L’étau se resserre pour les actifs risqués

Michaël Nizard, Edmond de Rothschild Asset Management

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Le scénario de taux durablement élevés s’est imposé comme la principale préoccupation des marchés cette semaine.
  • Les taux durablement élevés dominent les marchés: la hausse des rendements américains renforce la pression sur les valeurs de croissance et les actifs risqués.
  • L’Europe reste fragilisée par les risques énergétiques et la montée des tensions sur la dette française, dont le coût de financement augmente sensiblement.
  • Nous maintenons notre recherche de portage sur les obligations de maturités courtes à intermédiaires et restons positifs sur les actions, particulièrement américaines, tout en ayant commencé à prendre une partie de nos profits.

Le scénario de taux durablement élevés s’est imposé comme la principale préoccupation des marchés cette semaine. La remontée des rendements souverains, particulièrement aux Etats-Unis, ravive les craintes d’un environnement monétaire plus restrictif et durablement défavorable aux actifs risqués. Le taux américain à dix ans a touché 5,20%, tandis que le taux à deux ans a franchi 4,90%. Le Bund allemand à dix ans a également fortement progressé. Cette tension reflète des indicateurs américains meilleurs qu’attendu, une demande insuffisante lors des adjudications du Trésor et une Fed toujours restrictive. Elle a pesé sur les valeurs de croissance, soutenu le dollar et exercé une pression sur l’or.

Le début de semaine avait pourtant été marqué par un rebond des marchés actions, porté par les valeurs liées à l’intelligence artificielle, dans le sillage du succès rencontré par Muse, l’assistant personnel de Meta. Sa capacité à optimiser certaines dépenses récurrentes des consommateurs a conforté l’idée que les usages des agents d’IA deviennent concrets. Toutefois, les craintes de surchauffe de l’économie américaine et la prolongation du conflit au Moyen-Orient ont effacé les gains initiaux, ramenant les indices mondiaux vers leurs niveaux de départ.

L’Europe sous-performe, pénalisée par le risque de nouvelles tensions sur l’énergie. Selon Politico, les Etats-Unis envisageraient d’interdire les exportations de diesel. Une telle mesure pourrait toutefois produire l’effet inverse à celui recherché: les raffineries américaines, déjà proches de 94% de leurs capacités, ne créeraient pas davantage de carburant, tandis que diesel, essence et kérosène sont produits conjointement. Le risque serait donc de raréfier l’offre mondiale et d’accentuer la hausse des prix, notamment en Europe.

La France constitue également un point de vigilance sur les marchés obligataires. L’OAT à dix ans approche 4,70%, contre 3,70% trois mois plus tôt, et l’écart avec le Bund allemand atteint environ 100 points de base. Le rendement de la dette française à trente ans dépasse désormais celui de l’Italie, signe d’une attention accrue portée à la trajectoire budgétaire. Avec un déficit attendu à 5,2% du PIB en 2026, un solde primaire négatif de 3,7% et une dette proche de 120% du PIB, la dynamique devient plus contraignante. La maturité longue de la dette et son faible coupon moyen offrent encore un répit, mais celui-ci s’érode à mesure du refinancement. Le risque n’est pas celui d’une crise immédiate, mais d’une hausse durable du coût de financement réduisant progressivement les marges de manœuvre de l’Etat.

La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping a apporté un apaisement limité. La prolongation de la trêve commerciale procure un répit aux entreprises, sans résoudre les tensions sur les tarifs douaniers, les semi-conducteurs, les chaînes d’approvisionnement ou les terres rares.

Washington conserve sa pression technologique et tarifaire, tandis que Pékin maintient un levier majeur dans les terres rares. Il s’agit davantage d’une trêve pragmatique que d’un véritable rapprochement.

Dans ce contexte, nous maintenons notre recherche de portage sur les obligations de maturités courtes à intermédiaires, dont le profil de rendement total attendu reste asymétrique à ces niveaux. La publication de l’indicateur PCE constituera le principal rendez-vous de cette semaine.

Nous restons positifs sur les actions, particulièrement américaines, tout en ayant commencé à prendre une partie de nos profits. Les niveaux de valorisation, les incertitudes budgétaires américaines et européennes, ainsi que la diversification géographique des portefeuilles, plaident en faveur d’une sous-exposition au dollar.

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