contexte, le rebond hebdomadaire (+17pb) des rendements obligataires américains peut paraitre excessif. Le 10 ans américain a coté 1,77% au sommet avant de terminer la semaine à 1,73% avant le long week-end de Columbus Day. Il conviendrait de renforcer les positions acheteuses en cas de nouvelle hausse des rendements vers 1,76-1,80%. Les publications économiques, notamment la demande des ménages, dépeignent une croissance stable en ligne avec le potentiel au troisième trimestre 2019. Les ventes au détail ont probablement crû de 0,3%m le mois dernier. L’immobilier résidentiel répond à la baisse des taux hypothécaires.

L’absence de prime de terme significative provoque néanmoins des flux vers le monétaire sans précédents depuis 2008. Cela milite pour une pentification de la courbe, d’autant que la Fed assouplit sa politique. Le spread 2-10 ans s’échange à 14pb.  

Mario Draghi serait passé outre
les recommandations de la recherche interne.

En zone euro, le Bund s’est déprécié la semaine passée dans le sillage du T-note. Le compte-rendu de la dernière réunion de la BCE témoigne des désaccords au sein de l’institution. Selon le FT, Mario Draghi est passé outre les recommandations de la recherche interne pointant les risques d’une reprise des achats d’actifs. Le calibrage du QE fera l’objet de discussions lors du comité du 24 octobre, le dernier présidé par Mario Draghi. En cas de report du QE, les swap spreads diminueraient encore. Le swap spread à 2 ans s’échange sous 30pb. Parallèlement, les spreads souverains périphériques sont inchangés. La dette portugaise est recherchée de sorte que le spread à 10 ans s’échange désormais à 63pb. Le positionnement acheteur de spreads souverains reste consensuel parmi les gestionnaires de fonds.  

Concernant le crédit, la hausse des rendements allemands a contribué à un rétrécissement des spreads, notamment dans le secteur financier. Le spread moyen ressort à 110pb contre Bund. Le high yield efface également une partie des tensions observées depuis le début du mois. Certains risques spécifiques ont pesé au cours des dernières semaines, mais le rebond des actions a favorisé un rally des spreads. Toutefois, le taux de défaut devrait augmenter en Europe l’an prochain, selon Moody’s, pour rejoindre celui des Etats-Unis (2,1% en fin d’année 2019, 3,7% à fin septembre 2020). 

A l’instar du sterling affichant une volatilité supérieure aux devises émergentes, le Gilt est une énigme soumise aux annonces relatives au Brexit. Un accord d’ici le 31 octobre reste hypothétique mais on ne peut empêcher les marchés d’y croire. La neutralité prévaudra.  

états-Unis: perspectives bénéficiaires en baisse au troisième trimestre

La saison des résultats s’ouvre aux Etats-Unis. Les bénéfices sont attendus en baisse de 3,8% sur un an au troisième trimestre. Les secteurs liés à l’énergie et aux matières premières contribuent fortement à la baisse de la profitabilité. Ainsi, le marché cherche un catalyseur pour reprendre le chemin de la hausse au-delà des 3000 points sur le S&P.  

En Europe, les signaux techniques favorables à la hausse du marché s’opposent aux perspectives de bénéfices. Les banques bancaires (+6%) respirent toutefois grâce à la pentification de la courbe.