Argentine: risque important, potentiel élevé

Vladimir C. F. do Vale, Indosuez Wealth Management

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Les chances de Cristina Kirchner de remporter les élections augmentent, entraînant de nouvelles turbulences sur les marchés.


Cristina Kirchner. ©Keystone

La situation de l’Argentine continue de se détériorer avant les élections présidentielles d'octobre. Après une brève période de stabilisation du taux de change et des rendements locaux, une inflation obstinément élevée et croissante ainsi que l’absence de reprise économique ont entraîné une prophétie auto réalisatrice: avec la détérioration de l’économie et la baisse de popularité du gouvernement actuel de Cristina Kirchner, les chances de cette dernière de remporter les élections augmentent, entraînant de nouvelles turbulences sur les marchés et une détresse économique supplémentaire.

En réaction à la récente détérioration économique, la Banque centrale a décidé de vendre des réserves de dollars même si le taux de change demeure en-dessous de la borne supérieure de la zone de non-intervention (désormais fixé à 51,45 ARS/USD pour le reste de l'année). Il n’existe aucune indication quant à la taille des interventions, mais il a été noté qu'au-dessus de la limite supérieure de la zone de non-intervention, les ventes en dollars atteindraient 250 millions de dollars par jour (contre 150 millions auparavant). Ces interventions ne seront pas compensées pour renforcer l’effet contractif de la politique monétaire. Bien que cela puisse soutenir l’économie à court terme, le faible niveau des réserves nettes (environ 17,5 milliards de dollars) laisse penser que cela ne sera pas suffisant face à la fuite persistante des capitaux.

Un cercle vicieux impliquant les attentes économiques et politiques
continuera de contrer les tentatives du gouvernement de stabiliser la situation.

L'incapacité à générer une désinflation et de meilleures conditions financières et ses conséquences politiques ont fini de convaincre les investisseurs que M. Macri n’était pas favori pour remporter les élections. Ce changement d'attentes a été renforcé par le dernier tour de scrutin démontrant non seulement que Mme Kirchner devançait le premier tour de scrutin, mais qu'elle disposait désormais d'une petite avance dans toutes les projections de second tour contre M. Macri. Cette situation a conduit de nombreux investisseurs à la conclusion qu’un cercle vicieux impliquant les attentes économiques et politiques continuerait de contrer les tentatives du gouvernement de stabiliser la situation. Il est tentant d’adopter ce point de vue, mais il convient de garder à l’esprit que les scrutins électoraux à ce stade doivent être pris avec précaution. En fait, il n'est même pas certain que le nom de Mme Kirchner apparaisse effectivement sur le bulletin de vote. Et même M. Macri pourrait être remplacé par le gouverneur populaire de Buenos Aires, Mme Maria Eugenia Vidal.

D'un point de vue purement économique, la dette de l'Argentine semble toujours acceptable. Le ratio dette publique/PIB s’élevait à 62% du PIB nominal à la fin de 2018, un chiffre que la plupart des économies matures envierait. La dette extérieure représentait près de 52%, un chiffre faible par rapport à de nombreux pays développés. Mais le problème le plus important, n’est pas le chiffre en absolu, mais son évolution: il a presque doublé depuis 2015.

Tout résultat autre que la victoire de Cristina Kirchner
pourrait donner lieu à un très fort rebond du prix des actifs.

La faible profondeur des marchés de crédit du pays est un facteur important pouvant expliquer la difficulté de maitriser l’inflation en Argentine, en plus de la dépréciation de la monnaie. Une faible profondeur des marchés de crédit implique que les taux d'intérêt ne touchent qu'une petite partie de l'économie. Cela protège d'une part l'activité économique des intérêts élevés, mais d'autre part, les taux d'intérêt doivent être très élevés pour avoir un effet quelconque sur l'économie réelle. Le taux des obligations à 7 jours LELIQ de la banque centrale a atteint 73,9% au 30 avril. La Turquie, par exemple, qui est également confrontée à une crise, applique un taux de pension de 24% sur une semaine, bien que sa dette extérieure, à 57,5% du PIB, soit comparable à celle de l’Argentine. Cela s’explique par le fait que les marchés du crédit turques sont plus développés. Néanmoins, tant que le programme du FMI restera en place, il est peu probable que l’Argentine nécessite un financement extérieur avant 2021. 

Ainsi, tout résultat autre que la victoire de Mme Kirchner pourrait donner lieu à un très fort rebond du prix des actifs, en particulier pour les obligations à court terme, qui ont le plus souffert au cours de la récente tourmente. Un pari très risqué actuellement et, pour des raisons historiques, un risque que les investisseurs étrangers hésiteront à prendre, mais les rendements pourraient être formidables si M. Macri, ou même un péroniste autre que Mme Kirchner, finissait par remporter les élections. Pour être clair, le résultat de cette élection est trop serré à ce stade pour donner lieu à des prévisions. Et, malgré toute l’agitation qui entoure l’Argentine ces derniers temps, ce refrain célèbre nous trottent dans nos têtes: «Don’t cry for me Argentina… All through my wild days, my mad existence, I kept my promise, don’t keep your distance».