Signes d’améliorations en Argentine - Macro Pulse d'Indosuez WM

Vladimir C. F. do Vale, Indosuez Wealth Management

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Le nouveau cadre monétaire établi lors de la révision de l’accord avec le FMI semble fonctionner. Les chances de réélection du président Macri diminuent.

L’économie argentine continue à se contracter et les indicateurs les plus récents ne suggèrent pas que l’activité ait déjà touché son point bas. Toutefois, on a pu noter quelques développements positifs dernièrement. La coalition au pouvoir a été maintenue, alors que le gouvernement est parvenu à avancer avec les mesures requises par l’accord de stand-by avec le FMI, notamment l’approbation par le Congrès d’un budget 2019 associé à un déficit primaire nul. Le gouvernement a récemment annoncé son programme de financement pour 2019 et 2020 selon lequel tous les besoins de financement pour la période seront couverts si le refinancement de la dette interne dépasse 70% au cours des deux prochaines années. 

Encore plus important, le nouveau cadre monétaire établi lors de la révision de l’accord avec le FMI semble fonctionner. Le taux de change a récemment cassé la limite inférieure de la «zone de non-intervention» déclenchant l’achat de dollars par la banque centrale pour éviter l’appréciation de sa devise. L’intervention a un double effet positif. Premièrement, l’augmentation des réserves de change, si elle se confirme, améliorera graduellement la perception du risque par les investisseurs. 

Davantage de réserves et des conditions monétaires
plus accommodantes amélioreront la confiance.

Deuxièmement, selon l’accord de «stand-by» les interventions de la banque centrale effectuées lorsque le taux de change est au-dessous de la limite inférieure n’ont pas à être stérilisées, ce qui signifie qu’elles représentent un assouplissement des conditions monétaires. En théorie, si le marché continue à devenir moins pessimiste à propos de l’Argentine et plus désireux de vendre des dollars contre des pesos pour tirer profit des taux d’intérêt extrêmement élevés servis sur la devise locale, ces deux effets ont le potentiel de créer un cercle vertueux. Davantage de réserves et des conditions monétaires plus accommodantes amélioreront la confiance, déclenchant des entrées de capitaux plus importantes et des interventions supplémentaires de la banque centrale. 

Nous pensons qu’il existe une probabilité assez élevée de voir ce scénario se réaliser pour autant que l’économie mondiale n’enregistre pas de choc négatif à court terme. En outre, différents développements positifs sont attendus lors des mois à venir. Le secteur agricole va rebondir après la sévère sécheresse de l’an passé, engendrant une manne fiscale et améliorant les comptes extérieurs. Nous attendons également des nouvelles positives concernant la production de pétrole et de gaz, ce qui devrait contribuer au rebond de l’économie et diminuer la vulnérabilité externe. Finalement, le partenaire commercial le plus important de l’Argentine, à savoir le Brésil, devrait voir son économie accélérer en 2019, alors que le real pourrait continuer à s’apprécier si le gouvernement parvient à avancer avec les réformes structurelles, favorisant ainsi également le peso argentin.

Le pire est peut-être derrière pour autant que le gouvernement
reste engagé vis-à-vis du programme du FMI.

En résumé, nous croyons que le pire est peut-être derrière pour l’Argentine pour autant que le gouvernement reste engagé vis-à-vis du programme du FMI. Nous ne doutons pas vraiment que M. Macri reste aligné, ne serait-ce que parce qu’il n’a pas d’alternative. Toutefois, des élections sont prévues en Argentine en octobre et la profonde récession traversée par le pays au cours de l’an passé a certainement diminué les chances de réélection de M. Macri. Sa principale rivale est actuellement la présidente précédente, Cristina Kirchner. Si elle était élue, cette dernière rejetterait presque certainement les termes de l’accord avec le FMI. Selon les sondages les plus récents, l’écart entre les deux candidats est trop faible pour désigner un favori, ce qui a conduit le marché à continuer à attribuer une probabilité de défaut élevée – le CDS spread à 5 ans se situe aux alentours de 700 points de base – en dépit de toute l’aide reçue par l’Argentine et des signaux de début d’amélioration de la situation. 

Nous pensons que, si les signes actuels de stabilisation se confirment, l’économie pourrait entamer un rétablissement au T2 2019. L’inflation va aussi probablement décélérer du fait de l’écart à la production potentielle important et de la politique monétaire très restrictive. Ces deux éléments ont la capacité d’améliorer le taux d’approbation du gouvernement par la population, ce qui amènerait M. Macri en tête de la course à la présidence. Si cela se produit, les actifs argentins pourraient faire l’objet d’une correction haussière marquée en ligne avec une réévaluation des risques.