La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde a estimé lundi que la récente remontée des rendements obligataires pourrait freiner l’économie et éviter un nouvel emballement de l’inflation lié à la hausse des prix de l’énergie.
«Même si la croissance s’est montrée résiliente, les taux d’intérêt à long terme ont fortement augmenté depuis notre dernière réunion, ce qui ralentira la croissance et réduira les effets de transmission davantage que ce qui était prévu dans nos projections de septembre», a-t-elle déclaré lors d’une audition devant le Parlement européen à Bruxelles.
Les «effets de transmission» désignent, dans le jargon des banques centrales, la façon dont une hausse initiale des prix de l’énergie se diffuse progressivement au reste de l’économie.
Les marchés mondiaux restent sous tension lundi face à l’impasse diplomatique au Moyen-Orient, qui pousse à nouveau les prix du pétrole à la hausse et entretient les tensions sur les marchés obligataires.
Le rendement de l’obligation française à dix ans évolue à 4,75%, un niveau qui complique le financement de la France, l’un des pays les plus endettés de la zone euro.
Cette tension sur les marchés financiers ne dissipe pas les inquiétudes des investisseurs concernant l’inflation.
Ils redoutent que la hausse des coûts de l’énergie ne maintienne durablement l’inflation au-dessus de l’objectif de 2% fixé par la BCE.
Les données attendues cette semaine devraient montrer que l’inflation dans la zone euro a accéléré à 3,7% en septembre, contre 3,2% en août, selon le consensus Factset.
Mme Lagarde a toutefois laissé entendre que le durcissement des conditions financières observé ces dernières semaines pourrait alléger le travail de la banque centrale.
«Même si le choc est trop important pour être simplement ignoré, nous estimons qu’une réponse mesurée est appropriée pour maintenir l’inflation sous contrôle», a-t-elle déclaré.
En d’autres termes, la BCE considère que la hausse des taux de marché risque de peser sur la demande en renchérissant le coût du crédit pour les ménages et les entreprises.
Les entreprises pourraient être moins en mesure de répercuter la hausse de leurs coûts, notamment énergétiques, sur les consommateurs, réduisant ainsi les risques d’un enracinement de l’inflation qui nécessiterait une réponse monétaire plus agressive de la BCE.