Des conditions financières idéales aux Etats-Unis

Marc Brütsch, Swiss Life Asset Managers

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L’inflation US devrait remonter sous l’effet de l’énergie. Perspectives de hausse limitées au Royaume-Uni. La BoE devrait rester attentiste.


©Keystone

La perspective d’une baisse des taux directeurs de la Réserve fédérale et la trêve du conflit commercial sino-américain décidée lors du sommet du G20 ont tiré à la hausse les actions comme les obligations. Après un pic au tournant de l’année, les conditions financières se sont donc nettement détendues aux Etats-Unis et n’avaient plus été aussi favorables depuis septembre 2018. Leurs fluctuations se reflètent dans les dernières enquêtes auprès des ménages : encouragés également par une forte augmentation des salaires réels, les consommateurs n’avaient jamais envisagé leur avenir financier avec autant d’optimisme depuis 2004. En conséquence, la consommation a rebondi au deuxième trimestre après un début d’année plutôt déprimé, et les perspectives restent positives pour le second semestre. 

L’avancée de l’inflation américaine vient de catégories
inexplicablement faibles les mois précédents.

En parallèle, le cycle d’investissement et de production manufacturière des Etats-Unis reste baissier. La production industrielle a reculé une nouvelle fois au deuxième trimestre et les carnets de commandes sont maigres en regard de leurs niveaux passés. Les indices du sentiment manufacturier devraient dénoter un soulagement en juillet, suite à l’apaisement du conflit commercial, mais nous n’attendons pas de reprise significative des dynamiques industrielles sachant que l’incertitude de la politique commerciale américaine devrait resurgir et que les entreprises hésitent encore considérablement à investir.

L’inflation sous-jacente a rebondi à 2,1% en juin, un élan inattendu qui conforterait la remontée des prévisions d’inflation déduites du marché. La hausse vient de catégories (textile, voitures d’occasion) inexplicablement faibles les mois précédents. Nous attendons une inflation sous-jacente à 2,2% en août, puis une stabilisation à ce niveau jusqu’à la fin de l’année. L’inflation totale a sans doute atteint son plus-bas en juin (1,6%) et devrait remonter sous l’effet des prix de l’énergie.

Le marché du travail se durcit au Royaume-Uni

L’incertitude du Brexit se ressent cette année sur les indices d’activité et de sentiment économique. Les statistiques déjà disponibles laissent prévoir une contraction de l’économie britannique au deuxième trimestre, et les enquêtes auprès des entreprises semblent annoncer une croissance atone jusqu’à la fin de l’année. Le nouveau premier ministre Boris Johnson tentera bientôt de renégocier l’accord sur le Brexit mais il ne reste que trois mois et l’UE semble peu disposée à accorder des concessions significatives. L’incertitude quant à l’issue du processus devrait donc monter à court terme. 

La Banque d’Angleterre entre incertitude économique
et assouplissement des politiques des autres banques centrales.

Le marché du travail semble avoir été miraculeusement épargné par les retombées du Brexit – il en aurait même profité: bien que la croissance de l’emploi ait marqué le pas en 2019, le taux de chômage s’est stabilisé à 3,8%, son plus bas niveau depuis le milieu des années 1970. Le Brexit a probablement accru la tension du marché du travail en réduisant fortement l’immigration nette venue de l’UE depuis le référendum de juin 2016, ce qui a porté la hausse annuelle des salaires à 3,6% dernièrement, un record depuis la crise financière. La Banque d’Angleterre ne devrait toutefois envisager aucun resserrement monétaire et nous pensons qu’elle restera attentiste, entre incertitude économique et assouplissement des politiques des autres banques centrales.

L’inflation de juin s’étant révélée légèrement supérieure à nos projections, nous avons relevé de 1,8% à 1,9% notre estimation pour 2019. L’orientation de l’inflation dépend de celle des taux de change, et donc de l’évolution du Brexit. Comme la livre sterling semble déjà intégrer de nombreux éléments négatifs, nous doutons qu’elle se déprécie encore beaucoup, ce qui limite les perspectives de hausse de l’inflation.