
Présent à Zurich depuis 2018, le gérant d'actifs d'origine australienne IFM Investors compte en Suisse parmi ses clients essentiellement des caisses de pension. Le point sur les développements dans le domaine des infrastructures avec Max Fieguth (M.F.), Executive Director, Asset Management, Infrastructure, et Anna Demarmels (A.D.), responsable du développement commercial pour la Suisse et l'Europe continentale chez IFM Investors.
Comment se développent vos activités en Suisse et quelles sont vos ressources sur le marché helvétique?
Anna Demarmels (A.D.): La Suisse constitue un marché important pour IFM Investors, et nous sommes très satisfaits de la manière avec laquelle notre présence dans ce pays se développe. Nous continuons de constater un vif intérêt de la part des investisseurs institutionnels suisses, notamment en raison de leur horizon d'investissement à long terme et de leur intérêt particulier pour les infrastructures et des actifs immobiliers. Nous continuons à agrandir notre équipe en Suisse ; nous sommes actuellement sept à Zurich et nous emménagerons dans de nouveaux locaux cet automne afin de disposer de plus d'espace. IFM Investors gère un patrimoine d'environ 3 milliards de francs suisses qui lui a été confié par des entreprises suisses. Les infrastructures, en particulier, restent un domaine d’intérêt majeur. Les investisseurs recherchent des actifs capables de générer des rendements solides et durables, tout en tirant parti de tendances structurelles telles que la transition énergétique, la numérisation et le besoin croissant d’investissements dans les infrastructures essentielles. Il s’agit là de domaines dans lesquels IFM dispose d’une expérience significative et d’une plateforme d’investissement mondiale.
Les investisseurs suisses s'adressent donc à IFM Investors avant tout dans l'optique de développer leurs placements dans les infrastructures. S'agit-il d'investissements dans des projets locaux, centrés sur la Suisse, ou sur le plan européen ou mondial?
Max Fieguth (M.F.): L'infrastructure peut revêtir une importance tant locale que régionale ou mondiale, et nous gérons des exemples des deux types. Il est évident que les services fournis par les entreprises d'infrastructure, qu'il s'agisse de services publics, de transports ou de télécommunications, répondent à un besoin essentiel des communautés locales qu'elles desservent. Mais la plupart de ces entreprises s'appuient sur des chaînes d'approvisionnement mondiales et sur les meilleures pratiques, et certaines d'entre elles atteignent une taille suffisante pour acquérir un caractère international, voire mondial. Toutefois, l'expertise locale reste toujours indispensable, et nos investisseurs souhaitent avant tout pouvoir compter sur l'expertise d'IFM Investors pour placer de l'argent dans des projets locaux, à l'exemple de notre investissement dans le centre de données suisse, la société Green. Green représente un investissement majeur pour IFM, car il s'agit de notre premier investissement dans le secteur des infrastructures en Suisse. Il nous permet d'accéder directement au marché suisse par le biais d'une plateforme d'infrastructures numériques de premier plan et constitue une étape importante dans l'extension de notre présence en tant qu'investisseur dans ce pays.
«Green représente un investissement majeur pour IFM, car il s'agit de notre premier investissement dans le secteur des infrastructures en Suisse.»
Si nous sélectionnons minutieusement chaque placement afin de garantir sa qualité, nos investisseurs s'attendent également à bénéficier des avantages liés à la diversification d'un portefeuille international, à la fois d'un point de vue géographique et sectoriel.
Dans l'ensemble, c'est plutôt les caractéristiques sous-jacentes d'infrastructures, telles que des barrières à l'entrée élevées et une protection contre l'inflation, qui constituent des atouts, qui sont attractifs pour les investisseurs, , pas tellement le fait d'être basé en Suisse ou ailleurs en Europe. De notre côté, nous cherchons à proposer l'offre la plus diversifiée avec des placements répartis dans l'ensemble du globe. Notre aire d'investissement est globalement constituée par les pays de l'OCDE.
Quand on parle d'infrastructures, beaucoup de gens pensent d'abord à des équipements tels que les routes à péage, les ponts, les aéroports. Qu'en est-il des infrastructures construites pour le monde numérique tels que les centres de données? Les investisseurs préfèrent-ils investir dans des infrastructures «solides» ou dans des projets plus orientés vers les technologies?
M.F.: Ici aussi, cela dépend vraiment du profil de risque des investisseurs et des autres placements qu'ils détiennent déjà dans leur portefeuille. Il y a d'un côté, l'univers de ce que l'on appelle les «heavy assets», comme les investissements dans les routes, les aéroports, le rail, les équipements liés à l'acheminement de l'eau ou l'énergie. Pour toutes ces infrastructures, les barrières à l'entrée sont importantes, ce qui donne un aspect plus défensif très stable à ces placements si l'entreprise est bien gérée.
Les infrastructures numériques, comme les équipements de fibre optique, les centre de données, peuvent également fournir des flux de revenus à la fois très stables et prévisibles. En Suisse, Green compte déjà 7 centre de données réparties entre les cantons de Zurich et de l'Argovie. Il s'agit de services qui jouent un rôle central pour toutes sortes d'entreprises en Suisse et qui sont donc devenus également une infrastructure essentielle à l'ensemble de l'économie.
En outre, nous accordons beaucoup d'importance à gérer activement nos projets d'investissement. Nous n'agissons pas seulement comme un détenteur des actifs mais nous plaçons des représentants au conseil d'administration de ces entreprises ce qui nous permet d'avoir un rôle plus actif, et nous menons régulièrement des initiatives ou des projets qui contribuent au développement ou à l'optimisation de leurs activités, créant ainsi de la valeur grâce à une participation active.
Beaucoup de projets d'investissement dans les infrastructures mélangent à la fois des contributions venant du secteur public et des fonds privés. Est-ce un avantage ou un frein?
M.F.: Il n’existe pas de réponse définitive quant à savoir si la propriété publique ou privée, voire un modèle hybride, des infrastructures est préférable ; cela dépend toujours de la situation spécifique. Nous travaillons parfois en partenariat avec des collectivités locales ou d’autres entités publiques, qui peuvent s’avérer d’excellents co-investisseurs: des partenaires hautement fiables, dotés d’une connaissance approfondie du terrain et d’une influence significative au niveau local.
«Les infrastructures numériques, comme les équipements de fibre optique, les centre de données, peuvent également fournir des flux de revenus à la fois très stables et prévisibles.»
Dans le cadre de ces partenariats, il est important qu’il y ait une bonne convergence d’intérêts entre les investisseurs publics et privés autour d’un projet. À mon sens, IFM Investors, grâce à son héritage et à sa vision à long terme, est un partenaire de confiance, fiable et apprécié pour la réalisation de projets d’investissement dans les infrastructures à long terme.
Par ailleurs, il convient de rappeler qu’il existe un besoin important d’investissements dans les infrastructures dans pratiquement tous les pays européens. Qu’il s’agisse de nouvelles infrastructures ou de la rénovation ou de la modernisation d’infrastructures existantes, des capitaux considérables sont nécessaires et, par conséquent, les investisseurs privés et publics jouent souvent des rôles véritablement complémentaires.
La durabilité est-elle un aspect omniprésent ou seulement en lien avec certains projets spécifiques?
M.F.: Investir dans des opportunités d'une façon durable avait toujours été un aspect indissociable de l'investissement en infrastructure. Nous attendons de toutes nos entreprises du secteur des infrastructures qu'elles soient bien gérées dans tous les aspects de leur activité, ce qui inclut bien sûr les questions de développement durable et les aspects sociaux.
Que représentent les infrastructures dans les portefeuilles des investisseurs institutionnels, les caisses de pension en particulier, en Suisse?
A.D.: Les infrastructures ne représentent encore qu’une part relativement faible des portefeuilles des caisses de retraite suisses – environ 3% en moyenne. Mais la situation varie considérablement: certaines caisses de retraite ont déjà une exposition importante, tandis que d’autres commencent tout juste à s’intéresser à cette classe d’actifs ou n’y ont pas encore investi.
Ce qui est clair, c’est que l’intérêt ne cesse de croître. Les infrastructures peuvent offrir aux investisseurs à long terme une diversification attractive et des rendements résilients, tandis que les besoins d’investissement liés à la transition énergétique et aux infrastructures numériques sont énormes.
C’est là que nous pensons qu’IFM peut apporter une valeur ajoutée. Nous apportons aux investisseurs une expertise approfondie dans le domaine des infrastructures et, surtout, une vision à long terme très similaire à la leur. Nous souhaitons être un partenaire: partager notre expérience, aider les investisseurs à s’y retrouver dans cette classe d’actifs et leur montrer où nous voyons des opportunités intéressantes.