Le comportement de Pierin Vincenz n'est pas pénalement répréhensible

AWP

2 minutes de lecture

L’expert indépendant mandaté par la banque a livré ses conclusions. Parallèlement, les correctifs de valeur passés sur les participations du groupe ne dépasseront pas 300 millions.

Si Pierin Vincenz n’a pas fait preuve d’un comportement pénalement répréhensible dans les prises de participations opérées par Raiffeisen, alors que le Grison dirigeait le 3e groupe bancaire helvétique, ces transactions vont peser un certain poids dans les comptes de la banque. Pour solder l’ère Vincenz, l’établissement va devoir passer des correctifs de valeur de près de 300 millions de francs.

Dévoilant mardi les conclusions de Bruno Gehrig, l’expert indépendant mandaté par la banque pour examiner l’ère Vincenz, Raiffeisen anticipe désormais au titre de l’exercice un bénéfice net largement inférieur au record de 917 millions de francs engrangés en 2017. Les correctifs de valeur passés sur les participations du groupe, se monteront au maximum à 300 millions.

Ce montant, qui couvre l’ensemble des participations, permettra de faire table rase du passé. Il évitera aussi toute autre mauvaise surprise lors de la présentation de la performance 2018 le 1er mars prochain, a précisé en conférence téléphonique Guy Lachappelle, le président du conseil d’administration de Raiffeisen.

Le résultat opérationnel devrait quant à lui rester stable, soit proche des 1,1 milliards de francs dégagés un an auparavant. Au vu de l’étendue des dommages qu’ont entraîné les nombreuses prises de participations de Raiffeisen sous la direction de Pierin Vincenz, la banque étudie l’opportunité de lancer des procédures en dommages à l’encontre de son ancien homme fort de 1999 à septembre 2015 ainsi que d’autres responsables.

Récupérer le plus possible

«Personne n’est exclu», a ajouté M. Lachappelle, y compris Patrik Gisel, lequel avait succédé à Pierin Vincenz et jeté l’éponge en juillet 2018, sous le feu des critiques. Pour l’heure, l’établissement, qui a besoin de toutes les informations, dont aussi les résultats de l’enquête pénale du Ministère public de Zurich, a demandé un avis de droit.

Pour mémoire, Aduno, dont Pierin Vincenz a présidé le conseil d’administration depuis sa création en 1999 à juin 2017, a déposé plainte contre ce dernier pour gestion déloyale. La société zurichoise active dans les crédits privés, le leasing ainsi que les cartes de crédit lui reproche de s’être enrichi personnellement dans le cadre d’acquisitions. Pierin Vincenz est également visé par une plainte de Raiffeisen.

La banque envisage également de se retourner contre l’ancien réviseur de ses comptes, PwC. Raiffeisen a depuis renoncé à renouveler le mandat du cabinet de conseils et d’audit comptable. «Nous essayerons de récupérer le plus d’argent possible», a ajouté l’ancien directeur général de la Banque cantonale de Bâle, en fonction depuis novembre dernier.

Dans le cadre de son examen, M. Gehrig a passé en revue les prises de participations du groupe bancaire coopératif ainsi que de ses filiales depuis 2005. Sur la base des informations disponibles, l’enquête n’a pas permis de déceler de preuves univoques d’un quelconque comportement criminel de M. Vincenz ou d’autres organes dirigeants, anciens et actuels. L’examen exclut cependant les éléments faisant déjà l’objet de poursuites pénales.

«Graves lacunes»

A l’image de l’enquête de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma), le rapport de M. Gehrig met cependant en lumière de «graves lacunes» de la part du conseil d’administration de Raiffeisen dans la stratégie de diversification de l’établissement. La même observation vaut pour la direction.

Sous la houlette de M. Vincenz, Raiffeisen s’est développé entre 2012 et 2015 dans de nouveaux secteurs d’activité d’une valeur d’un milliard de francs en acquérant diverses participations. Si certains de ces investissements ont été effectués avec la diligence voulue, «le lancement, la négociation et le traitement d’autres opérations de placement ont montré que les structures, les processus et les ressources existants étaient trop sollicités», poursuit le rapport.

Le «manque de leadership et de contrôle, les carences organisationnelles et une culture axée sur la personne ont entraîné des désavantages financiers», ajoute l’ancien membre du directoire de la Banque nationale suisse (BNS) et ex-administrateur d’UBS et de Roche. Celui qui a aussi présidé les conseils d’administration de l’assureur Swiss Life et de la compagnie aérienne Swiss, fait également part d’atteintes à la réputation du groupe Raiffeisen.

Alors que Raiffeisen a déjà renouvelé pour bonne part ses organes dirigeants l’an dernier, trois membres de la direction générale quittent l’établissement. Gabriele Burn et Beat Hodel ont fait part lundi de leur départ avec effet immédiat, tout comme Paulo Brügger.

Présidée depuis le 9 janvier par l’ancien directeur général de la Banque cantonale de Thurgovie, Heinz Huber, la direction de Raiffeisen ne comprend désormais plus aucun membre qui se trouvait déjà en fonction en 2015.