A contre-courant en France

Marc Brütsch, Swiss Life Asset Managers

2 minutes de lecture

Le gouvernement utilise pleinement sa marge de manœuvre budgétaire, avec un déficit public attendu à 3,1% du PIB pour cette année.


© Keystone

Comme nous l’expliquions le mois dernier, l’économie française est moins exposée aux turbulences mondiales que d’autres pays européens comme l’Allemagne ou la Suisse. Tandis que la production industrielle allemande chutait de 3,7% sur 12 mois en mai, celle de la France augmentait de 4,0%. Le moral des entreprises est resté relativement positif au deuxième trimestre 2019, avec des indices des directeurs d’achats dans la zone d’expansion aussi bien pour l’industrie que pour les services. L’Institut national de la statistique

(INSEE) indique que la confiance des ménages se serait encore redressée en milieu d’année et aurait dépassé sa moyenne à long terme de 100 points pour la première fois depuis avril 2018. Nous supposons que le taux de chômage aura encore reculé au deuxième trimestre, mais les chiffres officiels du marché du travail ne seront publiés que le 14 août. Avec un certain retard sur les autres membres de la zone euro, le taux de chômage français pourrait être retombé à un niveau jamais vu depuis plus de dix ans. Parallèlement, le gouvernement utilise pleinement sa marge de manœuvre budgétaire, avec un déficit public attendu à 3,1% du PIB pour cette année. Le rapport de la Commission européenne de juin qualifie de «marginal et temporaire» cet écart par rapport aux règles du pacte de stabilité et de croissance.

L’indicateur d’activité phare de l’Ifo dénote un ralentissement
persistant pour tous les secteurs en Allemagne.

Les réformes du marché du travail en France devraient modérer la dynamique de croissance des salaires à moyen terme. La baisse des cotisations sociales abaisse le coût du travail et, en fonction de la proportion de ces économies que les entreprises sont prêtes à répercuter sur leurs clients, nos prévisions d’inflation pourraient s’avérer trop élevées. Des facteurs haussiers existent toutefois: regain de vigueur des prix de l’énergie ou, dans une moindre mesure, hausse des prix des importations due à la dépréciation de l’euro par rapport au dollar.

Stagnation au second trimestre en Allemagne

Ces dernières semaines sont arrivées davantage de statistiques relatives à la conjoncture du deuxième trimestre 2019. Ces chiffres confirment les déclarations antérieures de la Bundesbank, qui avait annoncé que l’activité avait encore ralenti dans la première économie de la zone euro, d’où l’abaissement de nos prévisions de croissance pour 2019 et 2020. Contrairement au premier trimestre, le BTP pourrait avoir pesé sur la croissance des trois mois d’avril à juin. Les indicateurs avancés du secteur manufacturier annoncent une poursuite de la contraction de la production industrielle au troisième trimestre. Dans l’enquête Ifo auprès des entreprises industrielles, une majorité d’entre elles tablent sur un recul de leur production au cours des trois prochains mois – la valeur de ce sous-indice est la plus basse depuis décembre 2012. L’indicateur d’activité phare de l’Ifo dénote un ralentissement persistant pour tous les secteurs en Allemagne. Des mesures budgétaires particulièrement favorables cette année et la demande soutenue des ménages devraient empêcher l’économie de basculer dans la récession, mais les incertitudes du commerce international contrarient toujours le secteur privé. Nous pensons que les entreprises allemandes réagiront aux turbulences en réduisant leurs investissements et leurs projets d’embauche.

Les prix à la consommation confirment que le ralentissement économique décrit ci-dessus provient d’un choc exogène. Les prestataires de services pour le marché intérieur semblent pouvoir fixer leurs prix de manière satisfaisante. L’inflation annuelle des services atteint 1,9%, avec des hausses supérieures à 3% pour les réparations automobiles, les aides à la personne, les billets de train et les voyages à forfait. L’inflation totale s’est révélée supérieure aux estimations dans les chiffres révisés de juin, principalement en raison du renchérissement des produits alimentaires.