Une opportunité pour l'avenir de Genève

Yves Hulmann

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Pour Fabio Sofia, le président de Sustainable Finance Geneva, la cité de Calvin réunit toutes les conditions pour devenir un hub de la finance durable.

Avec la tenue, jeudi, du sommet Building Bridges, qui s’inscrit dans le cadre de la semaine de la finance durable, Genève accueillera prochainement le plus grand événement consacré spécifiquement à ce thème jamais organisé jusqu’ici en Suisse. L’occasion de faire le point sur l’essor de la finance durable avec Fabio Sofia, le président de l’association Sustainable Finance Geneva (SFG).

La finance durable est aujourd’hui un sujet évoqué par toutes sortes d’acteurs, issus aussi bien du secteur financier, du secteur public, de la recherche que d’organisations non gouvernementales ou l'ONU. Quelle est la carte à jouer de Genève dans ce domaine? 

Il existe à Genève un contexte parfaitement propice à l’émergence d’un hub de la finance durable. La durabilité est, aujourd’hui, soutenue par tous les acteurs de la place financière genevoise, aussi bien les grandes banques privées que de plus petites sociétés présentes sur un créneau de niche. Je dirais que la durabilité est non seulement un sujet mais aussi une opportunité pour l'avenir de Genève. 

«C’est une manifestation qui dépasse de loin un simple événement
commercial local ou une réunion d’académiciens et d’experts.»

Au départ, on était partis sur l’idée d’organiser en octobre une conférence sur l’avenir de la finance durable en Suisse. Au lieu d’avoir une seule journée de conférence dédiée à ce thème, on aura dès ce lundi une semaine entière qui y sera consacrée. C’est une manifestation qui dépasse de loin un simple événement commercial local ou une réunion d’académiciens et d’experts. Parti d’un événement limité, on aura une trentaine d'événements organisés par le secteur privé, public ou international. Le timing et l'enthousiasme autour de cette dynamique sont assez extraordinaires. Ce n'est pas un hasard si le Conseil fédéral s'est positionné sur ce sujet en juin et que, tout récemment, l’Association suisse des banquiers (ASB) ou la SFAMA l'ont aussi fait.

A l’issue de la manifestation, allez-vous, de votre côté, publier une prise de position finale ou fixer un objectif à atteindre? 

Dans l’immédiat, le fait d’avoir réussi à réunir autant d’acteurs durant une semaine constitue déjà un objectif en soi. Il est encore un peu tôt pour dire ce que nous allons en faire après la manifestation. Notre message général est que Genève et la Suisse doivent mettre sur pied un plan d'action pour atteindre leurs objectifs dans ce domaine.

Si la place financière suisse se profile toujours plus dans la finance durable, encore faut-il qu’elle puisse distribuer ses produits à l’étranger. Qu’en est-il de l’accès au marché européen dans ce domaine? 

Pour avoir accès au marché européen, les acteurs suisses devront satisfaire à certains critères de transparence ou répondre à certaines exigences en matière de reporting. La Suisse devra aussi se positionner sur les questions de «normatisation» en rapport avec la finance durable. Sur ce plan, la Suisse a tout intérêt à viser les plus hauts standards dans l’application des critères de durabilité.

«Notre rôle est plutôt de créer des ponts entre les acteurs de la branche
et nous sommes très fiers du résultat.»
La Suisse devrait-elle reprendre le système de classification pour la finance durable mis en place par l’UE? 

C’est toute la discussion à propos de ce qu’on appelle la taxonomie de la finance durable. Celle-ci doit permettre que tous les acteurs s’entendent sur la définition des critères ESG ou verts - de manière à être sûr que tout le monde parle bien de la même chose.

S’agissant de la réglementation, il y a des approches très différentes selon les pays: l’approche de la France est plutôt de vouloir forcer les acteurs à prendre en compte les critères liés à la finance durable. En Suisse, on mise plutôt sur les incitations, on cherche à encourager les acteurs à volontairement appliquer certaines mesures ou principes. C’est du reste l’approche retenue par la SFAMA et l’ASB qui ne souhaitent pas imposer des solutions mais plutôt laisser les acteurs se positionner dans ce domaine.

Et quel est le rôle d’une organisation comme SFG? 

Notre rôle n’est pas de dire aux acteurs, faites ceci ou cela. Ce rôle incombe aux organisations professionnelles. Notre rôle est plutôt de créer des ponts entre les acteurs de la branche et nous sommes très fiers du résultat. Rappelons-nous que SFG est une association et que nous fonctionnons avec moins de trois personnes à plein temps. Vu la dynamique actuelle, ceci va probablement changer au profit d'une structure plus forte.

Quel est l’aspect unique de Genève pour s’imposer dans la finance durable? 

En termes de spécialisation, il y a tout d’abord la position de pointe au niveau mondial qu’occupe Genève dans la finance d’impact ainsi que dans la microfinance qui, dans sa forme commerciale, est un produit de collaboration entre l'ONU et le secteur financier. Près de 10 milliards de dollars sont aujourd'hui investis dans la microfinance à partir de la Suisse - c’est plus du tiers de la masse sous gestion au niveau mondial dans ce segment.

«Il existe un écosystème à Genève qui est extrêmement propice
à l’essor d'un financement pour la durabilité.»

Plus généralement, il existe, comme je l’ai déjà mentionné, un écosystème à Genève qui est à mon avis extrêmement propice à l’essor d'un financement pour la durabilité. Sur la rive droite, il y a une expertise de pointe avec de nombreuses organisations internationales et toutes sortes d’ONG. Sur la rive gauche, on trouve un écosystème financier toujours plus ouvert avec une approche assez humaniste pour s’intéresser à ces questions.

On trouve à Genève à la fois les compétences liées à la finance - avec les banques -, au développement - avec les organisations en lien avec les Nations Unies - ainsi que celles en rapport avec la technologie et la numérisation, avec par exemple la Swiss Digital Initiative qui verra le jour en 2020 ou encore la technologie des chaînes de bloc (blockchain) avec la venue de Libra de Facebook. Avec ces trois pôles de compétence, la finance, l'impact et la technologie, Genève a tout pour se profiler comme le hub pour le financement d'un développement durable.